Dossier #7 : Final Fantasy XV | Le jeu d’une vie

L’essence même de Final Fantasy XV possède une certaine dualité. Le jeu démarre comme un road trip entre amis. Il s’agit de quatre jeunes hommes, ayant la vingtaine, tout au plus. Le prince Noctis est décrit comme un garçon insouciant et même indolent. Le voyage se mue pourtant en récit initiatique dès lors que Noctis apprend la chute d’Insomnia et la mort de son père. Il va devoir embrasser sa destinée de roi élu, retrouver les armes de ses ancêtres mais aussi venir à bout des épreuves proposées par les dieux. C’est en perdant certains de ses proches mais aussi en se reposant sur ses amis, ses frères, que Noctis deviendra un homme. Dix ans plus tard, il sera d’ailleurs enfin prêt à affronter Ardyn et à mettre fin à la longue nuit. L’histoire étendue de Final Fantasy XV suit Noctis de son enfance, jusqu’à l’âge adulte, où il trouve la mort. La mythologie de l’univers commence des années, pour ne pas dire des siècles plus tôt. Le jeu n’est pas seulement un road trip, ni même une simple quête initiatique. Il adopte quelques codes du drame shakespearien ou de la tragédie antique. Noctis connaît son destin funeste, dès le départ, et il n’y a rien qu’il puisse faire pour l’empêcher. Au contraire, il lui faut accepter sa destinée fatale. Seuls le sacrifice du roi et la chute de sa dynastie sauront apaiser la colère de l’usurpateur et des ténèbres. Celles et ceux ayant été frustrés par le système des invocations sont probablement passés à côté de cet aspect tragique. Le monde d’Eos possède six divinités, et même si certaines d’entre elles viennent en aide à Noctis, elles ne sont en aucun cas à son service. On est loin des G-Forces de Final Fantasy VIII. Ici, Titan, Ramuh ou Léviathan sont des dieux intervenant quand bon leur semble. Il s’agit d’un pur deus ex machina. Cette expression latine nous provient du théâtre antique grec, pour désigner le mécanisme servant à faire entrer un dieu en scène. Aujourd’hui, cela désigne plus généralement quelque chose d’inespéré qui vient dénouer une situation dramatique. Par ailleurs, ces mêmes dieux, tout comme certains boss, sont probablement inspirés de Shadow of the Colossus, lui-même imaginé par Fumito Ueda en 2005. Le protagoniste de ce jeu doit en effet affronter des créatures à la fois divines et gargantuesques.

En dépit de la présence marquée des dieux, Final Fantasy XV met un point d’honneur à rester ancré dans la réalité. C’est pourquoi il puise aussi beaucoup d’inspiration dans le monde réel et même moderne. Même si les noms de nombreux personnages et lieux sont d’origine latine, les cités majeurs d’Eos imitent des villes réelles. Insomnia est inspirée de Tokyo, au Japon, et plus particulièrement du quartier Shinjuku. La mairie de Tokyo a d’ailleurs servi de modèle au palais du roi Regis. Lestallum, la ville abritant la Centrale, est quant à elle inspirée par l’architecture colorée de La Havane, à Cuba. Quant à Altissia, c’est évidemment une variante de Venise, en Italie. On y retrouve le déplacement en gondole, mais aussi des imitations de la place et de la basilique Saint-Marc. La baie de Galdina, l’un des premiers endroits visitables du jeu, s’inspire vraisemblablement de stations balnéaires aux Bahamas. Quand aux routes désertiques traversées par la Regalia, elles sont une reproduction de la célèbre Road 66, aux États-Unis. Par soucis de crédibilité, ou pour des raisons mercantiles, Final Fantasy XV met aussi un pied dans le monde de la mode. Ce n’est pas un hasard si la robe de mariage de Lunafreya est exposée à Altissia. Elle a en effet été créée par la styliste britannique Vivienne Westwood. Quant aux tenues des personnages principaux, elles n’ont pas été imaginées par Nomura, mais par la marque japonaise Roen, fondée par Hiromu Takahara. Non seulement les costumes ont été conçus comme de vrais vêtements avant d’être intégrés au jeu, mais certaines répliques officielles ont vraiment été commercialisées. Les plus mauvaises langues se plairont à dire que c’est pour cela que Noctis et ses amis ressemblent à un Boys band. La Regalia est aussi fortement ancrée dans le réel puisqu’une Audi R8 a été spécialement créée pour l’occasion. On peut aussi mentionner la présence de Cup Noodles, la marque de nouilles dont Gladio raffole. Il s’agit ni plus ni moins d’un placement de produit. Dans les références cinématographiques plus sympathiques, il est impossible de ne pas citer le clin d’œil évident au film Stand by Me, réalisé par Rob Reiner en 1986. Cette adaptation d’une nouvelle de Stephen King suit quatre jeunes garçons partant seuls sur la route, afin de trouver… un cadavre. L’histoire parle avant tout d’amitié et c’est tout naturel si Florence + The Machine propose une reprise de la chanson Stand by Me. (Ce titre est bien plus vieux que le long-métrage déjà évoqué, puisqu’il a été composé et chanté par Ben E. King, dès 1961). Pour finir, on retrouve des caméos aussi sympathiques qu’inattendus. Takka est le cuisiner qui nous confie plusieurs missions, à partir du restaurant près d’Hammerhead. Il ressemble traits pour traits à l’acteur Forest Whitaker, bien que celui-ci n’ait pas participé à la production du jeu. Vyv, le journaliste nous chargeant de photographier des lieux iconiques, est la réplique exacte de Jorge Garcia, jouant Hurley dans Lost, bien qu’il n’y ait rien d’officiel dans cette apparition non plus.

Ce diaporama compare des lieux ou personnages de Final Fantasy XV, avec leurs modèles réels.

Enfin, et fort heureusement, Final Fantasy XV fait de nombreuses références aux autres jeux de la franchise. La liste que je m’apprête à dresser n’est pas exhaustive.

Chaos, antagoniste de Final Fantasy, semble avoir inspiré Ifrit, assis sur son trône.

Quand Noctis revient enfin à Insomnia, il doit affronter Ifrit. On voit d’ailleurs un extrait de ce combat, dans l’introduction du jeu. Ifrit est alors assis sur son trône macabre ; l’image ressemble étrangement à un concept art de Chaos, l’antagoniste du premier Final Fantasy. Comme j’ai pu l’évoquer plus tôt, le thème principal de ce jeu est d’ailleurs repris à la fin de Final Fantasy XV.

Il est impossible de ne pas évoquer la présence des Chocobos, servant de montures à Noctis et ses amis. Même s’ils apparaissent dans de nombreux épisodes de la franchise, ils font leur toute première apparition dans Final Fantasy II. Il en va de même pour Cid, qui était alors un simple pilote. Cid empruntera des visages, des identités et des rôles différents, au fil des nombreux épisodes de la saga.

De gauche à droite, Cid, Le Chocobo et le Mog, tels qu’ils apparaissent dans Final Fantasy XV.

On peut mentionner Final Fantasy III, comme le premier jeu ayant installé les Mogs et les Invocations. Les Mogs n’apparaissent pas directement dans le monde d’Eos, Kupo, mais certains accessoires, comme celui que donne Iris à Noctis, à Lestallum, laissent supposer leur existence. Notons qu’un événement a un jour permis d’accéder à un carnaval, à Altissia, où les Mogs et Chocobos étaient mis à l’honneur… Quant aux Invocations, elles ont une place prépondérante dans l’histoire de Final Fantasy XV.

Les références à Final Fantasy IV existent aussi. C’est dans cet opus que le DeamonWall apparaît pour la première fois. C’est aussi là que le Chocobo noir a une importance cruciale, puisqu’il permet de voler au-dessus des montagnes. Une quête donnée par Wiz permet d’aller sauver un œuf de chocobo noir, mais cela demeure anecdotique. Il faut jouer au monde en ligne, qui se situe des années plus tard, pendant le sommeil de Noctis, pour retrouver le chocoboir noir adulte. Il permet alors de débloquer des routes inédites. Enfin, Aranea a pour nom de famille Highwind, tout comme Kain, qui était lui aussi un Chevalier Dragon, dans Final Fantasy IV.

Les images du haut sont tirées de différentes versions de Final Fantasy IV. Celles du bas viennent de Final Fantasy XV. Ainsi, on voit l’évolution du DeamonWall et celle du Chocobo noir. Enfin, on aperçoit Kain et Aranea Highwind.

Les références à Final Fantasy V ne sont peut-être pas volontaires, mais cet épisode partage certains membres de son bestiaire avec le quinzième opus. Je pense au Tonberry, le monstre vert et lent, équipé d’une petite lanterne, parfois capable d’un one-shot. Je pense aussi au Garula, sorte de mammouth que l’on croise dans les plaines du Lucis. Omega est un boss légendaire, ayant l’apparence d’un robot, que l’on retrouve à Insomnia, à la fin de Final Fantasy XV. C’est aussi à partir de Final Fantasy V que Carbuncle n’est plus un ennemi, mais une invocation. Il ne fait toutefois pas partie des dieux du monde d’Eos. Il apparaît dans une démo de Final Fantasy XV, ainsi que dans le mode facile, si un combat semble trop difficile. Enfin, il nous faut citer le demi-dieu Gilgamesh, apparaissant dans l’épisode Gladiolus.

De gauche à droite : le Tomberry, le Garula, Omega, Carbuncle et Gilgamesh, tels qu’ils apparaissent dans Final Fantasy XV.

Les références à Final Fantasy VI sont plus probantes. On peut une fois encore s’attarder sur le bestiaire, avec le Pampa. Cette créature en forme de cactus avait d’ailleurs été imaginée par Nomura lui-même, lorsqu’il était jeune. Notons la présence de Biggs et Wedge, accompagnant Aranea. Si les noms sont issus de l’univers Star Wars, ce duo apparaît dans plusieurs épisodes de la franchise. Les armures Magitech sont aussi apparues pour la première fois dans Final Fantasy VI. Elles ont une place essentielle dans Final Fantasy XV puisqu’elles servent d’armes à l’empire. Pour finir, Ardyn est sans aucun doute l’héritier de Kefka, l’antagoniste emblématique de Final Fantasy VI. Dans un premier temps, les deux personnages n’apparaissent pas comme les méchants principaux. Cela ne les empêche pas de trahir les leurs dans l’espoir d’obtenir le pouvoir. Ils ont par ailleurs la même tendance à s’amuser de tout, même si Ardyn n’est pas aussi clownesque que Kefka. Ils sortent en tout cas du lot quand on pense aux antagonistes de la franchise, qui incarnent d’habitude le mal absolu, quand ils ne veulent tout simplement pas se la jouer cools et mystérieux, tout en ayant la personnalité d’une huître (désolée pour la balle perdue, Sephiroth, ta musique est cool).

En haut, de gauche à droite : Le Pampa, Biggs et Wedge, dans Final Fantasy XV. Des images des Armures Magitech dans Final Fantasy VI et XV. En bas, Kefka se tient auprès d’Ardyn.

Cela tombe bien, car il est temps de parler de Final Fantasy VII. Certains joueurs s’accordent à dire que l’invocation des Chevaliers de la Table Ronde rappelle beaucoup l’apparence des Rois fantômes, ancêtres de Noctis. On peut aussi mentionner la mort de Lunafraya, laquelle survient de manière inattendue à cause d’un coup de poignard d’Ardyn. La mort d’Aerith nous prenait elle aussi au dépourvu, sauf que l’arme du crime était un peu plus grosse…

Les Chevaliers de la Table Ronde (FFVII) auraient-ils inspiré les Rois fantômes (FFXV) ?

Il est difficile de trouver des références à Final Fantasy VIII. Le nom original de la G-Force Golgotha est Quetzalcoatl ; or, un boss, n’ayant certes pas le même design, porte ce nom dans Final Fantasy XV.

Le PNJ Sonia nous demande parfois d’aller chasser des grenouilles de couleurs différentes. On pourrait croire que le jeu se moque de nous, mais cela pourrait aussi être une référence à un mini-jeu de Final Fantasy IX. En effet, Quina Quen adore y manger des grenouilles.

Les clins d’œil se font de plus en plus rares et Final Fantasy X ne déroge pas à la règle. Ixion y est l’invocation liée à la foudre. Or, le sceptre de Ramuh est clairement à l’effigie d’Ixion, dans Final Fantasy XV.

De gauche à droite, Golgotha (FFVIII), Quina Quen et ses grenouilles (FFIX) et Ixion (FFX). En bas, Quetzalcoatl et Ramuh dressant son sceptre, dans FFXV.

Je ne pourrais qu’extrapoler pour Final Fantasy XII et XIII, que je n’ai pas encore faits. Quant à Final Fantasy XIV, une mission lui est carrément consacrée, depuis la collaboration lancée en 2018. Il faut venir en aide à Miqo’te, bloquée sous un énorme Chocobo, pour lancer la quête. A l’issue de cela, on débloque quelques tenues spéciales ainsi que l’invocation Garuda. On pourrait citer de nombreuses autres références, liées à l’univers de Final Fantasy. Les joueurs les plus observateurs ont remarqué que les noms inscrits ici et là, en ville, notamment sur les devantures, sont issus de l’univers ; comme par exemple « Nanaki », qui est le vrai nom de Red XIII, dans Final Fantasy VII. De nombreux ennemis du bestiaire sont, somme toute, récurrents, comme le Béhémoth ou le Morbol, pour ne citer qu’eux. N’oublions pas certains thèmes musicaux repris ou d’autres éléments évidents, tels les noms de sorts et d’objets habituels. Même s’il tente d’avancer à contre-courant, Final Fantasy XV a toute sa place dans la franchise.

I). La genèse de Final Fantasy XVII). Un jeu lacunaire ou révolutionnaire ?III). Les influences de Final Fantasy XV
IV). Les personnages de Final Fantasy XVV). L’univers étendu de Final Fantasy XVVI). L’avenir de Noctis et Conclusion

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