Final Fantasy XV (2016) est dans mon Top 3. C’est peut-être même mon Final Fantasy préféré. Je sais que ce n’est pas une opinion très populaire, et je comprends pourquoi l’épisode est si décrié. Pourtant, parmi les douze opus principaux que j’ai terminés, à ce jour, il est le seul qui m’émeut aux larmes. Comme dirait l’autre, il semblerait que j’ai de l’affection pour les « infirmes, bâtards et choses brisées ». Or, Final Fantasy XV est tout cela à la fois. Dix ans après la sortie du jeu, je souhaite revenir sur sa genèse si chaotique qu’elle en est devenue historique. Je désire aborder sa qualité inégale, amenant certains joueurs à y entrevoir une certaine conception de l’enfer, quand d’autres y voient un chef-d’œuvre. Je veux l’analyser, peut-être pas sous tous les angles, mais suffisamment pour démontrer combien il a sa place dans cette saga légendaire dont il essayait pourtant de se démarquer. Je veux rappeler les différentes facettes de la mythologie et de l’intrigue du titre. Le chaos est si total que le jeu ne suffit pas, à lui seul, à narrer tous les tenants et aboutissants. Final Fantasy XV est aux œuvres transmédias ce que le pinacle est à la pyramide. Il en reflète tous les défauts mais aussi toute la fascination exercée sur celles et ceux qui souhaitent creuser, explorer et en découvrir tous les mystères. Je veux par-dessus tout montrer pourquoi, en dépit de tous ses défauts, Final Fantasy XV demeure, à ce jour, l’un de mes jeux favoris.
Ce dossier comporte des spoilers. Je pourrais toutefois vous le conseiller, même si vous n’avez pas fait ou terminé le jeu, puisqu’il permet d’y voir plus clair dans le lore désordonné de Final Fantasy XV.
I). La genèse de Final Fantasy XV
1. Fabula Nova Crystallis
Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’histoire de Final Fantasy XV ne commence pas en 2016, ni même quelques années plus tôt. Elle débute en 2006, année de parution de Final Fantasy XII, sur PS2. Commencé en 2002, le développement du jeu est alors considéré comme l’un des plus longs de la franchise, ce qui paraît ironique aujourd’hui. A cette époque, chaque Final Fantasy est une vitrine technologique pour les nouvelles générations de console ; Square Enix a encore le vent en poupe. L’entreprise imagine donc un projet révolutionnaire, parallèlement à la sortie de la PS3. Ils ne vont pas sortir un seul Final Fantasy mais trois, dans un univers partagé intitulé Fabula Nova Crystallis. Ce projet est visionnaire ; il faut après tout attendre vingt ans pour que quelque chose de similaire voit le jour, à savoir le remake de Final Fantasy VII, divisé en trilogie. (Et encore, chaque partie sortira à des années d’intervalle). Fabula Nova Crystallis devait être constitué de Final Fantasy XIII, d’Agito XIII et de Versus XIII. Agito évoquait le mouvement et la volonté d’agir ; peut-être était-ce en lien avec sa sortie prévue sur PlayStation Portable. Le dernier incarnait l’opposition, la face opposée de Final Fantasy XIII.
2. Final Fantasy Versus XIII
D’aucuns considéraient Versus XIII comme le jeu le plus attendu de la PS3. Réalisé par Tetsuya Nomura (le père de Kingdom Hearts), sa bande-annonce fut dévoilée lors de l’E3 de 2006. Le jeu a alors pour protagoniste Noctis Lucis Caelum, jeune prince aux yeux rouges, capable d’éliminer ses ennemis de façon impitoyable. Le titre promet des caractéristiques inédites, comme une atmosphère réaliste, l’abandon du combat au tour par tour et l’exploration d’un open world total. Je me permets d’insister sur l’intensité des attentes engendrées par la seule parution de la bande-annonce de Versus XIII, en 2006. Il y avait alors si peu d’informations sur le jeu que les fans ont commencé à spéculer. Ainsi, certains imaginèrent que nous n’incarnions, pour une fois, pas le protagoniste, mais bel et bien le grand méchant de l’histoire. D’autres extraits laissent deviner des éléments de l’intrigue. Le jeu présentait déjà des relations tendues entre le royaume de Lucis, possesseur d’un Cristal, et l’empire de Niflheim. Lors d’une réception, le prince du Lucis, Noctis, rencontrait la princesse Stella, l’ancêtre de Lunafreya, elle aussi capable d’invoquer les armes fantômes. Il est difficile d’en savoir plus, il semblerait que l’histoire du jeu changeait à peu près tous les trois mois. Ceci étant dit, Noctis était déjà accompagné de ses amis Prompto, Ignis et Gladiolus, avec qui il se déplaçait en voiture. Versus XIII devait être un open world intégral, dans lequel les joueurs pouvaient interagir avec le décor ou changer de personnages, à leur guise, en plein combat. Le titre s’annonçait véritablement révolutionnaire. Mais les promesses suggérées par les premières images du jeu étaient aussi présomptueuses que trompeuses, puisque le véritable développement n’avait même pas encore commencé.
Lors de cette bande-annonce sortie en 2011, le jeu s’intitule encore Final Fantasy Versus XIII.
3. La descente aux enfers de Square Enix
Malheureusement, le jeu rêvé de Nomura va initier une descente aux enfers. Final Fantasy XIII, sorti en 2009, est loin de faire l’unanimité. Agito se détache de la trilogie et devient Type-Zero. Son développement s’éternise, si bien qu’il ne sort qu’en 2011, et seulement au Japon, pour la simple raison que la PSP est en fin de vie. (Une version remastérisée du jeu est cependant disponible, depuis 2015, sur PS4). Quant à Versus XIII, c’est l’échec le plus amer, d’où émergera pourtant Final Fantasy XV. Au commencement, le développement de Versus XIII peine à démarrer. Non seulement le moteur utilisé pose problème, mais Square Enix n’a personne pour travailler dessus. Pour remédier à cela, il faut attendre la sortie de Final Fantasy XIII, en 2009. Trois ans se sont donc déjà écoulés. (Avec le recul, on sait déjà que toute une trilogie sortira avant que Final Fantasy XV ne pointe le bout de son nez : Final Fantasy XIII-2 (2011) et Lightning Returns (2013)). 2013, c’est d’ailleurs aussi la date de sortie d’une certaine PS4. Les joueurs ont si peu de nouvelles, et ce depuis tant d’années, qu’ils commencent à imaginer que Versus XIII a été annulé. La communication au sain de Square Enix est tout aussi chaotique puisque certains employés continuent à produire des données pour Versus XIII, sans même savoir où en est le projet. Enfin, Square Enix est confronté à deux problèmes majeurs. Le premier, c’est le lancement catastrophique du MMORPG Final Fantasy XIV, en 2010. Le jeu est si peu viable que les équipes peuvent avoir jusqu’à 400 pannes quotidiennes à régler, ce qui laisse peu de place pour tout autre projet. Le second problème, c’est, comme suggéré plus tôt, la sortie d’une nouvelle génération de console. Square Enix décide de changer de moteur et de restructurer l’équipe, dans l’espoir que le projet se mette enfin à avancer. L’entreprise souhaite par ailleurs faire de Versus XIII un épisode numéroté, le quinzième de la franchise. Cependant, Nomura est réticent, car il redoute de perdre sa liberté créative.
4. La naissance de Final Fantasy XV
Les choses se débloquent en 2013. Final Fantasy XIV se voit offrir une nouvelle version baptisée A Realm Reborn; elle est nettement plus fonctionnelle, si bien qu’elle est encore d’actualité, la dernière extension (Dawntrail) datant de 2024. Par dessus-tout, Nomura finit par céder et Square Enix profite de l’E3 de 2013 pour présenter une nouvelle bande-annonce de Final Fantasy Versus XIII… Or, à la fin de l’extrait en question, le titre bascule et devient Final Fantasy XV. On peut penser à l’E3 de 2013 avec autant de nostalgie que d’ironie. Après une attente de sept ans, les joueurs imaginent pouvoir bientôt incarner le prince Noctis. Square Enix en profite d’ailleurs pour sortir la bande-annonce du presque aussi attendu Kingom Hearts III. (Kingdom Hearts II est sorti à peu près au même moment que Final Fantasy XII, en 2006). Sept ans d’attente, c’est bien long, mais il va falloir encore s’armer de patience. Kingdom Hearts III ne sortira sur PlayStation 4 qu’au mois de janvier 2019. Quant à Final Fantasy XV, il n’est pas encore au bout de ses peines. La hype elle, est intacte. La bande-annonce présentée lors de l’E3 de 2013 fait l’unanimité, grâce à sa mise en scène et sa musique impressionnantes. Malheureusement, la majorité des images présentées n’apparaîtront pas dans le produit final.
La toute première bande-annonce de Final Fantasy XV est prometteuse mais trompeuse. Le combat entre Regis et l’Empereur est absent du jeu final, pour ne citer que cela. L’homme encapuchonné et mystérieux et sans doute l’apparence originelle de Ravus.
5. De Nomura à Tabata
L’année 2014 marque un tournant puisque Tetsuya Nomura perd son poste. C’est Hajime Tabata, réalisateur de Final Fantasy Type-0, qui reprend le flambeau. Le remplacement de Nomura est une décision de Square Enix, dont le Président a changé en 2013. Nomura semblait avoir du mal à se canaliser et espérait notamment faire plusieurs jeux, pour raconter son histoire. Tabata aura une vision moins ambitieuse, mais apportera tout de même sa pierre à l’édifice. Si l’idée du road trip était déjà présente, c’est lui qui souhaitera en faire le cœur du jeu. Par ailleurs, l’univers étendu lui tiendra à cœur, puisqu’il continuera à s’occuper des extensions du jeu, après sa sortie. Ces années tumultueuses et l’annulation de certains DLC auront cependant raison de lui, puisque Tabata démissionnera en 2018. Final Fantasy XV serait-il un projet maudit ?
6. Sortie et réception du jeu
Revenons en 2014. Le jeu est encore incomplet, même si des démos sortent de temps à autres. L’équipe fait appel à des sous-traitants pour certains passages et continue à corriger le jeu, notamment en demandant le retour des joueurs. C’est grâce à cela que Prompto, alors jugé peu sympathique, se découvre une passion pour la photographie. Pourtant, Final Fantasy XV n’a toujours aucune date de sortie. Square Enix décide de la révéler, en grande pompe, lors d’une émission à Los Angeles, le 30 mars 2016. Les présentateurs ironisent sur le développement interminable du jeu avant de révéler – enfin – une date de sortie mondiale : le 30 septembre 2016. Square Enix commet encore deux erreurs. Ils n’ont pas pris en compte les questions de localisation et de traduction liées à une sortie internationale. (Oui, c’est la première fois qu’un opus de la saga se voit offrir un doublage français). Par ailleurs, le jeu est loin d’être terminé. Sans réelle surprise,Final Fantasy XV est donc reporté au 29 novembre 2016. Malgré ce report et la présence d’un patch day one, le jeu souffre encore de nombreux problèmes. Beaucoup de joueurs critiquent le gameplay des combats, jugé trop basique et simple, mais aussi et surtout son intrigue, très décousue. Il est vrai qu’il manque des pans entiers d’histoire, lesquels ne seront comblés que par des mises à jour ultérieures, voire des extensions payantes. Après dix ans d’attente, les joueurs se sentent lésés par ce jeu inachevé, mais aussi par la stratégie jugée mercantile de Square Enix. Envers et contre tout, Final Fantasy XV a connu un certain succès. Beaucoup de critiques sont élogieuses et le jeu atteint 6 millions de vente, dès 2017. Aujourd’hui, il est même le quatrième opus de la saga le plus vendu, avec 10 millions de vente. Il se trouve derrière Final Fantasy VIII,Final Fantasy X et bien entendu le sacro-saint Final Fantasy VII.
7. L’achèvement de Final Fantasy XV
Après la sortie de Final Fantasy XV, des mises à jour sont apparues très régulièrement, pendant un an. On proposa notamment un chapitre 13 alternatif. Il faut attendre le mois de décembre 2017 pour que l’une des premières idées de Nomura se concrétise : les quatre personnages de l’équipe sont enfin jouables, en combat. Final Fantasy XV n’est considéré comme un jeu terminé que trois ans plus tard, après la sortie d’un pack royal et surtout du dernier DLC, concentré sur le personnage d’Ardyn. Ce jeu, annoncé en 2006, n’est véritablement terminé qu’en mars 2019, treize ans plus tard. La fin fut brutale puisque Square Enix décida d’annuler trois extensions, que nous évoquerons plus tard.Final Fantasy XV est considéré comme un épisode décevant et chaotique pour les uns, mais émouvant et même majeur pour les autres. Beaucoup le considèrent, à raison, comme la créature de Frankenstein de Square Enix. Versus XIII est mort. De ses cendres est né Final Fantasy XV ; un jeu incomplet et moult fois corrigé. Pourtant, le jeu a survécu et continue à faire couler de l’encre aujourd’hui.
Le jeu Final Fantasy VIII, et par extension la saga à laquelle il appartient, est une de mes plus belles expériences vidéoludiques. Et une des plus anciennes ! Je me souviens des heures passées sur ce volet, après sa sortie sur PS1, en 1999. Et pourtant, je n’allais jamais au-delà du début ! J’ai toutefois pu venir à bout de ce mastodonte du JRPG, tout récemment, à l’occasion de la sortie de la version Remastered sur PS4.
Final Fantasy VIII s’inscrit dans la longue lignée de la saga, tout en apportant sa personnalité qui tranche avec les précédents épisodes. Qu’est-ce qui fait de lui un Final Fantasy à part entière, mais surtout, un Final Fantasy qui se démarque ?
Je ne suis pas une experte en la matière – loin de là -, je vais toutefois essayer de te faire voyager avec moi, à travers la fantasy mais aussi la modernité de ce volet, sans oublier la complexité des personnages ; l’ensemble étant placé sous l’étoile plus ou moins bonne de la destinée.
Sache que cette analyse se veut accessible à tous, y compris à ceux n’ayant pas (encore) fait le jeu. Aussi tâcherai-je de te prévenir lorsque de réels spoilers arriveront. D’autre part, elle est fortement nourrie et influencée par le travail de Rémi Lopez, dans La légende Final Fantasy VIII, dont je te conseille la lecture.
La sorcière Edea est un personnage iconique.
La sorcière Edea est un personnage iconique.
Une gunblade.
I. La Fantasy : entre mythes et sortilèges
1. Définition de la Fantasy
Sans grande surprise, Final Fantasy VIII s’inscrit dans le genre de la fantasy. Tu sais, ce genre que l’on confond toujours avec le fantastique. Pourtant, ces deux-là ont des caractéristiques très différentes. Alors que le fantastique se déroule dans un monde proche du tiens, dans lequel tu hésites entre une explication rationnelle et une explication surnaturelle, au risque de susciter la peur ; la fantasy se déroule dans un univers imaginaire, où les codes ne sont pas les mêmes. C’est pourquoi ni Squall, ni ses amis ne sont surpris de tomber sur un Tyrannosaure, lorsqu’ils se promènent dans la serre de leur faculté ! La fantasy est un genre que l’on rattache souvent aux contes de fées, à raison. Ce n’est pas pour rien que les premiers Final Fantasy mettaient en scène moult chevaliers, destinés à brandir leur épée contre diverses créatures griffues. A priori, nos chevaliers sont toujours là : Squall, le protagoniste du jeu et son rival, Seifer ne brandissent-ils pas une gunblade ? La magie est elle aussi au rendez-vous, compte tenu des sortilèges qui peuvent être dérobés aux ennemis. Pour finir, la menace que seront amenés Squall et ses amis à éradiquer, n’est autre qu’une sorcière.
2. Mythologie de l’univers
Pour bien comprendre à quel point la magie est cruciale dans Final Fantasy VIII, il faut se référer à la mythologie de l’univers, qui est explicitée dans La légende Final Fantasy VIII. L’univers du jeu ne semble guère être régi par une quelconque religion, si l’on omet l’évocation d’une divinité appelée « Hyne le magicien ». Celui-ci aurait séparé son corps en deux, et aurait fait cadeau de l’un de ces fragments aux Hommes, afin de leur transmettre ses pouvoirs magiques. Or, ils ont été dupés. C’est dans la partie restée cachée que se dissimulaient les dons en question. Ceux-ci n’auraient été transmis qu’à certaines femmes, qui devinrent ainsi ses héritières, ou autrement dit des sorcières. Chaque sorcière n’accède à son plein potentiel, qu’en devenant le réceptacle des pouvoirs de la sorcière précédente. « Il leur fallait […] pour mourir en paix avoir transmis leurs pouvoirs », précise Rémi Lopez, l’auteur de La légende Final Fantasy VIII. Plus intéressant encore, chaque sorcière se voit attribuer un chevalier « chargé de veiller aussi bien à sa protection qu’à son bien-être mental et spirituel en devenant le lien principal entre elle et le reste de l’humanité. » Final Fantasy VIII est fascinant dans la mesure où – tout en laissant une large manœuvre d’imagination et d’interprétation – il peaufine un univers aux origines et aux règles précises, servies par un vocabulaire probant. Il y a aussi une explication à la présence des monstres étranges du bestiaire. Ceux-ci seraient arrivés dans le monde, lors d’un phénomène appelé Larme Sélénite. La lune, qui était alors trop gorgée de monstres, en a craché une masse importante sur la surface de la planète, lors d’un cataclysme dévastateur, près d’un siècle avant les événements relatés par le jeu.
3. Adel, sorcière despotique
Malheureusement pour nos héros, ou l’humanité en général, les monstres ne constituent pas la seule menace pour les populations. Une sorcière qui tourne mal peut en effet se révéler tout aussi destructrice. C’est le cas d’Adel, l’un des boss secondaires du jeu. Adel est un personnage aussi ambigu qu’intriguant. Bien que les sorcières soient toutes des femmes, et que d’ailleurs, on la genre au féminin, Adel a une apparence virile à bien des égards. A priori, le jeu la qualifie parfois de personnage « hermaphrodite » ou même de « travelo », mais ces termes discutables ne concernent que la version française. La vérité est sans doute plus complexe et énigmatique. Ce qui semble certain, c’est qu’Adel n’a rien d’une enfant de chœur. Celle-ci a agi en despote et en tyran plusieurs années avant la quête de Squall. Durant une sombre période appelée « Guerre occulte », Adel a « décidé d’orienter la technologie d’Esthar vers la recherche militaire, ce qui eut notamment pour effet de porter préjudice à l’environnement alentour en asséchant les lacs pour ne laisser que de vastes étendues désertiques, totalement inhabitables. » Elle s’est par ailleurs mise à convoiter ou à redouter les pouvoirs des autres sorcières, au point de déclencher de véritables rafles dans les villes et villages. Par chance, une certaine Ellone y échappera.
Attrapez-les toutes !
Adel est une des antagonistes.
Adel est une des antagonistes.
Loading…
Comme je te l’avais dit, la magie et donc la fantasy ont une place prépondérante dans Final Fantasy VIII, au point que la mythologie et l’Histoire de l’univers s’articulent autour de cela. J’aurais aussi pu te parler des Guardian Forces, des entités qui viennent à la rescousse de nos héros lorsqu’elles sont invoquées. Les invocations sont un concept bien célèbre de la saga. Cependant qu’il pouvait s’agir de pseudo-divinités dans les précédents opus, Final Fantasy VIII les présente davantage comme des créatures à élever. C’est pourquoi il a été « décidé qu’elles devaient perdre toute trace d’humanité, pour s’apparenter davantage à des monstres. Le vieux Ramuh s’est donc vu remplacer par [Golgotha], puisque cela n’avait aucun sens […] « d’élever un vieillard ». Les figures historiques anthropomorphes comme Shiva ou la Sirène posaient néanmoins problème. La solution fut de les redessiner complètement nues – le port de vêtements étant associé à l’humanité -, mais en cachant l’essentiel, » nous explique-t-on dans l’ouvrage de Third Editions. Mais entre nous, je dois t’avouer que j’aurais été curieuse de voir Ramuh nu… « en cachant l’essentiel » bien sûr ! Et pourtant, ces G-Forces soulignent un paradoxe important. En effet, nos héros ne font pas appel à elles par la magie. Ils utilisent une technologie qui a été inventée par un certain docteur Geyser et qui leur permet d’être associés à une ou plusieurs G-Forces. Bien que cette pratique rende le guerrier redoutable, elle a de lourdes conséquences sur sa mémoire. Toujours est-il que cela nous amène à parler de la facette opposée du jeu : la recherche de modernité et de réalisme.
La ville d’Esthar est une prouesse technologique.
Squall est prêt à accomplir sa mission.
Linoa connaît moult péripéties.
II. Un univers ancré dans la modernité et le réalisme
1. Bienvenue à la Balamp Garden University
A l’instar de Final Fantasy VII, qui avait initié le mouvement, Final Fantasy VIII se déroule dans un univers moderne, doté d’une technologie avancée. Et pourtant, la comparaison entre ces deux mondes s’arrête probablement ici. L’histoire ne t’embarque pas auprès d’un groupuscule d’individus qualifiés par certains de « terroristes ». Tu es amené à faire la rencontre d’étudiants. En fait, après avoir travaillé sur un épisode aussi sombre et mature que le septième opus, l’équipe du jeu a ressenti le besoin de travailler sur un projet plus lumineux, au sens propre comme au sens figuré. Yusuke Noara, le directeur artistique de Final Fantasy VIII a « misé sur des couleurs claires et l’utilisation de la lumière, à l’opposé du travail qui avait été effectué sur FF VII, où les équipes s’étaient concentrées sur les ombres. Il s’est ensuite occupé de la conception des Gardens […] conformément aux directives de Kitase [NDLR : le réalisateur du jeu], qui avait demandé à ce que l’on crée des bâtiments et des engins futuristes en harmonie avec des paysages typés fantasy. C’est alors qu’il a imaginé le nom de SeeD (seed veut dire graine en anglais) pour désigner les étudiants s’épanouissant dans ces jardins. » C’est ainsi qu’a été pensé Final Fantasy VIII, dès sa genèse. Le jeu se focaliserait sur des étudiants, et il en émanerait de l’espoir. En un sens, les ambiances des épisodes IX et X à venir ne sont pas surprenantes. En outre, Squall et ses amis n’étudient pas dans n’importe quelle faculté. [Spoiler] Il s’agit tout de même d’un bâtiment qui sera capable de se projeter dans les airs puis de servir de vaisseau à ses occupants ! [/spoiler]
2. La recherche de réalisme
Au-delà de ce contexte estudiantin plus moderne voire futuriste, le jeu s’est efforcé, je crois, d’être plus réaliste. Après tout, l’évolution des graphismes entre Final Fantasy VII et Final Fantasy VIII est saisissante. Des graphismes ? Que dis-je ! De la direction artistique. Les créateurs du jeu ont sincèrement voulu repousser les limites de ce qui avait été fait en matière de mise en scène, comme de crédibilité. A titre d’exemple, Deling City est inspirée de Paris, allant même jusqu’à arborer fièrement un arc de triomphe. Les personnages eux-mêmes ont des dimensions plus réalistes. Ce parti pris ne s’effectue pas qu’à travers la forme de l’univers, mais aussi dans son contenu. D’après Rémi Lopez : « Les villes ne sont plus ces petites bourgades par lesquelles transite l’équipe pour se reposer et se ravitailler, elles traversent désormais des crises politiques et sociales – on y voit d’ailleurs les différences manifestes de niveau de vie, avec la présence de riches et de pauvres. »
3. Clins d’œil à la science-fiction
Par ailleurs, les références du jeu à l’égard de notre univers, et plus précisément de la pop culture, sont nombreuses. Je n’en citerai que deux, qui rendent hommage à deux grandes œuvres de science-fiction. La première est ni plus ni moins la saga Star Wars, à laquelle Final Fantasy VIII emprunte plusieurs noms. D’après La légende Final Fantasy VIII, « Biggs et Wedge sont deux soldats de l’Alliance rebelle, amis de Luke Skywalker ; Needa est un capitaine de la flotte impériale ; Piet est le dernier amiral de l’Escadron de la mort de la flotte impériale ; Dodonna sera l’un des premiers généraux de l’armée rebelle, après avoir servi l’Empire pendant des années. » Pour l’anecdote, sache que ce n’est pas le seul jeu pour lequel Tetsuya Nomura (le chara designer), s’est inspiré de Star Wars. Il s’en est aussi inspiré pour Kingdom Hearts, en particulier l’épisode intitulé Birth by sleep. Mais ne lambinons pas ! Le deuxième hommage on ne peut plus parlant est celui fait à l’égard du film l’Odyssée de l’Espace, réalisé par Stanley Kubrick en 1968. Si tu as déjà fait le jeu, tu sais pertinemment que je parle de la scène sur la base lunaire.
La technologie est omniprésente.
Les environnements se veulent réalistes.
Irvine, un des héros, est un tireur d’élite.
Loading…
Final Fantasy VIII est bel et bien un univers moderne, futuriste et surtout fortement raccroché à celui du joueur. Cela se manifeste par l’architecture et le design du monde, mais aussi par le statut des personnages, ou même les références faites à l’égard de grandes œuvres de science-fiction. Final Fantasy VIII est, d’une certaine façon, un paradoxe ambulant entre sa volonté de s’inscrire dans la tradition de ses aînés, et celle de progresser dans un univers moderne, technologiquement avancé, à la fois proche et éloigné de l’environnement présenté dans Final Fantasy VII. Pourtant, ce n’est pas cet effet de contraste qui fait de Final Fantasy VIII un opus unique. Il s’agit bien plus du symbolisme auréolant chaque personnage.
L’emblème de Squall est le lion.
III. Les personnages principaux : symboles, reflets et miroirs cassés
L’apparence de Squall s’éloigne du chevalier traditionnel
La gunblade de Squall est un mélange d’arme blanche et d’arme à feu
Seifer semble toujours très sûr de lui.
1. Qui est Squall Leonhart ?
A présent, il me faut te présenter les personnages et souligner l’importance des relations qui les unissent. Le protagoniste du jeu s’appelle Squall Leonhart. Si tu connais le travail de Tetsuya Nomura, tu sais qu’il ne laisse rien au hasard lorsqu’il invente un personnage, du nom qu’il porte, à son caractère, en passant par ses couleurs de prédilection. Ainsi, l’onomastique et le symbolisme sont souvent très forts chez ses personnages. C’est le cas de Squall dont l’animal totem est le lion. Pour l’anecdote, cet animal est le favori de Testsuya Nomura, au point qu’il ait projeté de faire de Sora, protagoniste de Kingdom Hearts, un lion anthropomorphe, avant de se raviser. Ce lion, on le retrouve sur le médaillon de Squall, mais aussi sur sa bague ainsi que sur le porte-clé de sa gunblade. Sans oublier, bien sûr, le patronyme qu’il porte. D’après Rémi Lopez « Leonhart, pourrait être une variante de l’anglais Lionheart (signifiant cœur de lion) ou bien plus simplement le nom d’origine germanique signifiant fort comme un lion. » Squall apparaît donc comme un personnage brave et courageux, ou qui du moins, aspire à l’être. Le lion est omniprésent au point que la première G-Force apprivoisée par Squall soit Ifrit, et que l’un des boss finaux soit Cronos ; autant dire deux entités dont l’apparence se rapproche énormément de celle d’un lion. Bien qu’il soit le protagoniste du jeu, Squall n’a pas le comportement ou les valeurs que l’on pourrait attendre d’un héros. Ce n’est certes pas grâce à son caractère ou à son éloquence qu’il parviendra à fédérer des compagnons autour de lui. Squall est un jeune homme profondément taciturne et réservé, qui a même tout d’un handicapé des sentiments si l’on se fie aux nombreuses remarques des personnages du jeu ! Et pourtant, cette méfiance à l’égard d’autrui n’a rien de gratuite. Souvent déçu dans ses affections humaines, Squall redoute par-dessus tout l’abandon. Il aime mieux être seul que de courir le risque d’être de nouveau trahi ! Et pourtant, progressivement, Squall comprendra qu’il passe à côté des saveurs de la vie, et qu’il lui sera même impossible de progresser ou de vaincre l’adversité, sans ses amis. En ce sens, Final Fantasy VIII est évidemment une quête initiatique, dans laquelle le héros est destiné à s’améliorer et à se sublimer.
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2. a. Équipe de Squall
Pour ce faire, Squall va débuter son aventure auprès de Quistis, son instructrice. Si « Squall » signifie « bourrasque », Quistis Trep signifie plus ou moins « repos » et « s’agitant ». La jeune femme est donc un personnage capable de canaliser le protagoniste, tout en sachant se montrer aussi intrépide que lui. En vérité, elle constitue un paradoxe à elle seule. L’aventure se fera aussi aux côtés de Selphie et Zell, qui alimentent le côté humoristique du jeu. Ajoutons à cela Irvine, un tireur d’élite issu d’une faculté voisine, et aux allures de cowboy. Le dernier personnage récurent de l’équipe n’est autre que Linoa Heartilly. Son nom est tout aussi significatif, puisqu’il indique qu’elle a le don d’atteindre le cœur des gens. Il est vrai qu’il faut au minimum l’optimisme et la démarche conquérante d’une Linoa pour venir à bout de l’impassibilité de Squall ! Et ce, quand bien même ces deux jeunes gens s’aiment.
Linoa est la clé du développement de Squall
Quistis est à la fois un mentor et une amie
Zell utilise la force de ses poings
2. b. Équipe de Laguna
Maintenant que j’ai présenté la première équipe du jeu, il me faut aborder la deuxième. Final Fantasy VIII a la particularité de posséder non pas un protagoniste, mais deux, agissant à des époques différentes. Ainsi, Squall et ses amis laissent parfois leur place à Laguna Loire et ses compagnons. A priori, les aventures de Laguna se déroulent dix-sept ans avant celles de Squall. Ces deux-là n’ont pas grand chose en commun. Laguna est un soldat qui rêve d’une part, de devenir journaliste, et de l’autre, de séduire Julia, une pianiste talentueuse. Au reste, Laguna est un homme enthousiaste, maladroit et bavard. Tout le contraire de Squall en somme ! Par dessus-tout, il a tout compris au sens de l’amitié, puisque Kiros et Ward lui sont essentiels. Si les deux équipes sont si différentes, c’est parce qu’aucune ne devait faire de l’ombre à l’autre : « l’une allait être composée d’adolescents novices ; l’autre, de jeunes adultes expérimentés, complices et solidaires, alors que Squall de son côté ignorerait encore tout de l’amitié. Par ailleurs, si la vie du premier groupe allait tourner autour des études et d’une quête initiatique, la vie du second aurait pour cadre les combats et la guerre, » résume Rémi Lopez.
Laguna est le deuxième protagoniste du jeu
Irvine crâne un peu, c’est vrai
Selphie a plus d’une corde à son arc
3. Qui est Seifer Almasy ?
A propos, Laguna n’est pas le seul reflet inversé de Squall. C’est aussi le cas de son rival de toujours : Seifer Almasy. Alors que Squall arbore une tenue somme toute sobre, aux nuances de noir et de blanc, Seifer porte des vêtements qui attirent l’attention. Son grand manteau clair présente des croix écarlates sur chaque épaule. Des croix faisant bien sûr référence au tempérament inquisiteur de Seifer, qui est membre, je le rappelle, du conseil de discipline de la faculté. Squall et Seifer sont deux chevaliers différents, qui manient toutefois la même arme : une gunblade. C’est d’ailleurs lors d’un entraînement dépeint dans la cinématique d’ouverture qu’ils vont s’infliger une cicatrice sur le front. Une cicatrice similaire, mais allant dans une direction opposée. (Je te laisse une petite pause pour admirer le travail qui a été accompli sur la mise en scène de l’introduction.)
Autre similitude troublante, Seifer sera le premier petit ami de Linoa. Toutefois, leurs différences prennent le pas sur ce qui les rapproche. Alors que Squall ne fait rien pour obtenir le pouvoir, au point de se plaindre lorsqu’on lui donne la responsabilité d’être chef ; Seifer fait tout pour se mettre en avant et montrer qu’il est aussi exceptionnel qu’il le prétend. Cette différence fondamentale est classique entre deux rivaux d’un récit initiatique. C’est toujours celui qui manque de confiance en lui qui finit par évoluer et surprendre tout le monde, tandis que celui qui fanfaronne est beaucoup moins mature qu’il le prétend, au risque de commettre des erreurs fatales. [Spoiler] Seifer commettra d’ailleurs une erreur de taille en choisissant de rejoindre les rangs d’une certaine Edea, dans le seul but de devenir le « chevalier » dont il a toujours rêvé. Tu l’ignores peut-être, mais l’origine de ce rêve finit de ridiculiser Seifer. En effet, celui-ci est un grand fan du film dans lequel Laguna a joué pour se faire de l’argent. Le personnage interprété par Laguna s’appelle Zefer, et les ressemblances ne s’arrêtent pas là, d’après Rémi Lopez : « Le jeune homme ira même jusqu’à apprendre le maniement de la gunblade et à copier les poses du héros lors de ses propres joutes ! Seifer entreprend dès lors de faire de sa vie une aventure romanesque, au mépris du réel comme du regard des autres. En devenant le chevalier d’Edéa-Ultimécia, il abandonne toute notion de bien et de mal pour satisfaire ses envies de prestige. » Certes, la déchéance de Seifer est tragique, mais il est ironique que Laguna représente indirectement un modèle pour Seifer, ou encore que l’ambition de ce dernier repose sur un simple film de chevalerie, comme s’il n’était pas plus lucide qu’un Don Quichotte. Je malmène beaucoup Seifer, mais son évolution n’en demeure pas moins intéressante, puisqu’il a finalement accès à la rédemption. La cinématique de fin démontre combien il est fier et reconnaissant envers ses rivaux et amis. [/spoiler]
Seifer est le rival éternel de Squall
Un aperçu du fameux film avec Laguna
Edea manipule Seifer avec aisance
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Maintenant que j’ai fait le point sur le travail effectué sur les personnages principaux, je vais pouvoir entrer dans le détail. Il nous faut aborder un éventail plus large de personnages, mais aussi le mysticisme des relations qui les unie, afin de mieux appréhender la notion si fondamentale de destinée.
IV. Un destin commun et immuable
Squall est prêt à tout pour protéger Linoa, elle-même prête à se sacrifier
Une étoile filante tombe le soir où Squall et Linoa se rencontrent
Final Fantasy VIII met l’accent sur la romance entre Squall et Linoa
1. La question de la famille
Parlons de personnages plus secondaires, mais néanmoins nécessaires au bon déroulement de l’intrigue. Commençons par Cid, un nom qui t’est sans doute familier. Et pour cause, Cid est un personnage récurent dans tous les Final Fantasy, ou presque, bien qu’il change de visage et de statut. Dans Final Fantasy VIII, il est à la fois le proviseur de la BGU, mais aussi [Spoiler] le mari et par conséquent le chevalier d’Edea : « Cid incarne souvent la figure paternelle du groupe, celle à laquelle l’équipe tend à se référer quand l’avenir leur paraît sombre, incertain. En témoigne dans Final Fantasy VIII son statut de proviseur, malgré sa maladresse naturelle et ses erreurs de jugement – sans oublier qu’il se révèle être par ailleurs le mari de celle que les SeeD considèrent comme leur mère ». Mais que lis-je ? Cid serait une figure paternelle et Edea une figure maternelle ? Cela m’amène à mentionner une thématique très importante dans Final Fantasy VIII : celle de la famille.
Squall est orphelin. Il se croit seul au monde, pourtant, il partage, sans le savoir, la même blessure que ses amis. Quistis, Selphie, Irvine, Zell et même Seifer ont grandi dans le même orphelinat. Aucun ne s’en souvient, à l’exception de Irvine, à cause d’un usage trop intensif des G-Forces. Ce n’est pourtant pas le hasard qui a rassemblé ces amis, devenus adultes, mais le destin. Le destin étant bien ironique, il se trouve qu’ils ont été élevés par la sorcière Edea, avant que celle-ci ne devienne maléfique, à cause de l’emprise d’Ultimécia. Dans Final Fantasy VIII, comme dans bien des jeux sur lesquels Nomura a travaillé, les personnages sont des reflets identiques ou inversés, et souvent bien plus profonds qu’il n’y paraît. Le jeu des doubles est omniprésent au point d’en devenir troublant. J’ai déjà mentionné l’étrange dualité entre Squall, Seifer et Laguna, mais celle-ci est d’autant plus étonnante que Laguna se révèle être… le père biologique de Squall. Laguna Loire est tombé amoureux d’une certaine Raine, avec qui il veillait sur Ellone. Alors que Laguna voyage, Raine meurt en donnant la vie à Squall. Le petit garçon sera confié à l’orphelinat dirigé par Cid et Edea, en compagnie d’Ellone, sa sœur de cœur. Ce n’est que la fatalité qui parviendra à réunir ces gens, des années plus tard. L’ironie du sort est telle que, avant de tomber amoureux de Raine, Laguna essayait de séduire Julia. La pianiste. La mère de Linoa. La compositrice de la chanson Eyes on Me, hymne de l’amour entre Squall et Linoa. C’est après tout sur ce morceau qu’ils se rencontrent et dansent ensemble, pour la première fois. A ce moment-là, Rémi Lopez se demande, à raison : « Doit-on y voir l’action d’une force invisible qui se joue de nous ? Tout ne serait-il finalement qu’un éternel recommencement ? » La dernière dualité troublante est celle qui unie les sorcières entre elles. Ultimécia n’existant que dans le futur, elle agit dans le présent en possédant d’autres sorcières, à l’instar de Edea, Adel ou… Linoa. Une fois encore, les personnages incarnent à la fois ce que Squall aime et ce que Squall combat. Sache qu’il existe une théorie très populaire qui stipule que Ultimécia n’est autre que Linoa, dans le futur. Mais à priori, cela a été démenti par Nomura.[/spoiler]
2. La romance au cœur du récit
Tu l’auras compris, il existe une réelle profondeur dans les personnages de Final Fantasy VIII. L’accent est mis sur les relations qui existent entre eux, que celles-ci soient évidentes ou secrètes. Alors que Squall se croit seul au monde, il va découvrir la signification et la valeur des mots « famille, amitié », ou « amour ». Car oui, plus que tout autre, Final Fantasy VIII a été pensé comme une romance. Cela se confirme par les mécaniques de gameplay elles-mêmes : « On n’est plus dans la configuration d’un FF VII, où des paramètres affectifs déterminaient essentiellement qui entre Tifa, Aerith, Yuffie et Barret accompagnerait Cloud lors de son rendez-vous galant au Gold Saucer. Et si Nomura avait d’abord songé, pour la fameuse scène du bal des SeeD, à un concept similaire avec Linoa, Quistis ou Selphie, les créateurs se sont vite rendus compte que ce n’était pas une bonne idée. En effet, l’ébauche de scénario imaginée par Nojima […] faisait très nettement ressortir à quel point seule Linoa s’avérait spéciale. » C’est pourquoi Squall n’a d’autre choix que de danser avec Linoa, lors de ce fameux bal, signant ainsi le départ d’une complexe mais sincère histoire d’amour. Une histoire d’amour probablement écrite et immuable.
L’équipe s’apprête à affronter Ultimécia.
Squall à deux époques différentes.
L’iconographie du temps est présente.
3. La boucle fatidique du temps
Maintenant que tu maîtrises plus ou moins le rôle des différents personnages et les liens qui existent entre eux, tu es plus apte à comprendre l’importance cruciale de la notion de temps ou de destin, dans Final Fantasy VIII. Comme je l’ai dit plus tôt, tu es amené à incarner deux héros différents : Squall et Laguna. Or, dix-sept ans séparent leurs aventures ; si bien que Squall se demande s’il n’est pas victime d’hallucinations lorsqu’il se met à rêver des mésaventures de Laguna. L’explication est tout autre puisque [Spoiler] Ellone, sa sœur de cœur, doublée d’une sorcière, est capable de faire revivre le passé des gens qu’elle connaît. Il est inutile de préciser que cette capacité sera convoitée par Ultimécia, l’ennemie principale. [/spoiler] Le jeu aborde ainsi donc la thématique des voyages dans le temps, en plus de la notion de destinée. Ce sont ces deux concepts qui permettront à Squall de rencontrer ses amis, mais aussi indirectement Laguna. Notre protagoniste est d’autant plus perdu qu’il doit résoudre les mystères du passé, dans lequel progresse Laguna, afin de mieux se préparer contre les menaces que représente l’avenir. [Spoiler] En effet, Ultimécia est une sorcière redoutable qui n’existe que dans le futur. L’intrigue du jeu pousse le vice au point que la résolution de l’intrigue ne se déroule pas dans le présent, mais dans l’avenir. Ce n’est que là-bas que Squall peut affronter Ultimécia et l’empêcher de nuire. Or, lorsque Ultimécia est vaincue, celle-ci retourne dans un passé lointain, en compagnie de Squall. Alors, le jeune homme croise Edea, lorsqu’elle était jeune. Edea est accompagnée d’un petit garçon, qui ressemble beaucoup à Squall. Ultimécia n’a d’autre choix que de transmettre ses pouvoirs à Edea, afin de mourir en paix. Squall peut alors retourner dans son époque, non sans avoir croisé une version plus jeune de lui-même, et après s’être rendu compte que le temps… n’est qu’une boucle infinie et immuable. Squall est destiné à éliminer Ultimécia, à l’infini. Je dirais même que Ultimécia a parfaitement conscience de ce cercle vicieux qui la condamne à périr continuellement. Ultimécia ne possède pas des sorcières du passé pour essayer de changer cette époque car cela serait vain. Son espoir, aussi infime soit-il, est tout autre, comme l’explique Rémi Lopez : « Comprenons […] que la compression temporelle est l’unique moyen pour la sorcière d’échapper à son sort. Ultimécia est parfaitement consciente de sa défaite à venir contre le « SeeD légendaire » (à savoir, Squall) ; si le jeu, comme nous le pensons, est construit sur le concept d’un temps inaltérable (passé, présent comme futur), alors c’est dans la destruction même du temps que réside pour Ultimécia l’unique chance de survie. » [/spoiler]
Conclusion
Eh bien, je t’en ai dit des choses à propos de Final Fantasy VIII. Et encore, je n’ai fait qu’effleurer la surface des nombreuses analyses et théories qui existent sur l’intrigue et l’univers du jeu. Comme je l’ai fait remarquer en introduction, je suis loin d’être une experte en la matière. Je suis simplement quelqu’un qui a beaucoup aimé le jeu, puis a tenté de l’analyser. (D’ailleurs, il s’agit des captures d’écran de ma propre partie.) Je ne peux que continuer à remercier le travail de synthèse et de décryptage de Rémi Lopez, dans La légende Final Fantasy VIII. J’espère que tu auras aimé voguer avec moi, à travers les codes traditionnels de la saga, comme la présence de la magie et de sorcières. Pourtant, loin d’être une simple œuvre de fantasy, Final Fantasy VIII propose un cadre qui se veut à la fois réaliste et moderne. Si Final Fantasy est polyvalent en matière de genres, il est doté d’une multitude d’interprétations concernant ses personnages et les liens qui existent entre eux. Ceux-ci sont liés par le sang, par l’amitié, par l’amour, quand il ne s’agit tout bonnement pas de reflets inversés ! Ils progressent sous l’étoile tantôt heureuse, tantôt tragique, du destin. Car, en effet, la clé de l’intrigue se trouve dans les voyages temporels ou la fatalité qui régissent cet univers.
Malgré tout, si tu as joué à Final Fantasy VIII, ou encore projettes de le faire ; tu retiendras surtout les longues heures passées en compagnie de Squall, Linoa et leurs amis, au rythme de musiques aussi bouleversantes que mémorables. Cette aventure vidéoludique t’aura permis de mûrir, à l’instar de Squall, qui a enfin décidé d’ouvrir son cœur aux autres. Comme le dit Rémi Lopez, « c’est en ce sens que Final Fantasy VIII est une ode à l’autre, à la rencontre et à l’amour, une histoire où la solitude se révèle ne pas être une fatalité, et une invitation à s’ouvrir (ce que synthétise le logo du jeu). »