Silent Hill F | Les multiples strates de lecture

Je ne suis pas une fan de Silent Hill de longue date ; bien au contraire. Mon expérience se résume au remake de Silent Hill 2, paru en 2024, et que j’avais beaucoup apprécié. Je lui avais d’ailleurs consacré tout un dossier sur le blog : Analyse et Compendium de Silent Hill 2. Je replonge spontanément dans un cauchemar brumeux, avec Silent Hill F. Ce survival horror, édité par Konami mais développé par Neobards Entertainment est présenté comme un spin-off de la série. Ce jeu sorti en septembre 2025 concrétise la volonté de l’équipe de retourner à leurs sources, autrement dit au Japon. Vous aimez Shrek ou les oignons ? Ma question peut surprendre, mais pour le coup, Silent Hill F a autant de couches qu’un oignon. Le premier run du jeu, auquel se limiteront malheureusement la plupart des gamers, n’est que la surface. Silent Hill F est une longue introspection, qui nécessite pas moins de deux parties plus, et quatre fins différentes. Si les faux semblants et les jeux de reflets n’échapperont a priori à personne ; le titre s’avère toujours plus tortueux et captivant que cela. Heureusement, si vous n’avez pas eu le courage de platiner Silent Hill F, ni eu le temps de creuser trop en profondeur ; cette analyse est là pour vous. Et elle contient naturellement des spoilers.

L’histoire de Silent Hill F s’éloigne des États-Unis pour nous plonger au Japon, dans la ville fictive d’Ebisugaoka. Ce n’est pas le seul dépaysement garanti par Neobards puisqu’ils nous transportent dans les années 60. On y incarne Hinako Shimizu, une lycéenne. L’adolescente porte un profond mal-être. On comprend, très tôt, qu’elle ne se sent pas à sa place, dans sa famille. Son père est brutal, autoritaire et trop porté sur l’alcool. Hinako en veut aussi beaucoup à sa mère, qu’elle considère comme une simple femme soumise. Enfin, elle a été trahie par sa sœur, Junko, qui était son modèle jusqu’alors. En effet, Junko n’a plus beaucoup de temps à lui accorder depuis qu’elle s’est mariée. Alors qu’elle vient de retrouver ses amis Shu, Rinko et Sakuko, en ville, Hinako est tout à coup pourchassée par le monstre du brouillard. Les ruelles d’Ebisugaoka ne sont alors pas envahies par de la rouille, mais par une vague de fleurs aussi belles que mortelles. Non seulement, les habitants semblent avoir déserté la ville, mais celle-ci est désormais peuplée de monstres. Hinako tente de s’échapper, avec ses amis. Or, ceux-ci ont la fâcheuse tendance d’apparaître et disparaître. Rinko fait comme si Hinako était morte… On en vient à se demander ce qui est réel ou non. C’est d’autant plus confus qu’il arrive régulièrement à Hinako de perdre connaissance. Elle se retrouve alors plongée dans une dimension parallèle. Elle est guidée, dans l’étrange Sanctuaire des ténèbres, par un homme masqué qu’elle appelle Tête de Renard. Celui-ci semble doux et protecteur, et pourtant, la poupée d’enfance d’Hinako n’a de cesse de la mettre en garde. Le premier run de Silent Hill F nous fait aller de surprises en surprises.

Les épisodes du Sanctuaire des Ténèbres sont de plus en plus troublants. Hinako semble s’oublier elle-même, moralement comme physiquement. Elle est prête à abandonner sa propre volonté pour entrer dans les bonnes grâces de Tête de Renard, qui a l’intention d’en faire son épouse. Hinako devient ce qu’elle est supposée haïr. Et ce n’est pas tout. On doute grandement de la sincérité des amis d’Hinako, mais était-ce une raison pour les condamner à des morts si terribles, même si elles ne sont peut-être que symboliques ? Enfin, Hinako accepte de participer à un étrange rituel, composé de trois étapes. On lui sectionne le bras droit, pour lui greffer un membre de bête. On lui marque le dos au fer rouge, pour lui accorder des pouvoirs supplémentaires ; mais l’acte est une fois encore dégradant. Pour finir, Hinako se laisse écorcher le visage afin de porter, elle aussi, un masque de renard. Elle renonce ainsi à son identité pour devenir autre, pour devenir l’épouse d’une entité. Les modifications entraînées par ces rituels ne semblent pas affecter Hinako, lorsque celle-ci est réveillée. Ne s’agit-il donc que d’une rêverie ? A la fin du jeu, on comprend qu’il y a deux Hinako. Celle ayant subi des métamorphoses devient… le monstre du brouillard. Autrement dit le boss final du jeu. Silent Hill F nous amène à nous battre contre nous-même. Notons que ce boss se nomme Shiromuku, en référence à la tenue qu’elle porte : un kimono de mariage traditionnel. Il n’y a qu’une seule fin déblocable lors du premier run. Elle s’intitule Retour de Bâton. La scène post-générique laisse comprendre que des policiers enquêtent sur le massacre ayant eu lieu lors d’un mariage. La suspecte est une jeune femme dont la description correspond à Hinako. En effet, l’arme du crime est l’un des objets dont on s’est inlassablement servis, durant le jeu, pour se défendre. Pis encore, la jeune femme aurait été victime d’un épisode psychotique, lié aux gélules blanches et rouges qu’elle ingurgitait. Or, il s’agit de l’un des objets de soin les plus réguliers. Silent Hill F nous rend responsables du massacre, grâce à sa maîtrise de l’harmonie ludo-narrative. Des objets pratiques du jeu sont liés à la tuerie orchestrée par Hinako. Et pourtant, le titre nous empêche d’en vouloir à la jeune femme. Maintenant que les pièces du puzzle sont assemblées – et cela se confirme dès le début de la partie plus – Hinako a des circonstances atténuantes. Son père lui impose de se marier avec un certain Kotoyuki, l’homme caché derrière Tête de Renard. Cette première fin est mauvaise et laisse un sentiment d’inachèvement complètement volontaire. Le premier run de Silent Hill F fournit plus de questions que de réponses. C’est d’autant plus vrai que l’intrigue maîtrise les codes du genre fantastique, au sens littéraire du terme. On peut aborder l’histoire sous un angle surnaturel, dans lequel Hinako est vraiment pourchassée par des monstres, et séduite par un renard mystérieux. On peut aussi préférer une explication rationnelle, mise en avant par la scène post-générique. Hinako aurait été victime d’épisodes psychotiques, illustrant son traumatisme. Mais il est alors impossible de trancher entre les deux solutions.

Accordons nous une pause dans les dédales du labyrinthe de Silent Hill F, pour mentionner les mécaniques de gameplay ou des éléments plus techniques. C’est un très bon jeu. Pourtant, plusieurs joueurs lui reprochent d’être un mauvais Silent Hill. Au risque de me répéter, Silent Hill 2 est ma seule référence. Le changement d’ambiance est total. L’histoire se déroule désormais au Japon, dans les années 60. Nous n’incarnons pas un homme armé d’un revolver, mais une lycéenne, qui ne trouvera que des pieds-de-biche ou des armes blanches pour se défendre. Ces armes ont d’ailleurs une durabilité limitée. Il faut les économiser ou les réparer, si on ne souhaite pas se retrouver sans défense. Cela fait d’autant plus de ressources à gérer qu’Hinako possède des barres de vie, d’endurance et de santé mentale ! Après le rituel, Hinako aura des pouvoirs surnaturels, ce qui n’a jamais été le cas de James. Le folklore et le merveilleux prennent plus de place dans Silent Hill F que dans les autres jeux de la franchise. La direction artistique n’est donc pas en reste. La rouille laisse place aux lys araignées rouges. Hinako doit trouver des Omamori (amulettes japonaises) ou des Ema (plaques à souhaits traditionnelles) pour progresser. Les intérieurs confinés et sombres sont remplacés par des paysages extérieurs et lumineux. J’ai moi-même été parfois frustrée que tant de portes soient closes. Fouiller des maisons ou des bâtiments de fond en comble, pour trouver des ressources ou l’objet d’une énigme, est une mécanique de gameplay typique du survival horror. Et paradoxalement, j’ai parfois été plus effrayée par Silent Hill F, que par le remake du deuxième opus.

A mes yeux, Silent Hill F ne trahit pas les codes de la franchise. C’en est un prolongement ou une nouvelle interprétation, tout au plus. Le pays et la ville ont changé, certes. Mais Ebisugaoka est un théâtre favorable pour le cauchemar d’Hinako. La cité était prospère, autrefois, grâce à l’exploitation minière du charbon, qui expliquerait pourquoi le temps est toujours aussi brumeux. La ville se situerait par ailleurs au cœur de nombreux geysers. Les habitants, eux, sont écrasés par le poids de croyances folkloriques successives et de traditions pesantes. Hinako devient elle-même une femme-hybride, dotée d’un bras de renard. Je comprends que cela ait dérangé certains fans de la saga, mais c’est là le signe qu’elle devient Shiromuku, le boss final du jeu. Retirez-moi un doute. James n’était-il pas lui-même l’alter-ego de Pyramid Head ? Quant au changement d’ambiance, il n’est pas drastique. Certaines zones m’ont rappelé les origines de la franchise, à commencer par le collège, que j’ai adoré explorer. Plusieurs énigmes, comme celle de l’épouvantail, sont excellentes. Et les éléments inédits ne rendent le jeu que plus effrayant et original. Je pourrais reprocher à Silent Hill F de tirer en longueur, mais ce défaut est corrigé par les nouvelles parties plus. Il me semble aussi qu’il y a beaucoup plus d’affrontements que dans Silent Hill 2, qu’il s’agisse d’ennemis standards, ou de boss. Le titre ne fut pas une sinécure, en particulier en difficulté brouillard ! Au-delà de ces différences, j’aime à croire que l’ADN est le même. Comme le prône son histoire, Silent Hill F va au-delà des traditions, sans pour autant les trahir. La bande originale en est un bon exemple. Akira Yamoka, le compositeur de tous les épisodes de la franchise, s’est occupé des musiques d’Ebisugaoka, tandis que celles du Sanctuaire des Ténèbres ont été confiées à un compositeur inédit : Kensuke Inage. Non seulement la bande originale est incroyable, mais elle incarne toute la dualité d’Hinako, et du jeu entier.

Le Sanctuaire s’avère être le miroir de la réalité. C’est pourquoi il y a deux Hinako : l’une est prête à se trahir pour devenir une bonne épouse. La deuxième cherche une échappatoire, quelle qu’elle soit. On retrouve par ailleurs un bestiaire très similaire dans les deux dimensions. Le premier ennemi du jeu s’appelle Kashimashi. Il s’agit de mannequins féminins et distordus, qui attaquent avec une lame tranchante. Leur nom fait référence à un proverbe qualifiant les femmes de « bruyantes ». Ces ennemis ont la fâcheuse tendance à se cacher, mais le bruit mécanique de leurs mouvements, parfaitement reconnaissable, peut les trahir. L’environnement sonore ajoute beaucoup de tension au jeu. On retrouve un ennemi équivalent dans le sanctuaire : Harai Katashiro. On pourrait les confondre et pourtant, le design est assez différent. Ces femmes portent un masque Okame et ont des lames à la place des jambes. Au vu de ces deux premiers ennemis, on sent que Hinako lutte contre sa féminité, ou plutôt contre la société qui la réduit à sa condition de femme. Ces ennemis sont des figures féminines menaçantes et défigurées. Les Kashimashi sont elles-mêmes les victimes de la masculinité. De la même manière que Pyramid Head s’en prenait aux Mannequins, dans Silent Hill 2 ; un monstre les terrasse. Il arrive plusieurs fois de trouver des cadavres de Kashimashi, abandonnés sur le sol. Le responsable, c’est Irohihi. C’est un monstre à la silhouette plus masculine et bestiale, avançant presque à quatre pattes. Sa tête est ornée de tentacules oranges brillantes et son abdomen d’une protubérance qui ressemble à une immense paire de testicules. Son nom fait référence à un singe ou à un vieux pervers. S’il attrape Hinako, il s’empresse d’ailleurs de la lécher et d’essayer de la pénétrer avec sa langue. Silent Hill F n’est certes pas à mettre sous tous les yeux. Son équivalent est sans aucun doute Kamugara. Il a la même silhouette, la même démarche. Ses attaques sont moins perverses, mais plus brutales. Il porte des chaînes et un trou béant à la place du visage. Aveugle, il ne se repère donc qu’aux sons. Ce sont deux ennemis redoutables. Heureusement, Kamugara peut être évité si on le contourne et marche silencieusement. Ils représentent, sans surprise, la peur d’Hinako d’être mariée (et donc touchée) sans un véritable consentement.

En cherchant la clé de l’épicerie, Hinako doit affronter Ara-Abare, une masse géante et charnue, dont le nom évoque la sauvagerie et la rage. Il est lent mais particulièrement brutal. Il ressemble au Monstre du Tambour, dans le Sanctuaire, mais aussi au père d’Hinako, quand il apparaît sous sa forme de boss. Ces géants représentent peut-être le poids du patriarcat, ou la colère toxique des hommes. Ils pourraient aussi symboliser la rage qu’Hinako refoule elle-même. The Corruptor n’est pas un ennemi difficile à affronter, mais il est particulièrement dangereux, s’il est accompagné d’autres monstres. C’est un monticule de têtes, masculines comme féminines. Il vomit et fait pousser des lys, ce qui peut immobiliser ou freiner Hinako. Ce monstre symbolise le regard et le jugement des autres. Hinako n’a après tout pas un entourage très sain. Sans parler de sa famille, ses amies sont jalouses et la critiquent dans son dos ; et l’épisode du collège laisse supposer qu’elle a déjà été victime de harcèlement. On trouve un autre monticule, dans le sanctuaire. C’est un enchevêtrement de poupées traditionnelles japonaises, destinées aux petites filles. Le monstre a une voix fluette et se déplace en semblant jouer à la marelle. Le décalage entre l’enfance et la monstruosité est dérangeant. Cet ennemi est appelé Oi-Omoi, ce qui voudrait dire qu’il est lourd d’émotions. Si chaque poupée a appartenu à une fillette sacrifiée, une fois adulte ; il est un vrai symbole d’innocence perdue.

L’ennemi le plus imposant et le plus marquant visuellement demeure Hatcher. Il s’agit d’une femme allongée, portée sur le dos d’un autre individu. Ce monstre représente peut-être l’accouplement, comme Abstract Daddy, dans Silent Hill 2. Il n’y a toutefois rien d’incestueux, car il s’agit de procréation au sens large du terme. Le corps de Hatcher est recouvert de protubérances, qui ressemble à des seins, des ventres ronds ou même des cols d’utérus. Il hurle, il attaque, mais par-dessus tout, il donne naissance à des poches de poison, voire à d’autres ennemis. C’est littéralement une mère pondeuse. Quand elle rencontre le Hatcher Sombre (celui du Sanctuaire), Hinako écrit dans son journal : « Je préfère mourir que de devenir un monstre comme ça. » C’est dire combien elle rejette sa féminité, parce qu’elle refuse d’être réduite au rang d’épouse ou de mère, reproductrice. Le seul ennemi standard n’ayant pas de double plus sombre est Ayakakashi. Il s’agit des épouvantails, particulièrement stressants dans l’énigme des champs, mais aussi dans le collège. Il s’agit de garçons et de filles, au visage impassible, et portant des uniformes de lycée. Ils ont des positions distordues, semblant parfois même crucifiés. Ils sont effrayants car ils nous donnent l’impression d’être épiés. On ignore quand ils vont apparaître ou se mettre à bouger. A partir de la nouvelle partie plus, on entend même des bruits de pas quand on leur tourne le dos. Certains s’approchent lorsqu’on ne les regarde pas, ce qui est particulièrement glaçant. Ils reflètent les gens qui parlent dans notre dos. Leur nom évoque des esprits vengeurs. Ils font peut-être écho à tous les collégiens ou lycéens qui semblent avoir été harcelés, à Ebisugaoka. Ils représentent aussi la peur d’Hinako, d’être perçue comme un simple objet. Si vous souhaitez en savoir plus sur le bestiaire, je vous renvoie à la page de Silent Hill Memories, (que je remercie d’ailleurs pour les images et les infos).

Il ne reste plus qu’à évoquer les boss qui ne sont, finalement, qu’un autre visage des personnages principaux. Nous avons déjà mentionné Shiromuku, premier boss final et double d’Hinako. Ses amies, Sakuko et Rinko, ont aussi une forme maléfique. Il s’agit de deux boss ayant une apparence très solennelle. La première utilise pour arme une cloche, quand la deuxième endosse une vraie tenue de prêtresse. Il est étonnant que Rinko s’oppose au mariage, car cela libère la voie vers Shu, dont elle est éprise. On peut imaginer qu’elle éprouve une jalousie si maladive pour Hinako, qu’elle refuse de la voir heureuse. Le père d’Hinako devient un géant qui lui crache et lui hurle dessus, mais il est accompagné d’un ennemi plus petit : sa mère. Celle-ci peut lancer des projectiles à distance et essayer de saisir Hinako pour la jeter par terre, et la forcer à demander pardon à son père. Ensemble, les deux boss sont redoutables. Il existe deux autres boss finaux, selon la fin choisie. Il s’agit de Tsukumogami, le double de Shu, le meilleur ami d’Hinako ; et le renard lui-même (appelé Shichibi ou Kyubi). C’est l’entité possédant Kotoyuki.

Le symbolisme et l’utilisation de masques sont importants dans Silent Hill F. Ainsi, Hinako est régulièrement comparée à un moineau, au cours du jeu, mais aussi d’après la liste des trophées. Cet oiseau pourrait représenter la vulnérabilité, mais aussi la résilience ou la recherche d’une liberté intérieure. On peut également se demander quel est l’âge d’Hinako, à cause de la scène post-générique, laissant entendre qu’elle a tué les personnes présentes à son mariage. Hinako est-elle une lycéenne de 16 ans et n’était-ce qu’un aperçu de l’avenir, ou au contraire, est-elle une jeune adulte qui revit un tournant traumatisant de sa vie ? Les autres personnages cachent aussi bien leur jeu. C’est en explorant les dédales du sanctuaire qu’Hinako apprend combien Sakuko et Rinko la critiquent dans son dos, notamment par jalousie. L’héroïne a toujours eu une haute estime de sa sœur, Junko, du moins jusqu’à ce qu’elle se marie. Or, celle-ci apparaît de manière plutôt inquiétante. Certes, elle a toujours le rôle de guide et de sage, comme en témoigne le masque de hibou. (Notons que les deux sœurs sont assimilées à des oiseaux.) Mais sa peau est pâle et recouverte de cicatrices, comme s’il s’agissait d’une morte-vivante. Ses conseils sont d’ailleurs de plus en plus ambigus et macabres, au fur et à mesure qu’on avance dans la partie. Certains supposent d’ailleurs qu’elle porte le masque de Karasu Tengu. De manière générale, les masques de théâtre Nô sont nombreux, qu’il s’agisse de Tête de Renard, ou même de certains ennemis et boss.

En plus de ces faux-semblants, de nombreux questionnements apparaissent en toile de fond, de façon plus ou moins secondaire, mais toujours pour enrichir un tableau typiquement japonais, et implicitement angoissant. Les lys araignées rouges sont des fleurs d’une beauté remarquable, mais qui sont associées aux cimetières ou aux funérailles. Elles pourraient symboliser la société japonaise des années 60 qui, sous ses apparentes bonnes manières, s’avère toxique pour ses citoyens. Les documents glanés ici et là laissent comprendre que les japonais ont une forte pression sociale. Les jeunes filles sont parfois mariées de force, mais les jeunes garçons n’ont pas trop leur mot à dire non plus. Le collège démontre que les adolescents ne sont pas tendres entre eux. Les lieux renferment beaucoup de jugement, de médisance et même de harcèlement. Enfin, le folklore et les traditions pèsent sur Ebisugaoka. Les anciens crurent à des histoires de dragons puis de renards, afin d’expliquer des phénomènes climatiques ou scientifiques. Certains encore refusent de consommer des médicaments, préférant des traitements plus naturels. (Ceci étant dit, Hinako aurait raison de se détourner des gélules). Ce n’est pas étonnant que les traditions, comme les devoirs imposés selon le genre, ou le mariage lui-même, soient si codés. Le sujet est profond et d’utilité publique, d’autant qu’il se passe dans le Japon des années 60. Aussi ne puis-je m’empêcher de m’étonner que certains accusent le jeu d’être féministe et woke, ou que d’autres nient toute dimension politique, pour pouvoir en profiter sans culpabiliser. D’aucuns pensent même qu’Hinako ne devrait pas se plaindre, car le mariage arrangé est courant dans le Japon des années 60, et qu’on lui a trouvé un bon parti… Ceci étant dit, il est vrai que je ne devrais plus m’étonner de rien… « Féministe » et « woke » sont devenus des gros mots qui veulent dire tout et rien à la fois, dépendamment de qui les utilise. Je me contenterai de dire que Silent Hill F dénonce les travers d’une société donnée, en nous mettant à la place d’une jeune fille, qui va être marié de force. C’est une situation qu’on est supposé trouver aberrante, en 2026, d’autant que cela existe encore dans certains pays. Si dénoncer quelque chose d’aussi évidemment condamnable fait de Silent Hill F un jeu féministe ou woke, qu’il en soit ainsi. Il est vrai qu’Hinako est une rebelle et que certains de ses idées ou propos peuvent sembler quelque peu anachroniques, mais comme toute œuvre, Silent Hill F nécessite un peu de suspension d’incrédulité, car si l’héroïne était une fille banale acceptant son sort sans sourciller ; il n’y aurait – plot twist – ni enjeu ni histoire. Le bestiaire laisse supposer que les femmes sont réduites à l’état d’objets et que les hommes sont violents avec elles, certes. Le bestiaire de Silent Hill 2 laissait deviner exactement la même chose, mais je n’ai vu personne accuser James d’être féministe ou woke. Silent Hill F est simplement sorti à une autre époque, et a fait le choix de nous faire incarner une jeune femme qui essaie de reprendre le contrôle de son destin. D’ailleurs, plus on explore le jeu, à travers les nouvelles parties plus et les multiples fins ; plus on se rend compte que l’intrigue est plus psychologique que politique.

Il y a un dernier secret qui m’a longtemps interpellé et fait froid dans le dos. A la fin du jeu, Hinako est amenée à explorer sa propre maison, en trois versions plus ou moins altérées. Dans la dernière se trouve, dans une pièce au fond d’un couloir, une espèce de statue géante, ne possédant qu’un seul œil, qui suit Hinako. En cliquant sur l’objet, Hinako pense : « Il faut absolument que je parte d’ici. » Sur sa vidéo youtube, Padawamhd a élucidé ce mystère. Il s’agit d’un Daruma géant, autrement dit une figurine de papier mâché japonaise, pouvant apporter vœux, chance ou prospérité. Les yeux du Daruma sont initialement blancs. La tradition exige de peindre un de ses yeux et d’attendre que le vœu se réalise, avant de colorer l’autre. Comme le Daruma d’Hinako est borgne, on peut supposer que son vœu n’a pas été exaucé, et qu’elle craint que ça n’arrivera jamais.

Comme dit plus tôt, les deux nouvelles parties plus et les différentes fins donnent un éclairage nouveau sur le jeu. Certains se sont plaint qu’il fallait faire le jeu au moins trois fois pour avoir accès à la vraie fin. Je comprends leur frustration, mais Silent Hill F est une véritable plongée dans les tréfonds de l’esprit d’Hinako. Sur le plan psychologique, il est peut-être même meilleur que Silent Hill 2 Remake. Je ne me rappelle pas avoir fait d’autres jeux qui nécessitaient un cheminement et un investissement si personnels afin de démêler toutes les facettes du problème, comme ce serait le cas dans une thérapie. Le premier run n’aborde en effet que des problèmes superficiels. Hinako déteste ses parents (comme tout adolescent digne de ce nom) et a tout de même un groupe d’amis. Dans la première fin, elle s’efface au profit de Shiromuku. Elle accepte donc de s’oublier elle-même, pour se marier. Or, cette souffrance intériorisée, sans oublier l’overdose de pilules, lui font perdre la raison ; si bien qu’elle devient une meurtrière le jour de son mariage. Chercher à affronter des problèmes, quand on n’en connaît pas la source profonde, est vain. Cela peut parfois même empirer les choses, d’où le nom de la première fin : Retour de bâton.

Le début de la nouvelle partie plus dit, de manière explicite, que le père d’Hinako veut la contraindre à se marier, afin d’éponger des dettes. Le jeu est identique et différent à la fois. Des documents apparaissent, des ennemis changent de place, des énigmes ont une solution différente et enfin, des cinématiques sont légèrement modifiées. C’est grâce à d’infimes détails qu’on en apprend plus sur les personnages, leurs intentions, et le vrai cœur du problème. En nouvelle partie plus, la fin 2 exige de ne consommer aucune gélule, mais aussi de trouver l’épée sacrée et de la purifier. Par ce geste, Hinako renonce à la colère enfouie en elle. Quant aux gélules, elles lui ont été données par Shu, son meilleur ami, pour l’apaiser. Or, on finit par apprendre que Shu n’agissait pas par bienveillance. Il confesse que les pilules servent à dévoiler le « moi intérieur », ce qui pourrait être la cause des visions de l’adolescente. Il souhaitait qu’Hinako soit assez perturbée par ces pilules, pour que son mariage ne se fasse jamais. Il a donc manipulé son amie, par élan de possessivité. Rinko et Sakuko ont toujours eu l’air de faux amies. Shu semblait plus irréprochable. Aussi, je ne comprenais pas pourquoi Hinako le laissait mourir, lui aussi. Je trouvais son sort injuste. Ce deuxième run confirme qu’il ne faut pas se fier aux apparences et attendre d’avoir toutes les pièces du puzzle avant de juger les agissements d’une personne. Il est difficile de savoir si Shu est amoureux d’Hinako, sans se l’avouer, ou s’il refuse simplement de la voir grandir. Dans les deux cas, la relation s’avère opprimante. C’est ainsi que Shu devient le deuxième boss final : Tsukumogami, un guerrier aux multiples masques. Après l’affrontement, Hinako épouse Tête de Renard. On pourrait croire qu’il s’agit d’une bonne fin. A tort. Shu se réconcilie avec Kotoyuki, en lui disant qu’il lui confie Hinako. Celle-ci essaie de faire comprendre aux deux hommes qu’elle n’est pas un objet, mais ils ne semblent pas l’écouter. Tête de Renard retire enfin son masque, car il s’épanouit, grâce à ce triomphe. Au détriment d’Hinako. La scène post-générique présente le visage de la jeune fille, écrasé sur le sol et s’époumonant pour rien. Il est possible que ce soit une référence à The Substance, le film d’horreur de Coralie Fargeat, sorti en 2024 , dénonçant également le patriarcat. Cette fin s’intitule Le mariage de Renard.

La fin 3, Le Renard se mouille la queue, nécessite les mêmes actions pour être débloquée, mais l’épée sacrée ne doit pas être purifiée. Ainsi, Hinako conserve sa rage et sa part de noirceur. Le boss final n’est plus Shu, mais Tête de Renard. Il prend la forme d’un gigantesque renard, capable d’invoquer des ennemis pour l’aider. Après l’avoir vaincu, Hinako s’échappe de la ville avec Shu, fuyant ainsi toute responsabilité. On pourrait croire qu’on arrive enfin à la bonne fin, mais toujours pas. D’une part, Hinako reste sous l’influence d’un homme ; de l’autre, après leur départ, la ville est évacuée à cause de l’éruption de plusieurs geysers. L’irrespect des traditions aurait pu détruire les protections d’Ebisugaoka. On peut imaginer que le Renard possédant Kotoyuki a décidé de se venger sur la ville entière. Quoiqu’il en soit, ces deux dernières fins nous enseignent qu’il faut envisager voire expérimenter plusieurs solutions, avant de savoir quoi faire. Se résigner et accepter son sort, comme dans Le Mariage de Renard, entraîne la destruction de l’individu et une tristesse inouïe. Mais vouloir obtenir sa liberté, au point de ne rien respecter et de tout sacrifier, sans compter que cela s’accompagne du refus de grandir ; peut s’avérer tout aussi destructeur. Alors, que faire ?

Une thérapie n’est jamais un long fleuve tranquille. Et c’est là qu’arrive la nouvelle partie plus 2, où l’on peut débloquer la fin 4. Afin d’obtenir cette fin, il ne faut avaler aucune gélule, purifier l’épée sacrée mais aussi se débarrasser de la broche offerte par Tête de Renard. Si elle veut devenir une femme indépendante, Hinako doit s’affranchir de l’autorité de son père, mais aussi de l’influence de Shu ou de Tête de Renard. On doit donc affronter non pas un, mais deux boss, de façon alternée : Tsukumogami et le Renard. C’est ainsi qu’on obtient la vraie fin de Silent Hill F. Hinako ne lutte plus contre elle-même. Les deux versions de la jeune fille cohabitent et discutent de façon sereine. Les parents d’Hinako lui laissent plus de choix, car elle a enfin pu parler avec eux à cœur ouvert. Kotoyuki envoie une lettre où il admet lui-même avoir besoin de temps avant de s’engager. Hinako n’est ni dans la fuite ni dans la lutte. Elle a enfin le loisir et le temps de réfléchir, de discuter uniquement avec elle-même, afin de savoir de quoi elle a vraiment envie. La vraie fin de Silent Hill F est douce-amère. Elle n’a rien d’une solution miracle. Mais il en va de même dans la vie.

L’histoire de Silent Hill F est encore plus profonde qu’elle en a l’air, de prime abord. Beaucoup de gamers se seront limités à la première fin. C’est compréhensible, mais bien dommage. D’un autre côté, il est naturel que seules les personnes les plus persévérantes (ou masochistes) aient le fin mot de l’histoire. On a reproché à ce titre de ne pas être un vrai Silent Hill, ou d’être trop woke et féministe. Je préfère temporiser ces propos, sans les réfuter, car il ne s’agit pas forcément de défauts. Silent Hill F est après tout considéré comme un spin-off, et c’est heureux qu’il se démarque. Ça ne l’empêche pas de partager beaucoup de son ADN avec Silent Hill 2 Remake, pour ne citer que celui-ci. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’a pas un numéro mais une lettre : f. Est-ce l’initiale de flower, de fog, de feminine ou de folklore ? Il n’y a que des théories sur le sujet. Quoiqu’il en soit, le jeu explore énormément la dualité de son héroïne ainsi que de son entourage. Cela influence grandement la variété du bestiaire ou l’identité des boss. Cette analyse avait pour but de résoudre certains mystères mais aussi de donner une piste de lecture pour aborder l’œuvre, dont la démarche psychologique est assez innovante. Notons que je n’ai pas abordé toutes les fins car il en existe une parodique. En nouvelle partie plus, Hinako doit écouter une émission de radio puis observer des affiches faisant référence aux OVNI. C’est ainsi que se débloque La grande invasion spatiale. La cinématique fait défiler des pages de manga où Sakuko explique que Shiromuku n’est qu’un robot traquant les aliens déguisés en humains. Cette fin renvoie à l’enfance d’Hinako, qui adorait jouer aux envahisseurs avec son part’naire, Shu. Elle s’inscrit aussi dans la tradition des fins what the fuck des jeux Silent Hill, d’autant plus qu’elle se clôture par le vol d’une soucoupe volante, conduite par un shiba inu familier.

Death Stranding 2 : On the Beach | Faut-il se reconnecter, à tout prix ?

Death Stranding, premier du nom, fait partie de ces œuvres vidéoludiques ayant changé ma vie de gameuse, et même au-delà. Je vous en avais d’ailleurs proposé mon analyse en septembre 2022. Il y a plus de trois ans déjà. Peut-être est-ce un signe du destin, mais sa suite, toujours développée par Kojima Productions, est sortie – à un jour près – pour mon dernier anniversaire, le 26 juin 2025. D’une part, j’attendais beaucoup ce titre, de l’autre, la conclusion du premier opus était si aboutie, à mes yeux, que je ne voyais pas l’intérêt d’une suite. J’ai donc pris tout mon temps pour le découvrir, et ne l’ai d’ailleurs terminé que très récemment. Death Stranding 2 est un jeu très clivant, même pour moi. J’ai rejeté plusieurs de ses idées en bloc, sans prendre la peine de me demander pourquoi je réagissais ainsi. Et puis du temps a passé, je me suis documentée sur le jeu, et il s’avère que Kojima voulait de toute façon diviser sa fanbase. On va mentionner, sans langue de bois, les nouveautés et surtout les redondances m’ayant particulièrement dérangée. Mais il serait faux de croire que Kojima ait fait preuve de paresse scénaristique. Ainsi, l’on se concentrera sur quelques secrets du jeu et une clé de lecture possible. Il est évident que cette analyse comporte des spoilers. Pourtant, j’ai envie de vous inciter à continuer à lire. Death Stranding 2 étant assez cryptique, moins vous lancer dans l’inconnu pourrait vous être salutaire.

Faisons un bref récap de l’histoire. Après avoir relié les nord-américains et accessoirement avoir volé un BB, Sam (Norman Reedus) vit reclus, au Mexique. Il voit grandir Lou, désormais âgée de deux ans. Un jour, Fragile (Léa Seydoux) retrouve Sam pour le sortir de sa retraite, mais aussi lui garantir la future sécurité de Lou. Le protagoniste retrouve sa combinaison et son sac de porteur, afin de connecter les villes et abris du Mexique. Sam se demande si cela ne reviendrait pas à tenter de conquérir un pays, cependant Fragile assure qu’il ne travaillera pas pour l’UCA, mais une entreprise privée : Drawbridge, dont le directeur est anonyme. Sam confie Lou à Fragile pour partir en mission. Mais, à son retour, on se rend compte que Fragile est la pire baby-sitter du monde… Suite à un événement tragique, Sam accepte de reprendre pleinement du service. Un portail interplaque mystérieux permet de se téléporter vers un autre continent : l’Océanie. La mission est de reconnecter les survivants de l’Australie. Sam n’est plus aussi seul, au cours de son périple. En effet, il rejoint l’équipage qui voyage au sein du Magellan. Outre Fragile, et d’autres vieilles connaissances, on peut mentionner le capitaine du vaisseau : Tarman (George Miller, le réalisateur de Mad Max), ou encore deux jeunes femmes dotées de capacités hors du commun : Rainy (Shioli Kutsuna) et Tomorrow (Elle Fanning). Mais Sam a aussi des ennemis, à commencer par l’homme masqué écarlate, se révélant être Higgs (Troy Baker), ou encore Neil Vana (Luca Marinelli), qui intervient de la même manière que Cliff Unger (Mads Mikkelsen), dans le précédent volet. Le pays propose de nouveaux dangers, à travers des terres arides et un mont enneigé. Pourtant, Sam fera tout pour sauver le Fort-Relais Terminal et reconnecter l’Australie.

On peut d’abord s’interroger sur le titre de Death Stranding 2, assez paradoxal. « On the beach » est une expression utilisée par la Royal Navy signifiant que le marin est hors service voire mis à l’écart. Or, si c’est le cas au début de l’aventure, Sam reprendra assez vite du service. D’un autre côté, on peut considérer qu’il connaît une autre forme de disgrâce. « On the beach » rend avant tout hommage au roman éponyme de Nevil Shute, publié en 1957. L’intrigue se déroule justement en Australie. Après une guerre nucléaire, les habitants du pays attendent, inéluctablement, des retombées radioactives. L’attente de la mort, ou la réaction face à elle, sont des thématiques centrales, dans les deux œuvres. Le roman s’inspire lui-même d’un poème de T.S. Eliot, les « Hommes creux », dont on retient ces vers : « En ce dernier lieu de rencontre, / nous tâtonnons ensemble / et évitons de parler, / rassemblés sur cette plage du fleuve tumultueux. »Death Stranding 2 est une œuvre elle-même poétique, mais qui aurait pu en douter ?

La poésie se dégage de l’écriture de Death Stranding 2, mais aussi dans son aspect contemplatif. Il s’agit, sans exagérer, de l’un des plus beaux titres auxquels j’ai joués sur PlayStation 5. Les paysages sont à couper le souffle et les personnages ressemblent plus que jamais aux acteurs et actrices leur ayant prêté leurs traits. Pour autant, ne vous attendez pas à beaucoup de nouveautés. Non seulement la structure narrative est identique, mais les mécaniques de gameplay ne révolutionnent rien. Il existe quelques outils en plus pour mener à bien les livraisons, mais rien de bien mémorable, dans l’ensemble. Le jeu peut paraître plus simple de prime abord. Sam a assez vite accès aux véhicules et aux armes. On se sent moins démunis, dans ce jeu plus axé sur l’action. Cela ne m’a pas empêchée de trouver certaines commandes plus fastidieuses, mais après 110h de jeu pour débloquer le trophée Platine, ma patience était sans doute étiolée. Il existe aussi plus de moyens de téléportation qu’avant. J’ai déjà mentionné le portail interplaque permettant d’aller du Mexique à l’Australie et inversement. Outre cela, le Magellan nous transporte d’un point à un autre de la carte. Sam peut construire des transpondeurs ou encore forger des sources chaudes, qui débloquent des voyages rapides. Pour autant, ces moyens de téléportation présentent tous des contraintes : certains nous séparent de la marchandise portée, quand d’autres empêchent Sam d’obtenir des points d’expérience. Somme toute, il sera toujours utile de bâtir les routes connectant le pays, et même les lignes de monorail, jusqu’alors inédites. Celles-ci permettent de relier des mines aux différents abris, afin d’y expédier de gros stocks de matériaux, ou Sam lui-même. La météo est, quant à elle, bien plus dynamique et périlleuse dans ce volet. Les rivières peuvent entrer en crue, les tempêtes de sable sont légion et il m’est arrivé d’être emportée par un éboulement ou une avalanche, pour ne citer que cela. Comme si ces dangers ne suffisaient pas, il faut toujours prendre garde aux camps de mules et aux échoués. A cela s’ajoute une menace inédite : les Méchas Fantômes. Il s’agit de robots hostiles auxquels Higgs n’est pas étranger. Enfin, j’ai été séduite par l’introduction d’animaux sauvages. Il existe même un refuge animalier, à qui les confier. La première livraison pour cet abri consiste à sauver un kangourou d’un incendie. Il existe d’autres espèces à livrer, et même des animaux albinos. Cet aspect pokémon-like n’était pas pour me déplaire. D’ailleurs, des grenades de capture permettent d’emprisonner des échoués pour les faire combattre. Mais toutes ces nouvelles mécaniques sont, au final, très peu exploitées. Or, ce n’est pas la seule chose qui donne à Death Stranding 2 un parfum d’inachèvement.

Beaucoup d’aspects de l’histoire m’ont initialement dérangée. Je ne comprenais pas pourquoi l’intrigue et même les personnages étaient à ce point identiques au premier volet. Je n’ai jamais apprécié l’expression 1.5, pour parler d’une suite, d’autant plus quand elle sort à peine quelques années après le jeu original ; mais je l’ai utilisée pour qualifier Death Stranding 2. Non seulement la structure narrative est la même, mais certaines informations ont remis en cause des faits ou des ressentis installés dans le premier opus. Je me suis sentie tantôt déçue, tantôt trahie. Il est temps de mentionner explicitement la mort de Lou, dès le début du jeu. Outre le fait qu’il s’agisse d’un bébé de deux ans, j’ai réalisé que j’ai passé mon temps à la protéger, dans le premier volet, pour rien… Pire encore, Lou revient sous forme de BB, dans sa capsule accrochée à la combinaison de Sam. On apprend très vite que Sam est dans le déni de la mort de sa fille, et que la capsule en question est vide. Sam n’a pourtant aucune difficulté à voir les échoués. Dans ce cas, quelle est l’utilité d’un brise-brouillard ? Et surtout, pourquoi m’imposer le même voyage que dans le premier opus ? Je voulais voir grandir Lou, pas revenir à la case départ. Malgré cette frustration, je me suis quand même dit que j’avais affaire à Kojima, et que Lou n’était probablement pas morte ; ou du moins qu’elle reviendrait sous une autre forme. Un autre regret, très subjectif, est l’absence de toute référence à Cliff Unger, qui était de loin mon personnage préféré. Kojima a expliqué que son arc narratif était terminé et qu’il ne le ferait pas revenir, par respect. Je comprends et je valide ce choix. J’apprécie aussi le fait que Neil Vana ait la même fonction que Cliff, mais était-il obligatoire de le rendre à ce point identique ? Comme Cliff en son temps, Neil est un esprit torturé du passé, dont Sam perçoit les souvenirs, lorsqu’il se connecte à son BB. Neil intervient par trois fois, au cours d’affrontements militaires. Beaucoup comparent Neil Vana à Solid Snake (Metal Gear), et à juste titre. Neil a quasiment la même tenue, à commencer par le bandeau mis avant chaque combat. Mais c’est avant tout et surtout un sosie de Cliff. On le voit fumer à plusieurs reprises, il est entouré par les mêmes soldats infernaux et il nourrit aussi – a priori – une obsession pour Lou. L’histoire de Neil est aussi intéressante que frustrante. On apprend qu’il suivait une thérapie auprès de Lucy, la compagne de Sam. Or, Lucy était la mère biologique de Lou. Ce qui fait de Neil le père. On se demande si un lien aussi étroit entre Lou et Sam était utile, sans compter que, pour toute réaction, Sam prétend qu’il n’a en réalité jamais eu de relation avec Lucy et qu’il n’était que son patient. Je me suis sentie, une fois encore, trahie. Le fait que Sam ait perdu une femme et un enfant, autrefois, était très important dans son background et dans la psychologie du personnage. On finit bientôt par comprendre que Sam a menti pour ne pas admettre qu’il a été trompé par Lucy. On apprend même, par-dessus le marché, que le père biologique de Lou n’était pas Neil, mais bien Sam. Lucy avait menti pour protéger son bébé à naître du BB Program. Mais il en ressort une autre problématique. Sam avait-il besoin d’être le père biologique de Lou ? Je trouvais le lien entre le porteur et son BB d’autant plus beau, qu’il était adoptif et spirituel. Pour en finir avec ces trahisons et redondances, il est impossible de ne pas mentionner le retour de Higgs d’entre les morts. Toujours plus excentrique, celui-ci a le projet de détruire l’humanité, et il est encore plus exaspérant que dans le premier opus. Le duel contre lui se termine d’ailleurs de la même manière, en utilisant une mise en scène de jeu de combat. Vous l’aurez compris, la narration de Death Stranding 2 est – de prime abord – répétitive, traîtresse mais aussi inutilement compliquée par des plot-twists qui n’en sont pas vraiment.

A chaque fois que l’on croit avancer, Death Stranding 2 nous fait reculer. Dans les premières images promotionnelles du jeu, Sam apparaissait avec des cheveux blancs. Cela laissait supposer qu’il avait vieilli, et que Lou avait grandi. Or, les cheveux de Sam blanchissent suite au traumatisme provoqué par la mort de Lou. Il s’empresse d’ailleurs de les teindre, afin de maintenir le statu quo. Du fait de ces premières images, je m’étais déjà demandé si Elle Fanning n’incarnait pas Lou, devenue adulte. Souvenez-vous, j’ai aussi supposé que Kojima n’avait pas vraiment tué la fille de Sam. Sans surprise, j’avais raison, ce qui n’empêche pas le jeu de présenter Tomorrow comme un personnage inédit, ou de garder le suspense sur son lien avec Sam, jusqu’à la fin. Et ce n’est même pas bien fait. On sait que Lou a un grain de beauté en forme de cœur sur le bras. Et justement, on ne voit jamais le bras en question, de Tomorrow. Même quand Higgs révèle à Sam que Tomorrow est sa fille, l’équipage du Magellan s’empresse de supposer qu’elle est sans doute née grâce à de l’ADN prélevé à Sam. On souffle très fort. Le jeu finit enfin par admettre que Tomorrow est Louise, la fille de Sam. Or, Norman Reedus, encore plus monolithique que dans le premier opus, n’a pas beaucoup de réaction. D’un certain côté, il n’a aucun lien avec cette Lou adulte, à laquelle il n’a quasiment pas parlé, pendant tout le voyage. Quand Death Stranding était parvenu à me faire m’attacher à une fille adoptive, enfermée dans une capsule ; le deuxième opus ne m’a rien fait ressentir, alors que Lou sait parler et que Sam et elle sont liés par le sang ! C’est un comble. Les seuls éléments de surprise, plutôt efficaces, résident dans la raison pour laquelle Lou grandit si vite. Fragile, afin de la sauver de la menace de Higgs, a décidé de se téléporter sur la Grève, même si ce don était devenu trop dangereux pour elle. Or, le temps ne s’écoule pas de la même manière, là-bas, et dans le monde des vivants. On apprend par ailleurs que Fragile est morte à la place de Lou, et n’avait que du sursis, auprès de Sam. (Mais tant mieux, je n’aime pas Léa Seydoux). Il y a beaucoup d’autres plot-twists ratés ou dérangeants, mais l’identité du leader secret de Drawbridge se place assez haut, dans ma liste. Ce personnage apparaît sous la forme d’un mannequin appelé Charlie. Lors de leur première rencontre, il demande à Sam quelle voix il devra utiliser. Je pensais être confrontée à un vrai choix, mais non, puisque l’on est contraint d’opter pour la voix de Die-Hard, l’ancien président de l’UCA (Tommie Earl Jenkins). Je vous le donne en mille, la vraie identité de Charlie est Die-Hard. Une fois encore, la narration cherche à faire passer cela pour un plot-twist. C’est inutile et d’autant plus grotesque que le look et la personnalité de Die-Hard ont complètement changé. Je pense qu’une certaine scène de danse aura traumatisé plus d’un joueur. Personnellement, je n’ai pas beaucoup aimé que la berceuse de Cliff, pour Sam, puis pour Lou, soit à ce point détournée par Die-Hard, mais aussi Higgs. Mais si tout cela était finalement volontaire et avait du sens ?

Je pourrais parler de tellement d’autres éléments incohérents ou sous-exploités, et ce, de manière non exhaustive. Concrètement, à quoi sert Dollman ? Le pantin accroché à la ceinture de Sam me semblait une idée plaisante, en référence à la tête de Mimir, dans God of War ; mais c’était jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche. Dollman passe son temps à décrire ce qu’il se passe ou à nous dire quoi faire, même quand c’est complètement obvious. Kojima est complètement en roue libre, dans Death Stranding 2. On ne va pas se mentir, c’est parfois jouissif, mais cela amène aussi des scènes gênantes. Je peux encore mentionner la danse de Charlie. L’échoué Kaiju avec le Magellan à la place de la tête passe encore, mais alors, le bébé Lou de la taille de Godzilla avec des petites ailes d’ange… ? Tant que j’y suis, pourquoi on n’en apprend pas davantage sur le fait que les femmes enceintes restent bloquées à sept mois de grossesse ? Rainy ne va donc jamais accoucher ? L’histoire personnelle de Tarman, le capitaine du Magellan, est très cool, d’autant qu’elle est inspirée de Moby Dick ; mais elle ne connaîtra elle non plus aucun dénouement. Et que dire de l’Aventurier qui est un incapable fini, et qu’on passe notre temps à aller sauver ? Les personnages secondaires sont tout de même laissés de côté, quand ils ne nous trollent carrément pas. Mais une fois encore, admettons que tout cela ait du sens…

Plusieurs informations relatives à la production de Death Stranding 2 ont leur importance. Le premier opus sort en 2019. L’existence d’une humanité isolée et confinée trouvera bientôt un reflet dans la réalité. Le Covid-19 bouleverse le monde, dès le mois de mars 2020. A partir de là, Kojima remanie l’écriture de Death Stranding 2, qui ne doit pas être aussi proche de la réalité. Concernant le gameplay, Kojima n’utilise pas les phases de test pour s’assurer que le jeu soit plaisant. Au contraire, les premiers retours étant trop positifs, le créateur décide de compliquer le cheminement vers les livraisons du jeu. Kojima veut diviser volontairement, ce qui pourrait expliquer tous nos désagréments. Mais s’il veut tant surprendre, pourquoi sortir une suite aussi répétitive ? La clé de lecture est inattendue. Le premier jeu faisait l’apologie de la reconnexion humaine, et du besoin de s’entraider. Mais cette reconnexion et je dirais même, cette ère de sur-connexion, incarnent-elles vraiment un idéal à atteindre ? Kojima semble avoir beaucoup remis son propre message en question, à une époque où le deepfake et les photos (ou vidéos) générées par IA, deviennent de plus en plus nombreux et réalistes. L’humanité n’utilise pas internet que pour s’entraider, mais aussi et surtout pour répandre de fausses informations, de la peur et de la haine. Death Stranding 2 est à la fois une réponse et une critique à cette nouvelle ère. Entendons-nous bien. Je suis très loin d’avoir compris cela seule. Cet article n’aurait jamais été aussi abouti sans ma lecture de l’analyse « Homines liberantes sumus », rédigée par Light01C, ou la vidéo « Le message caché de Death Stranding 2 », produite par The name’s Lamine, (qui m’a elle-même permis de découvrir le premier article). Comme je le disais, Death Stranding 2 se veut le dénonciateur de plusieurs travers de la société, comme l’escalade à la course à l’armement. Par-dessus tout, il nous met en garde contre l’intelligence artificielle, incapable de réelle créativité. Au début du jeu, on est plutôt satisfaits d’avoir accès à l’APAS, un logiciel jouant le rôle d’arbre de compétences pour Sam. Cela nous facilite la tâche. Le créateur de cette technologie, et nouveau président de l’UCA (Alastair Duncan) n’apparaît d’abord pas comme une menace. Il finit toutefois par révéler son vrai visage et ses véritables intentions. Il souhaite causer la fin de l’humanité, en sauvegardant uniquement ses mémoires, afin de mettre fin au mouvement et à la mort elle-même. (Je ne fournirai hélas pas un meilleur résumé car le monologue d’explication était long et cliché, et il se pourrait que j’ai un peu décroché). Ce que l’on retient, c’est qu’il se déroule dans une vallée de pierres tombales, qui n’augure effectivement rien de bon pour les humains. Le Président et son objectif incarnent une allégorie de l’IA, qui prétend inventer de nouvelles choses, alors qu’elle ne fait que recycler des idées, en puisant dans un circuit aussi fermé que l’Ouroboros. L’IA est un serpent qui se mord la queue. Bien sûr, une dénonciation aussi simple et anecdotique ne serait pas à la hauteur de l’audace de Kojima, qui va carrément écrire son jeu entier comme s’il avait été pensé par une IA.

L’IA ne peut être ni pertinente, ni innovante et encore moins émouvante. C’est pour cela que les personnages et les idées du premier Death Stranding mais aussi de l’œuvre de Kojima (à commencer par les Metal Gear) sont aussi recyclés, et ce de façon parfois maladroite, inappropriée ou même froide. Je suis malheureusement étrangère à la saga Metal Gear, mais Death Stranding 2 lui emprunte énormément. Neil ressemble beaucoup à Snake, certes, mais d’aucuns ont trouvé le Magellan familier. Le cyborg ninja, ne révélant son identité qu’à la fin, serait aussi issu de Metal Gear. Neil est identique à Cliff Unger, au point que leur mort soit quasiment la même. On nous refait même le coup du jeu de mot révélant la fonction du personnage (le nom de Cliff donnait cliffhanger et celui de Neil nirvana). A défaut de créer un nouvel antagoniste, l’histoire fait revenir Higgs, qui montre combien il est devenu cool de chercher à nuire et à détruire. Le jeu refuse de voir Sam changer, tout en nous privant de voir Lou grandir. Le père est encore plus impassible que dans le premier opus, et la fille revient sous un autre aspect. A vrai dire, Lou est loin d’être le seul personnage masqué, témoignant qu’on ne peut plus se fier à ce que l’on voit. On peut penser au Président, à Deadman (Guillermo Del Toro) ou encore à Charlie, dont la danse imprévisible a peut-être elle aussi une explication. Elle interrompt le discours fastidieux du Président, de façon si impromptue et what the fuck qu’elle n’aurait pas pu sortir des données stockées par une IA. L’IA ne crée rien. En y réfléchissant, la carte de l’Australie est simplement le reflet inversé de celle de l’Amérique du Nord. Sam ne va plus vers l’ouest, mais vers l’est. L’indice le plus révélateur est le dédoublement de l’image de Sam, à chaque fois que celui-ci franchit le portail interplaque, permettant de se téléporter vers un autre continent. Enfin, les références à Moby Dick ne sont pas innocentes, qu’il s’agisse de l’histoire de Tarman, du livre déposé dans la chambre de Sam, ou du pécheur traquant la Reine du lac de poix… Le studio Moby Dick est un faux développeur de jeu vidéo, qui prétendait travailler sur un jeu intitulé Phantom Pain, en 2012. Naturellement, ce studio a été imaginé par Kojima. Pendant un an, Kojima s’est donc amusé à troller le public et la presse, avant de révéler que Moby Dick n’existait pas et que Phantom Pain, alias Metal Gear Solid V, serait développé par ses soins. C’était bien sûr dans le but de promouvoir son nouveau jeu. Mais c’est aussi un indice que tout n’est que faux semblants dans Death Stranding 2. Kojima est revenu sur son message de Death Stranding. Il n’est pas bon de vouloir tout reconnecter, à tout prix. Ou alors, la reconnexion induit un éternel recommencement. Quand on se rend compte que la chasseur de fantômes est mort, Dollman nous suggère même de nous déconnecter du réseau Chiral, pour pouvoir lui parler. Death Stranding 2 offre la possibilité de se balader sur la carte, sans réseau et sans les nombreuses contributions des autres joueurs. La dénonciation de Death Stranding 2 est, en y repensant, un coup de maître en terme de manipulation des joueurs et de dénonciation de la société. Malheureusement, et même si je n’aurais pas voulu que le jeu soit trop explicatif, ce message est difficile d’accès. Je doute que les joueurs et joueuses plus occasionnels consacrent autant de temps à la compréhension de l’histoire de Death Stranding 2, au point de se documenter sur le jeu, et à pardonner toutes les frustrations provoquées par ce dernier. Kojima a beau s’excuser par l’intermédiaire de Fragile, à la fin, pour nous avoir fait perdre du temps (auprès de Lou, mais pas que) ; je doute que ça soit suffisant. Certes, Death Stranding 2 est un jeu d’auteur, expérimental, mais il faut plus de cent heures si on veut complètement en venir à bout. On a beau saluer l’idée et le message, et même pardonner plusieurs trahisons ; on peut tout de même se sentir légitimement floués.

Une fois n’est pas coutume, Kojima se prend pour un génie ou un dieu. Avec Death Stranding 2, il frappe fort, mais ce n’est pas aussi bien orchestré qu’il le pense. La clé de lecture de l’œuvre me pousse au respect, sans pour autant réhabiliter le jeu à mes yeux. Cette suite est et restera largement inférieure au jeu original. Mais j’imagine que Kojima est fier de lui, si l’on se fie aux easter eggs à sa propre effigie. En vous baignant dans une source chaude, vous pouvez contempler les constellations, et voir le portrait de Kojima se dessiner. Ah, on ne se refait pas. Ce n’est évidemment pas la seule référence du jeu. Même si Rainy est, comme d’autres personnages secondaires, sous-exploitée, j’aime ce qu’elle représente. Dans l’univers de Death Stranding, la pluie est dangereuse. Or, quand elle sort, Rainy fait tomber la pluie. Si cette capacité la rend mal-aimée (au moins autant que le loup d’Intermarché), force est de constater qu’elle a son utilité et sa beauté.Je pense encore à la manière dont Rainy danse sous la pluie, à la manière de Gene Kelly. C’est la pluie qui permet d’éteindre les incendies et de raviver la nature. Enfin, Rainy, dont la couleur symbolique est le jaune, agit de manière solaire dans le Magellan. Une fois n’est pas coutume, les éléments du premier opus sont utilisés à contre-emploi. On peut mentionner d’autres références, comme l’apparence de Higgs, inspirée du film The Crow. Celui-ci utilise d’ailleurs une guitare comme arme, ce qui m’a rappelé Demyx, dans Kingdom Hearts 2. Parmi d’autres objets déblocables, on remarque le masque de Ghost of Yotei ou une combinaison reprenant l’art de Junji Ito, mangaka et maître de l’horreur. Le prologue du jeu m’a beaucoup fait penser au film Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993). Quand Fragile nous demande d’accepter la mission, j’ai dit « non » comme beaucoup d’autres joueurs, je présume. Le jeu nous amène alors à recommencer la cinématique, qui démarre elle-même par une chanson du même style que « I got you babe », (celle du réveil de Bill Murray). Il s’agit de « Raindrops Keep Falling on my Head », chantée par BJ Thomas, pour être exact. (Une chanson certes plus appropriée pour le jeu, ou pour Rainy). Concernant la vraie bande originale, elle est en partie composée par Woodkid. Le chanteur incarne d’ailleurs le Mécanicien, vivant au nord-est de l’Australie. On peut dire que les caméos sont nombreux. De manière non exhaustive, on compte la présence de Mike Flanagan, créateur de The Haunting of Hill House, et plus récemment The Life of Chuck, dans l’Observatoire environnemental du nord. Kate Siegel, son épouse mais aussi et surtout une de ses actrices récurrentes, se trouve dans le Fort-Relais 1. J’aime bien le personnage du Pizzaiolo, car il nous rappelle qu’on prend du plaisir à remplir des quêtes fedex, et parce qu’il offre une cinématique mémorable. C’est Mamoru Oshii (Ghost in the Shell) qui lui prête ses traits. Nicolas Winding Refn (Heartman) et Guillermo Del Toro (Deadman) sont de retour, mais d’autres copains réalisateurs font leur apparition, comme George Miller, cité plus tôt. L’aventurier dont je me suis plaint est interprété par S.S Rajamouli (RRR). Les frères Philippou, à qui on doit le film d’horreur australien La main se trouvent dans l’abri de M. Impossible… Je pense que tout ceci est anecdotique tout en étant révélateur de la volonté de proposer une ode à l’art le plus cosmopolite. Pour finir, au vu des thématiques explorées par le jeu, il était pertinent de faire intervenir la youtubeuse virtuelle Usada Pekora, en tant qu’analyste de données.

Comment conclure un article tel que celui-ci ? Peut-être en mentionnant l’épilogue du jeu lui-même. Lou se retrouve seule, face à ce qui ressemble à un portail interplaque, en forme de mains gigantesques. On suppose qu’elle s’apprête à voyager, vers encore un autre continent, où elle fera des livraisons comme son père, dont elle porte une tenue similaire. Elle possède aussi l’écharpe en forme de gants animés, de Fragile, devenue sa mère de substitution. Du moins, elle lui doit la vie. Oh, et elle fume, comme l’auraient fait Neil, son protecteur, ou Cliff, son grand-père. Lou est l’héritage de tous ces personnages, qui continuent à vivre à travers elle. Cette fin est clichée, mais satisfaisante. Elle ouvre une porte vers un troisième jeu, dont Lou pourrait être l’héroïne. Le gameplay s’en verrait nettement changé, car la jeune fille possède des talents liés à la poix, incomparables. Mais Death Stranding 2 a-t-il vraiment besoin d’une suite ? Et puis, même si cela devait arriver, on devine que Kojima ne nous donnera pas ce que nous attendons, ni même ce que nous souhaitons. Terminons, pour de bon, ces bonnes paroles, avec une citation tirée de l’article de Light01C, qui résume bien la démarche du jeu, influencée par le bouddhisme : « Dans le bouddhisme, la souffrance naît de l’illusion d’exister : puisque tout est interconnecté, le futur n’est que la conséquence du passé. Ainsi, rien n’existe en soi, car tout est le résultat de causes multiples, interconnectées et réciproques. La souffrance naît donc de l’illusion de vivre, de l’attachement et de la peur du changement. Ainsi, le nirvana est la libération de l’illusion et donc de la souffrance. Il est atteint par le détachement et l’acceptation du changement. C’est une quête de l’instant présent. »

Analyse Death Stranding 2 – Homines liberantes sumus

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TOUT CE QUI NE VA PAS avec DEATH STRANDING 2 : ON THE BEACH

Dossier #6 : Analyse et Compendium de Silent Hill 2

Silent Hill 2 sortait sur PlayStation 2 en 2001. Ce survival horror, rival historique de Resident Evil, est aujourd’hui considéré comme un classique. C’est pourquoi le remake du studio polonais Bloober Team, sorti en 2024, fut accueilli avec méfiance. Rassurons-nous, Silent Hill 2 Remake témoigne d’une fidélité à toute épreuve envers l’opus original, tout en proposant des nouveautés qui, mécontentes de moderniser le titre, parviennent à surprendre les fans. Il était à craindre que le passage à une caméra libre rende le jeu moins terrifiant, mais c’était sans compter sur l’ambiance générale, ou la fâcheuse tendance des créatures, à se cacher dans des endroits différents de la pièce, une fois la partie rechargée. Silent Hill 2 ne marque pas seulement les esprits par son esthétique ou son gameplay. Le scénario, jonché de non-dits, plonge les joueurs et joueuses dans une odyssée aussi morbide que fascinante. Contrairement à Resident Evil, Silent Hill 2 relève de l’horreur psychologique, comme le définissent si bien Damien Mecheri et Bruno Provezza dans l’analyse éditée par Third Edition, Bienvenue à Silent Hill : « Dans les œuvres d’horreur psychologique, ce sont les personnages eux-mêmes qui sont la source du « mal », ou qui gravitent autour. Leur quête est alors celle d’une introspection, un voyage dans leurs propres cauchemars qui peuvent se matérialiser ou se manifester sous diverses formes. Ce sont des œuvres qui cultivent l’ambiguïté, le doute, et qui nécessitent de la part des personnages une prise de conscience s’ils veulent sortir du labyrinthe. » Vous l’aurez compris, Silent Hill 2 est une œuvre particulièrement cryptique. N’ayant jamais joué qu’à la démo P. T. et au Remake, j’ai conscience d’être assez profane en la matière. Je n’ai pourtant pas pu m’empêcher de relever ce défi fou : proposer une analyse de Silent Hill 2. Pour ce faire, munissez-vous de votre radio et votre lampe torche ; car nous allons partir dans un voyage à la fois linéaire et jonché de spoilers. (Attention, il y a 3 pages !)

L’histoire de Silent Hill 2 est indépendante du reste de la saga, (hormis un léger lien avec le 4, puisqu’on y trouve en personnage très secondaire le père de James, gérant d’un immeuble, et n’ayant pas eu de nouvelles de son fils depuis longtemps). C’est l’histoire de James Sunderland, un homme ordinaire, qui vient en voiture jusqu’à Silent Hill, pour y retrouver sa femme. Or, Mary est décédée. De nombreuses interrogations fleurissent au sujet de la mort de Mary. Est-elle décédée trois ans plus tôt, ou récemment ? J’aime à croire que Mary est morte depuis peu, dans la mesure où James semble avoir transporté son corps avec lui. Les joueurs les plus attentifs apercevront un fatras de draps blancs, à l’arrière de la voiture.

Les spéculations sont elles aussi nombreuses, sur les causes du décès de Mary. Il est indéniable que James a étouffé sa femme, avec un oreiller, avant de refouler le souvenir. Ce meurtre peut toutefois être considéré comme une euthanasie, dans la mesure où Mary était malade depuis sans doute trois ans. Mais de quelle maladie souffrait-elle ? Cela n’est jamais dit explicitement, même si l’on comprend que Mary était affaiblie par la maladie en question, mais aussi par son traitement. Le ticket de caisse laissé sur le comptoir de la pharmacie Green indique des noms inexacts de médicaments, ressemblant pourtant à une prescription contre l’anxiété et le… cancer. Une vidéaste, baptisée L’éternelle Noob, a également émis une théorie intéressante sur Tik Tok. Silent Hill 2 Remake est sorti en 2024, et mentionne une maladie ayant frappé Mary trois ans plus tôt, soit en 2021. Il est difficile de ne pas faire le lien avec le COVID-19. Étant donné l’aspect des téléviseurs ou la présence de cabines téléphoniques, le remake semble se passer, tout comme le titre original, entre 1982 et 1992 ; mais la théorie témoigne du caractère intemporel de l’histoire du jeu. Le site Silent Hill Wiki ne semble pas avoir d’avis arrêté sur le sujet : « Il n’est jamais explicitement indiqué de quelle maladie Marie était atteinte ou comment elle l’a contractée. Il était connu pour provoquer des bosses sur sa peau et une perte de cheveux. On a supposé qu’il s’agissait d’une forme de cancer ou de lèpre. […] Silent Hill a des antécédents de maladie, car l’hôpital de Brookhaven a été construit en réponse aux épidémies. Il est probable que Mary ait contracté sa maladie avant ou pendant ses vacances à Silent Hill, car on la voit tousser à l’hôtel Lakeview. ».

Mais retournons au début du jeu, si vous le voulez bien. James arrive donc à Silent Hill, une ville touristique dans laquelle il a passé des moments merveilleux avec son épouse, par le passé. Il s’arrête dans les toilettes publiques, où il contemple son reflet dans le miroir. Cette cinématique est aujourd’hui iconique. D’après Silent Hill Wiki, « la raison pour laquelle James passe sa main devant son visage au début du jeu est de « vérifier s’il est dans la réalité ou s’il rêve ». […] Ceux qui luttent contre les périodes de dissociation, en particulier la déréalisation, peuvent se couper ou se blesser, sentir leur corps ou toucher leur visage pour essayer de les aider à se sentir « réels ». » Ce plan permet aussi de nous familiariser avec l’avatar que nous allons incarner, au cœur des ténèbres. James est un homme aux cheveux blonds, qui, contrairement aux rumeurs, n’a pas de lien de parenté avec Leon S. Kennedy. (« Aucun lien, fils unique »). Il porte la même veste que Jacob Singer, un personnage incarné par Tim Robbins, dans le film L’échelle de Jacob, réalisé par Adrian Lyne, en 1990. Ce n’est pas le seul point commun entre les deux protagonistes, puisqu’ils partagent les mêmes initiales et que l’ambiance de Silent Hill est profondément inspirée de l’atmosphère du métrage. L’échelle de Jacob est un film d’horreur psychologique dans lequel un vétéran du Vietnam souffre de stress post-traumatique et de ce que l’on peut supposer être des hallucinations. Les lieux et les individus présentent des étrangetés oppressantes, qui rendent le quotidien de plus en plus infernal. Jacob Singer n’est pas la seule source d’inspiration de James. D’après l’ouvrage Bienvenue à Silent Hill, le protagoniste avait, dans le premier jet du scénario, deux personnalités. L’une s’appelait James et l’autre Joseph, en référence à Joseph Silver, l’un des hommes suspectés d’être Jack l’éventreur. Or, Mary est ainsi nommée en hommage à Mary Kelly, une des victimes du tueur en série. Le nom de famille de James, Sunderland, signifierait quant à lui « terre scindée en deux ». La dualité du personnage n’a jamais été totalement abandonnée, loin de là. Non seulement on peut mentionner la présence d’un certain Pyramid Head, mais Mary possède elle aussi un double irréel : Maria.

Pour finir, j’aimerais mentionner Laura. Laura est une fillette de 8 ans qui explore Silent Hill, seule. Elle paraît si inconsciente du danger qu’on en vient à douter de son existence. Il semblerait pourtant qu’elle soit réelle. Laura est une orpheline qui tenait compagnie à Mary, lorsque celle-ci était hospitalisée. La petite fille sait que James ne rendait pas visite à sa femme, c’est pourquoi elle a une dent contre lui, dès le début du jeu. Notons que les tenues de Mary et Laura sont inspirées d’une mère et de sa fille, dans Les ailes de l’enfer, un film d’action de 97. Il s’agit de l’épouse et de l’enfant du personnage incarné par Nicolas Cage. Ce dernier est un détenu, en voie d’être libéré, qui essaie d’empêcher les autres prisonniers de détourner l’avion dans lequel ils sont transportés. L’hommage a-t-il une réelle signification ou le développeur japonais de l’époque, Konami, avait-il simplement besoin de références, afin d’imiter le mode de vie américain ? En tout cas, Mary n’ayant pas d’enfant, elle s’était prise d’affection pour l’orpheline et avait émis le souhait de l’adopter si elle se rétablissait.

Il n’est pas étonnant que le voyage de James débute par le cimetière, puisqu’il est bloqué dans la deuxième étape de son deuil : le déni. James s’apprête à pénétrer dans l’enfer symbolisé par Silent Hill. Son cheminement fait après tout écho à l’histoire d’Orphée et Eurydice. Dans la mythologie grecque, Orphée a l’opportunité de libérer sa bien-aimée des enfers, à condition de ne jamais la regarder. Or, alors qu’ils s’apprêtent à retrouver le monde des vivants, Orphée ne peut s’empêcher de se tourner vers elle. Malheureusement pour James, son cheminement risque aussi de se solder par une fin malheureuse. Au cimetière, James fait la rencontre d’Angela, une autre âme en peine. Après un bref échange avec elle, le protagoniste poursuit son chemin et se retrouve dans South Vale Est. Il est difficile de distinguer quoique ce soit, à cause du brouillard. Ce paysage opaque est inspiré d’une nouvelle de Stephen King, intitulée Brume. Vous avez peut-être vu The Mist, réalisé par Frank Darabont, en 2007. Les habitants d’une ville située dans le Maine sont contraints de se réfugier dans un centre commercial, lorsqu’un brouillard épais envahit la ville. Ils courent un grand péril car la brume est peuplée de créatures dangereuses.

James distingue néanmoins une traînée de sang, sur le bitume, et il décide de la suivre. Quelques instants plus tard, il met la main sur une radio qui se met à grésiller, lorsque le premier monstre du jeu, l’attaque. Il s’agit de Lying Figure, une créature dénuée de visage et de bras, comme si elle portrait une camisole de force. Elle semble porter des talons hauts et elle n’hésite pas à projeter du vomi sur ses ennemis. Quand elle perd l’équilibre, la créature se met à ramper sur le sol. Lying Figure est inspirée du tableau éponyme, peint par Francis Bacon, en 1961. La camisole de force pourrait symboliser la folie de James. Néanmoins, le bestiaire de Silent Hill 2 fait généralement écho à Mary, qui hante les pensées de son mari. En ce sens, la camisole de Lying Figure pourrait représenter la maladie de Mary, qui l’a forcée à s’aliter. Le vomi est peut-être un écho aux violences verbales que Mary avait à l’encontre de James, lorsqu’elle allait au plus mal…

La première énigme de Silent Hill 2 est celle du jukebox, au Neely’s bar. James doit trouver le bouton manquant mais aussi réparer un vinyle. La musique apparaît, en filigrane, tout au long du jeu. Il n’est pas rare de trouver des partitions de musique, sans oublier que Laura appuie sur les touches d’un piano, pour surprendre James, dans l’hôtel Lakeview. D’ailleurs, l’énigme principale de l’hôtel s’articule autour d’une boîte à musique géante. Pour en revenir à l’énigme du jukebox, elle permet de se familiariser avec les mécaniques de gameplay, tout en commençant à explorer la ville. Or, celle-ci foisonne de références. Par exemple, les noms des bières du Texas Café font allusion aux films ayant inspiré Silent Hill, comme Jacob’s Ladder (L’échelle de Jacob) ou Red Velvet (Blue Velvet, de David Lynch). Il y aurait aussi des hommages au jeu d’horreur Layers of Fear, développé par Bloober Team en 2016, comme la présence d’un jouet en forme de chat, ou d’une machine à écrire, dans certains appartements. (Pour en savoir plus, je vous renvoie à la vidéo de SNIR).

James va effectivement fouiller de nombreux appartements, au cours de son périple. La véritable exploration débute par le labyrinthique bâtiment Wood Side. Alors qu’il accède à la lampe de poche, James rencontre le deuxième monstre du jeu. Il s’agit du Mannequin, une créature composée de deux paires de jambes, soudées les unes aux autres. Il s’agit de l’un des pires ennemis du jeu, dans la mesure où les Mannequins se tapissent dans les coins les plus insoupçonnés avant de nous bondir dessus. Ils sont même capables de se mouvoir sur les murs et plafonds, comme des araignées, par la suite. Les Mannequins seraient inspirés des sculptures de l’artiste franco-allemand Hans Bellmer. Leurs jambes sont clairement féminines et ils poussent des soupirs sexualisés, quand on les blesse. Cela renvoie à la frustration sexuelle que James a éprouvée, tout au long de la maladie de son épouse.

La résidence Wood Side regorge de références, comme la tenue de Mary, que l’on peut trouver dans l’un des appartements. Une robe blanche est suspendue dans le placard avec la pomme dorée. Elle ressemble étrangement à la tenue d’Incubator, le boss final du tout premier Silent Hill. L’on peut aussi se questionner sur le symbolisme des trois pièces de l’énigme du coffre, au rez-de-chaussée de la résidence. James trouve la pièce de l’Homme dans un coffre-fort, lui-même dissimulé dans une salle noire et secrète ; ce qui pourrait faire allusion au déni dans lequel il vit. La pièce de la femme échoue dans la cour, après qu’on ait débloqué le vide-ordures ; une place peu reluisante, pouvant faire référence à la manière dont James a délaissé sa femme avant de la tuer. (Angela aussi a été maltraitée par des hommes). Enfin, la pièce du serpent se trouve dans le berceau, au centre de la piscine vide. Cela pourrait faire allusion au fait que James et Mary n’aient pas pu avoir d’enfant, à moins que cela ne mette en garde contre les faux-semblants.

En parlant d’enfant piégeux, la première rencontre avec Laura annonce son caractère bien trempé. La fillette n’hésite pas à marcher sur la main de James, tandis qu’il tente de récupérer des clés, à travers une grille. J’ai trouvé Laura particulièrement diabolique, lorsqu’elle décide, plus tard de le jeu, d’enfermer James dans la pièce de l’hôpital où on affronte un boss. J’ai été rassurée d’apprendre que Laura ne voyait aucun monstre, à Silent Hill. Cela explique pourquoi elle semble si insouciante. Voyez-vous, la fillette n’est pas arrivée en ville à cause de ses péchés, mais avec l’espoir de revoir Mary. Cela en fait un être pur. D’après l’analyse de Third Edition, elle pourrait même incarner le fil d’Ariane, dans le vaste dédale où se retrouve piégé James. En effet, c’est souvent en pourchassant Laura que James parvient à continuer sa route. Or, qui dit dédale, dit Minotaure, et le labyrinthe de Silent Hill abrite en effet un monstre redoutable. La première fois que James aperçoit Pyramid Head, c’est derrière des grilles, et enveloppé d’un halo rouge. Le bourreau l’observe, figé et imperturbable. Cette immobilité est angoissante car l’on se demande à quel moment la bête va être libérée de ses chaînes et attaquer James. Mais nous y reviendrons plus tard.

Le protagoniste fait d’autres découvertes dans la résidence Wood Side. Il rencontre Eddie dans un appartement, près de la piscine, alors qu’il est en train de vomir. On apprendra, plus tard, qu’Eddie est arrivé à Silent Hill après avoir tiré sur le genou de son harceleur, un sportif de haut niveau. Il a en outre assassiné le chien de ce dernier. Eddie a souffert du regard des autres, toute sa vie, probablement à cause de son obésité. Peut-être est-ce pour cela qu’on le voit s’empiffrer de manière peu ragoûtante, au cinéma, ou qu’il y a un cadavre encastré dans le frigo, dans l’appartement où on le rencontre. A Wood Side, James débloque le revolver, posé dans un caddie, au sein d’un habitat où quelqu’un semble s’être entraîné à tirer. Après cette découverte, il tombe sur un cadavre, assis devant la télévision. Non seulement ce corps n’était pas là lors de notre premier passage dans la pièce, mais il ressemble étrangement à James lui-même. Ces similitudes, associées au fait qu’il semblait visionner une VHS, sont annonciatrices de la fin funeste du jeu.

L’exploration de la résidence Wood Side se termine avec l’appartement 201. En entrant dans la chambre, plusieurs joueurs auraient entendu un soupir. Or, la pièce ressemble à celle où James a tué sa femme. Le soupir pourrait donc être celui de Mary, au moment où elle expire. Mais l’on retient surtout l’appartement 201 comme le théâtre de la première véritable intervention de Pyramid Head. Celui-ci semble brutaliser voire violer d’autres créatures du jeu, tandis que James observe cela, dissimulé dans le placard. Pyramid Head incarne toutes les pulsions refoulées du héros, y compris sexuelles. James ressemble quant à lui à un voyeur, dans un plan inspiré du film Blue Velvet, mentionné plus tôt. Étrangement, Pyramid Head s’approche du placard, mais ne s’en prend pas à l’intrus. Après cette cinématique glaçante, James franchit une brèche et se retrouve dans une version altérée de l’appartement. L’ambiance y est très différente. Nous ne sommes plus prisonniers de la dimension du brouillard, mais de celle du cauchemar. D’ailleurs, dans ce monde, le placard où James s’est réfugié a été éventré par une lame gigantesque. Sans le savoir, nous nous retrouvons plongé(e)s dans une autre résidence, du nom de Blue Creek.

INDIKA | Quand le jeu vidéo dénonce et dérange

Je n’avais jamais incarné une nonne dans un jeu vidéo. Force est de constater que ça ne m’attirait pas particulièrement. Pourtant, je fus rapidement intriguée, puis conquise, par les aperçus d’INDIKA, ou les échos que je pouvais en avoir, certains allant même qualifier l’expérience aussi troublante que celle proposée par Hellblade. Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, INDIKA est un jeu indépendant russe sorti le 2 mai 2024. Est-il aussi troublant et unique que le prétend sa réputation ? C’est ce que nous allons découvrir ensemble. Rassurez-vous, si vous n’avez pas encore eu la… foi de l’essayer, cet article ne contiendra que très peu de spoilers.

INDIKA est une nonne vivant dans un monastère qui se situe dans une Russie alternative, à la fin du dix-neuvième siècle. Si aucune religieuse n’y semble particulièrement guillerette, INDIKA est particulièrement rudoyée en ces lieux. Dès l’introduction, les théories se bousculent dans notre esprit. La jeune femme a-t-elle commis quelque chose d’irréparable, par le passé ? Sa réputation est-elle due à la voix-off qui envahit chaque scène, comme si INDIKA entendait elle-même des voix ? Est-elle possédée par le Diable ? Souffre-t-elle de schizophrénie ? On se rendra vite compte que la voix intérieure – et masculine – d’INDIKA commente chaque fait et geste de son voyage, avec beaucoup d’ironie. Cela m’a d’ailleurs rappelé, à certains égards, le marionnettiste dans le fort sympathique A Juggler’s Tale. La nonne semble bel et bien livrer un combat interne contre le mal. Ce dilemme moral sera d’autant plus mis à l’épreuve lorsqu’elle sera invitée à sortir du couvent, afin de livrer une lettre dans un monastère. Or, sa route croisera celle d’un fugitif appelé Ilyia, qui l’entraînera vers d’autres péripéties. Pour finir, notons que la narration linéaire est entrecoupée d’analepses, permettant d’explorer le passé d’INDIKA, en… pixel art.

Il est inconcevable de parler d’INDIKA sans mentionner l’histoire du petit studio russe à l’origine du projet : Odd Meter. N’en déplaise à certain(e)s, un véritable enjeu politique se cache derrière cette expérience vidéoludique. En février 2022, au début de la guerre en Ukraine, dix des quatorze développeurs ont décidé de quitter la Russie. En effet, d’après rtbf, le fondateur d’Odd Meter, Dmitry Svetlow ne se sentait plus en sécurité après avoir imaginé un jeu satirique vis-à-vis de l’église orthodoxe russe, et de ce fait, du gouvernement et de ses décisions : « L’église orthodoxe russe est l’une des armes de la propagande russe. Depuis l’église, ils disent aux gens : ‘Vous devriez aller en Ukraine et les tuer, mourir pour votre pays », explique-t-il avec indignation, avant d’ajouter : « Après mes déclarations, il vaut mieux ne pas revenir. » Vous l’aurez compris, ce n’est pas parce qu’INDIKA permet d’incarner une nonne qu’il fait l’apologie de la religion, bien au contraire. Passer à travers la dimension satirique et la dénonciation politique du jeu serait un sacré contre-sens. Ce serait d’autant plus dommage que les développeurs et développeuses d’Odd Meter ont fait preuve de courage, en concevant une œuvre au sous-texte si contemporain, et qui aurait très bien pu ne jamais voir le jour.

J’ai mentionné, plus tôt, la présence de séquences en pixel art, rendant hommage à différentes mécaniques de gameplay traditionnelles dans le rétrogaming. Il nous faut effectivement saluer INDIKA pour sa direction artistique si atypique. Le jeu dispose d’une ambiance très cinématographique et particulière ; d’autant plus paradoxale que les graphismes réalistes sont régulièrement ponctués de thèmes musicaux appartenant au genre de l’électro, en écho aux phases en pixel art. La jeu est constitué de décisions de mise en scène et de paysages tout autant paradoxaux. Si la première partie de l’aventure se déroule dans des espaces ouverts, enneigés et de fait, blancs ; les chapitres suivants entraînent INDIKA et Ilyia dans des endroits plus sombres et renfermés. Je pense notamment à l’usine de poissons, où tout paraît d’ailleurs si gigantesque que les personnages semblent presque aussi minuscules que ceux de Little Nightmares. Le titre est à la fois beau, comme en témoignent ses effets de lumière jonglant entre le clair et l’obscur, et perturbant. Je pense notamment au chien sauvage qui traque INDIKA et Ilyia à travers le moulin. Son chara design est tel qu’on en vient à se demander s’il est réel ou s’il s’agit d’une créature chimérique et démoniaque. L’animal, d’abord menaçant, devient étrangement ridicule quand on en vient à bout. La mise en scène rend délibérément certaines scènes absurdes ou dérangeantes, par le biais des visions d’INDIKA ou simplement de choix de cadrage volontairement douteux. Tout cela, mis bout à bout, rend l’expérience d’autant plus troublante et surréaliste. Cet étrange mélange est pourtant moins étonnant quand on apprend, grâce à GamerGen, qu’Odd Meter s’est inspiré de réalisateurs comme Yorgos Lanthimos (Pauvres créatures), Ari Aster (Midsommar) ou Darren Aronofsky (The Whale) pour imaginer l’ambiance d’INDIKA.

Naturellement, cette direction artistique convient aux thématiques et aux dimensions satiriques d‘INDIKA. La nonne elle-même est tiraillée entre le bien et le mal, tout en se demandant si le monde est vraiment si manichéen, voire métaphysique que cela. Comme mentionné plus haut, INDIKA est une œuvre délicieusement satirique vis-à-vis de l’église orthodoxe, ce qui implique des dialogues philosophiques finement écrits, nommément entre les deux protagonistes. C’est au final à travers des détails faussement insignifiants que le jeu est le plus dénonciateur. INDIKA possède tout un système de points, lui aussi emprunté au rétrogaming. Les pièces accumulées incarnent visiblement la foi ou la vertu d’INDIKA, et se gagnent en allumant des cierges ou en trouvant des artefacts religieux, dissimulés ici et là. Les écrans de chargement nous mettent très tôt en garde avec la phrase suivante : « Ne perds pas ton temps à collecter des points, ils ne valent rien. » En dépit de cette réplique provocatrice, je me suis naturellement entêtée à engranger des pièces de vertu, peut-être dans l’espoir que cela finisse par avoir un impact sur le scénario. Mais il n’en est rien. (Cela ne permet même pas de débloquer des trophées). On finit même par perdre tous ces points, puis par en regagner plus encore, de façon tout à fait discutable. Je trouve cela extrêmement fort, pour deux raisons. Non seulement cette mécanique de jeu confirme qu’il ne servait à rien de se montrer vertueuse, puisqu’INDIKA sera amenée à prendre des décisions ou à commettre des actes relativement discutables, par la force des choses. Mais cela nous ridiculise aussi en tant que joueurs et joueuses, qui avons été tellement gavé(e)s de collectibles et de récompenses, jusqu’à présent, que nous gardons le réflexe de collecter ceux-ci, en dépit des mises en garde et de tout bon sens. Ainsi, notre foi de gameur est elle aussi questionnée. Cette remise en question était annoncée dès le début du jeu, au sein du monastère, où INDIKA est contrainte de remplir un bidon entier, en allant chercher de l’eau dans le puits. Cela nécessite de remplir plusieurs seaux et de faire des allers-retours pénibles. Or, la nonne supérieure finit par renverser l’eau récoltée par INDIKA sur le sol. Cela annonce le message presque nihiliste du jeu tout en dénonçant, par la même occasion, la vanité des quêtes Fedex, que nous persistons à faire, malgré toutes les plaintes que l’on peut émettre à leur sujet. INDIKA est assurément un jeu intelligent et très intéressant. Malgré tout, je regrette qu’il ne se montre pas plus subversif encore, en osant des provocations moins timides ou en rendant les éléments les plus perturbants de son contenu, plus présents. Sans mauvais jeu de mots, le jeu pèche par cela, mais aussi par plusieurs faiblesses techniques.

On peut qualifier INDIKA d’aventure linéaire à la troisième personne, essentiellement constituée de phases de plate-formes et d’énigmes. Les puzzles sont variés et certains poussent à réfléchir un moment, avant de pouvoir progresser. Bien que certaines énigmes paraissent un peu grosses en terme de cohérence, on ne peut donc que saluer le jeu pour l’originalité de ses puzzles. La mécanique de gameplay la plus intéressante et pertinente à la fois consiste à voir le monde se déchirer, lorsque la voix démoniaque prend le dessus. Le level design devient alors écarlate et chaotique, tout en ouvrant – paradoxalement – de nouveaux chemins. INDIKA doit prier pour retrouver la sérénité et le décor, tel qu’il était auparavant. Il faudra donc alterner entre deux dimensions du même environnement et deux états d’esprit, très différents, pour avancer. Malheureusement, cette mécanique est utilisée très peu de fois. D’autres passages s’avéreront moins passionnants, comme des séquences entières où INDIKA se contente de suivre Ilyia à travers quelques dédales, le tout étant heureusement secouru par des dialogues captivants. Par ailleurs, bien que les personnages soient réussis, je n’ai pas jugé les décors particulièrement bluffants. J’ai même trouvé le jeu assez faible techniquement, à cause de saccades, d’écrans noirs ou de temps de chargement, dont je n’ai décidément plus l’habitude, sur PlayStation 5. Enfin, bien que cela ne me gêne pas personnellement, attendez-vous à une aventure qui n’excédera pas 4h. INDIKA est une expérience qui mérite d’être connue et d’être testée, mais elle est – selon moi – trop timide et pas assez aboutie, pour véritablement marquer le microcosme du jeu vidéo.

INDIKA permet d’incarner une nonne, qui fait littéralement face à ses démons. Le titre mérite d’être connu, d’autant plus lorsqu’on a conscience du contexte dans lequel il a été développé par le studio russe Odd Meter. La direction artistique d’INDIKA est à la fois intéressante et perturbante. Si le jeu s’avère aussi satirique qu’il le désirait, j’aurais toutefois aimé qu’il soit moins timide et plus subversif. De plus, en dépit de quelques puzzles et mécaniques de gameplay bien trouvés, le jeu demeure faible, sur certains aspects techniques. INDIKA m’a moins marquée que je l’espérais. Il propose toutefois une aventure aussi bien enrichissante que ludique. Je le conseillerais donc sans réserve, à toutes celles et tous ceux qui souhaiteraient expérimenter une œuvre peu ordinaire.

The Gardens Between | Des casse-têtes tout en douceur

The Gardens Between est un jeu indépendant australien, développé par The Voxel Agents et sorti en 2018. Ce puzzle game met en scène l’amitié des jeunes Arina et Frendt, deux voisins qui se rejoignent dans leur cabane haut perchée, afin de se remémorer les bons moments passés ensemble. Or, le ciel est traversé par un éclair, qui bouleverse la boussole du temps. Cet événement les amène à explorer plusieurs archipels, symbolisant leurs nombreux souvenirs communs. Les différentes îles, tantôt pleines de couleurs, tantôt plus sombres, sont gorgées de références propres à l’imaginaire et à l’enfance, de celle abritant un jeu ressemblant – à s’y méprendre – à Mario, à celle servant de refuge à un squelette entier de dinosaure. The Gardens Between est la promesse d’un voyage à la fois doux et onirique.

La représentation des îles fait penser, à s’y méprendre, à des casse-têtes sophistiqués qu’il faut tourner dans tous les sens, pour comprendre la démarche à suivre. Certaines sont esthétiques ou proposent un level design sympathique. Cependant, The Gardens Between sort de l’ordinaire par le biais de son gameplay, qui ne permet pas de contrôler directement les deux protagonistes, mais ni plus ni moins le flux du temps. Ainsi, il est possible de le faire aller en arrière, en avant et – à la rigueur – d’interagir avec certains objets. D’ailleurs, les deux personnages ne peuvent pas réaliser les mêmes actions. Je dois bien admettre que, au début, j’ai redouté que le gameplay se révèle trop simple et répétitif. Contre toute attente, les mécaniques de jeu parviennent à proposer des énigmes assez variées, durant les quelques heures de durée de vie. Je suis loin d’être une grande adepte du puzzle game en général, mais The Gardens Between est tout à fait abordable, en dehors de deux ou trois passages s’étant avérés plus retors. Ce qui est appréciable, c’est que le jeu exploite les capacités du temps de toutes les façons possibles, à travers les huit archipels à traverser.

The Gardens Between est – dans l’ensemble – un jeu chill et apaisant. Il m’a, à certains égards, rappelé d’autres jeux indépendants que j’ai eu l’occasion de terminer par le passé. Je pense tout d’abord à Brothers : A tale of two sons (2013), où deux personnages doivent aussi s’aider l’un, l’autre, afin de pouvoir avancer. En revanche, les deux frères sont directement contrôlés par le même joueur et certains passages demandent bien plus de dextérité. Je pense aussi, moins directement, à My Brother Rabbit, un autre puzzle game sorti en 2018. Il s’agit d’un point and click traditionnel, qui nous transporte dans le monde onirique de l’enfance, abritant pourtant une réalité plus triste. Enfin, The Gardens Between peut être mis en relation avec Arise : A simple story (2019). Ce jeu ne permet pas seulement d’incarner un vieillard en deuil mais aussi les éléments temporels autour de lui, un peu de la même façon que le temps, dans The Gardens Between. Il s’agit d’une histoire très poignante et poétique, dotée de niveaux variés.

Somme toute, The Gardens Between est un jeu sympathique, ayant le mérite de proposer une atmosphère et un gameplay originaux, mais loin d’être inédits. Il n’entrera pas dans le panthéon de mes jeux indépendants favoris, mais il a le mérite de nous occuper quelques heures et de nous permettre de glaner un trophée Platine aisé. Par-dessus tout, il me sert de passerelle pour vous rappeler l’existence d’autres jeux indépendants valant le détour.

Knights of the Old Republic | La meilleure histoire Star Wars jamais narrée

Il y a bien longtemps, dans une galaxie pas si lointaine, BioWare pactisait avec Lucas Arts et Aspyr, afin de concevoir ce qui est – pour beaucoup – le meilleur jeu Star Wars jamais développé. Star Wars Knights of the Old Republic sortit initialement en 2003. S’il s’agissait avant tout d’un jeu PC et X-Box, il fut également porté sur Switch en 2021. C’est d’ailleurs sur cette console que j’ai retenté l’aventure, après l’avoir – je l’avoue – moult fois poncée sur PC. KOTOR a eu droit à tellement d’histoires dérivées (jeu en ligne, comics, romans,…) qu’il semble parfois difficile de s’y retrouver. Il s’agit avant tout d’un RPG proposant une aventure solo (rien à voir avec Han). L’intrigue se déroule quatre millénaires avant l’apogée de l’Empire Galactique vu dans les films ; à une époque où les Sith, encore nombreux, menacent à la fois l’Ordre Jedi et l’Ancienne République. Le seigneur Sith le plus connu est alors un ancien héros : Dark Revan. Mais ce guerrier légendaire a été vaincu, tant à cause de l’assaut des Jedi que de la trahison de son apprenti : le terrible Dark Malak. L’histoire du jeu commence dans un vaisseau pris d’assaut par les Sith, car il abrite la célèbre Jedi Bastila Shan. Le protagoniste que nous incarnons – un soldat – se réveille dans une cabine du vaisseau. De fait, et au rythme d’une bande originale de haute qualité, nous sommes tout de suite plongés dans le feu de l’action.

L’équipe part à bord de l’Ebon Hawk pour trouver un moyen de neutraliser Dark Malak (à droite).

Star Wars Knights of the Old Republic a vingt ans. J’exagère à peine en affirmant qu’il pourrait encore donner de nombreuses leçons aux RPG actuels. Le protagoniste du jeu est entièrement personnalisable, qu’il s’agisse de son genre, de sa classe, de son apparence ou de ses aptitudes. Nous ne savons pas grand chose sur lui (ou elle), dans la mesure où il souffre d’amnésie. Tous ces codes paraissent très classiques, me direz-vous, mais cela justifie que le héros ait tout à apprendre. Par-dessus tout, il a une marge d’évolution morale, que l’on trouve dans très peu de RPG actuellement. Nos choix d’actions ou de dialogues permettent en effet de le faire basculer vers le côté lumineux ou obscur de la Force.

KOTOR est un RPG comme je les aime, car il est extrêmement riche, sans pour autant être grotesquement démesuré. L’équipage de l’Ebon Hawk (le vaisseau que nous possédons) est amené à explorer sept planètes, et quelques autres lieux moins vastes. Les planètes en question possèdent des endroits aux ambiances différentes ; mais l’espace demeure relativement restreint. Bien sûr, cela est dû aux contraintes techniques de l’époque, mais c’est à mes yeux amplement suffisant. Je préfère de loin une planète intelligemment utilisée et fourmillant de surprises ou de détails, plutôt que des espaces gigantesques, dans lesquels on ne sait pas où donner de la tête, et surtout où les quêtes – si on peut les appeler comme telles – se répètent inlassablement. Oui, les lieux de KOTOR sont restreints mais vivants.

Des hauteurs vertigineuses de Kashyyyk aux profondeurs de Manaan.

Depuis quelques années, certains RPG proposent des villes gigantesques dans lesquelles il est impossible de rentrer dans les maisons ou de parler aux PNJ. Au contraire, chaque porte de KOTOR peut abriter un secret. Les personnages secondaires et autre PNJ ne foisonnent pas, mais sont généralement marquants. On peut discuter avec eux pour en apprendre davantage sur la planète ou pour être confronté à un choix moral. Mais c’est rarement pour récolter une énième quête fedex, comme si nous étions le livreur Amazon du quartier. Il arrive même que des événements s’enclenchent lorsque nous arrivons à un endroit particulier, à tel point du jeu. Ils ne lancent alors pas une cinématique verbeuse qui casse le rythme, mais rappellent simplement que la planète est habitée et vivante. Par exemple, quand un conflit éclate, nous sommes libres de nous interposer ou non. Cela peut être pour défendre la victime comme pour l’extorquer davantage. En deux mots, tout a du sens et une finalité.

Les planètes ne sont en rien répétitives. Le climat désertique de Tatooine s’oppose à la forêt de Kashyyyk ou au monde marin de Manaan. Dans chaque lieu, le peuple et le bestiaire varient. Par-dessus tout, chaque planète dispose d’un contexte géo-politique spécifique, et influençable. Nous pouvons ainsi prendre le parti d’un clan ou d’un autre, ce qui aura un impact sur l’avenir du monde. L’opposition se fait souvent entre un clan colonisateur et un peuple indigène, ou entre un parti écologique et l’autre peu regardant du bien-être de la nature. Et ce n’est pas aussi manichéen qu’on pourrait le penser. Je pense à Taris, où la population est hiérarchisée selon sa situation sociale, les aliens étant méprisés et les malades étant carrément prisonniers du quartier souterrain, où ils peuvent être transformés en rakgoules. Est-il alors plus juste d’offrir l’antidote aux contaminés, ou bien de les laisser mourir afin de fournir l’échantillon à un docteur qui pourrait en sauver un plus grand nombre ? Bien que nous explorons les planètes pour chercher des indices sur les Sith, nous n’avons pas l’impression d’aller d’un point A à un point B, pour suivre vulgairement l’histoire. Nous savons que nous laisserons une empreinte sur la planète visitée. Et en plus, cela contribue à notre évolution vers le côté obscur ou lumineux de la Force. Manaan est assez marquante dans ce sens puisque les décisions que nous prenons, dans la station (stressante) d’extraction du Kolto, peuvent entraîner la gratitude des habitants de Manaan ou – au contraire – les inciter à nous bannir.

Le héros, Carth et Bastila visitent Dantooine, tandis que des apprentis Sith s’entraînent sur Korriban.

Comme si cela n’était pas assez passionnant, la plupart des quêtes peuvent se résoudre de bien des manières. Il est possible de perfectionner ses talents en persuasion ou en informatique pour éviter certains combats, en manipulant un PNJ ou en piratant un ordinateur pour neutraliser son système de sécurité (robots, tourelles, etc). Je ne prétends pas que KOTOR soit le premier – ni même le dernier RPG – proposant tout cela ; je trouve toutefois que ce n’est pas aussi commun que je le souhaiterais, et que tout cela a tendance à se perdre, dans la multitude de pseudo RPG que nous avons aujourd’hui. Aïe, j’ai l’impression de parler comme un boomer ! Et c’est d’autant plus vrai que je suis influencée par la nostalgie. Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai mis les pieds sur Korriban et que j’ai découvert les Sith, à l’apogée de leur pouvoir. On y trouve en effet une académie Sith dont on peut suivre les enseignements, pour l’infiltrer ou au contraire, pour la rejoindre réellement. Je vous laisse deviner ce que j’ai fait…

Mais ce n’est pas tout ! Ce qui rend KOTOR si vivant, ce sont ses personnages jouables. Le protagoniste est rapidement épaulé par Bastila et Carth. La première est une Jedi au caractère bien trempé qui nous instruit et nous conseille. Le second est un héros de la République, qui redoute par-dessus tout la trahison. Il n’y a qu’en leur parlant moult fois qu’on est amenés à découvrir leur passé. S’ils font partie de notre équipe à certains moments ou endroits, ils sont susceptibles de réagir à nos choix (de façon positive ou négative) ou de rencontrer quelqu’un de leur passé.

L’équipe de KOTOR au grand complet. A droite, Bastila refusant des cookies.

L’équipe peut aussi être constituée de Mission, une jeune Twi’lek et Zaalbar, un Wookie. Canderous est un Mandalorien qui n’a pas peur de se salir les mains pour arriver à ses fins. Il permet de mettre la main sur T3-M4, un droïde utilitaire. On peut aussi mentionner Jolee, un vieillard maniant un sabre-laser mais dont le positionnement est ambigu. Enfin, certains personnages peuvent être manqués, comme HK-47, que l’on peut trouver dans une vieille boutique de Tatooine. Il s’agit d’un droïde assassin étrangement sarcastique. Juhani, quant à elle, est une Jedi passée du côté obscur de la Force : il ne tient qu’à vous de l’éliminer ou de parvenir à la ramener sur le droit chemin, afin qu’elle intègre l’équipe.

Comme si KOTOR n’était pas suffisamment avant-gardiste, Juhani est susceptible de tomber amoureuse de vous uniquement si vous incarnez une femme. Bref, chaque membre de l’équipe est particulier, que ce soit par sa race, son passé, ses compétences, son caractère, ses réactions et tout ce qu’il peut apporter. L’équipage de l’Ebon Hawk est l’un des plus attachants qu’il m’ait été donné de croiser. En ce sens, le dénouement de KOTOR est encore plus tragique, si l’on choisit de basculer du côté obscur. Je n’ai jamais vu une intrigue et une fin qui m’ont autant surprise, marquée et même émue. C’est tellement vrai que je n’ai jamais trop osé modifier mes choix, malgré les nombreux runs que j’ai effectués. Mais je ne dirai rien de plus, puisque le twist de KOTOR est ce qui fait tout son charme.

On va peut-être « rancor » pouvoir jouer à Kotor, mais il faut avouer qu’il y en avait bien besoin.

En 2021, le remake de KOTOR, une exclusivité Sony, a été annoncé. En dehors d’une cinématique de quelques secondes dévoilant Dark Revan, nous n’avons pas eu grand chose à nous mettre sous la dent. Pire encore, le développement du jeu semble si laborieux que, tous les quelques mois, la rumeur veut qu’il soit annulé ou, au contraire, ravivé. Si je suis lasse de cet ascenseur émotionnel, j’ai toujours l’espoir que le jeu voit le jour, car il s’agit clairement de l’une des raisons pour lesquelles j’avais investi dans une PS5. Je suis bien sûr prête à attendre tout le temps qu’il faudra afin d’avoir un jeu correctement terminé et abouti.

KOTOR semble si parfait à mes yeux qu’on peut imaginer que je n’attends qu’un vulgaire copié-collé. Oui, et non. Ce qui est exceptionnel pour un jeu de 2003 mérite d’être perfectionné en 2023. Je voudrais que le remake soit extrêmement fidèle en ce qui concerne l’histoire où les différentes planètes à explorer. Je ne serais pour autant pas contre quelques lieux et quêtes annexes inédits, pourvu que les rajouts ne soit pas démesurés ni dénués de sens. Ne me faites pas incarner un Jedi pour aller acheter des œufs ou pour ramener un porg à son propriétaire ! Par ailleurs, force est de constater (sans mauvais jeu de mots) que le jeu originel nécessitait de faire de nombreux allers et retours qui peuvent s’avérer fastidieux pour les joueurs ne connaissant pas la progression par cœur, comme moi. J’imagine que les relations avec les autres membres de l’équipage pourraient être encore plus développées. Une amitié profonde voire une romance pourrait être possible avec chacun d’entre eux, selon notre genre, comme cela s’est vu dans Dragon Age : Inquisition. Il pourrait y avoir encore plus d’interactions entre eux et surtout, il pourrait être possible de les influencer vers le côté obscur ou lumineux de la Force, même si cela pourrait – j’en conviens – altérer l’impact de la fin de KOTOR. (Cette influence de l’équipage, on la trouvait dans la suite de Star Wars KOTOR, un jeu pas mauvais mais oubliable, que j’ai tenté de relancer dernièrement, en vain.)

Et vous, quel camp choisirez-vous ?

Mais KOTOR, premier du nom, n’a pas que des qualités. Les graphismes, en dehors de certaines cinématiques, sont extrêmement archaïques. Je rêve sincèrement de voir le jeu refait avec les graphismes photoréalistes de l’époque, mais aussi une très belle direction artistique. Plus important encore, le gameplay peut s’avérer pénible à prendre en mains pour celles et ceux n’en ayant pas l’habitude. Il s’agit de combats au tour par tour, certes dynamiques, mais qui en ennuieraient plus d’un aujourd’hui. De toute façon, la rumeur prétendait que le remake serait bel et bien un action-RPG. Enfin, certaines phases de gameplay sont carrément devenues presque injouables. Je pense aux courses de fonceurs que je trouvais déjà capricieuses à l’époque, où à l’utilisation de la tourelle, dans l’Espace, quand l’Ebon Hawk est attaqué par d’autres vaisseaux. Ah ça, KOTOR aurait davantage besoin d’être dépoussiéré qu’un certain The Last of Us Part II ! Pour finir, le héros que nous incarnons à tout d’un tank. Comme je le disais dans un précédent article, je rêve que le remake s’inspire de Star Wars Jedi Survivor pour réellement donner la sensation d’incarner un Jedi. Un personnage agile, qui explorerait les endroits les plus reclus, même en verticalité, rendrait l’exploration très agréable. Par-dessus tout, les combats, que l’on choisisse d’utiliser son sabre ou la Force, méritent un nouveau souffle à la fois épique et dynamique.

Voilà, il me semble avoir rappelé tout l’amour que j’éprouve pour Star Wars KOTOR, et expliqué pourquoi j’espère tant qu’un remake voit le jour. Je ne peux que vous encourager à découvrir le jeu original par vous-mêmes, soit dans l’optique de patienter plusieurs années, soit parce que son remake ne verra peut-être jamais le jour. Dans tous les cas, que la Force soit avec vous.

The Last of Us (HBO) | Épisodes 8 & 9

Deux épisodes, c’est tout ce qu’il restait à The Last of Us pour clôturer l’adaptation du célèbre jeu vidéo. J’ai pu analyser l’ensemble des épisodes, sur ce blog, Vous pouvez d’ailleurs retrouver les articles en question sur la page suivante. Il est maintenant temps de s’atteler à l’étude de l’arc final, à travers les épisodes 8 et 9. Attention aux spoilers !

Une adaptation fidèle au défaut surprenant

Dans le jeu vidéo, une fois Joël blessé, Ellie se retrouve livrée à elle-même dans la station enneigée au bord du lac. C’est là qu’elle fait la rencontre d’un certain David. La jeune fille se méfie tout d’abord de lui. Néanmoins, lorsqu’il l’aide à repousser une foule d’infectés, elle lui accorde le bénéfice du doute. Nous-mêmes, joueurs et joueuses, imaginons qu’il peut être un allié passager, de la même façon que Tess ou Henry et Sam. Comme nous nous trompons… David se révèle être un ennemi redoutable, et plus monstrueux que n’importe quel infecté. Ce chapitre comporte des phases d’infiltration pleines de tension car Ellie, désarmée, est très vulnérable face aux sbires de David. En parallèle, Joël se réveille et part à la poursuite de l’adolescente, en éliminant les hommes de David, à tour de bras. Ellie ne doit toutefois compter que sur elle-même pour venir à bout du cannibale. Le combat est d’autant plus mémorable qu’il s’agit du seul véritable affrontement contre un boss, dans le jeu vidéo. Ellie doit se faufiler entre les tables du restaurant ; David étant alerté par le moindre bruit et se précipitant sur elle pour la tuer. C’est un passage traumatisant, tant pour les joueurs que pour Ellie.

Et puis le printemps vient. Joël, très attaché à Ellie, peine à lui rendre le sourire. C’est finalement la découverte des girafes qui y parviendra. Le duo n’est toutefois pas au bout de ses peines. Ils traversent un tunnel infesté d’infectés et même de colosses. Hélas, l’extrémité du tunnel est inondée et Ellie manque de se noyer. C’est à ce moment qu’un groupe de Lucioles les embarque à l’hôpital, sans ménagement. Là-bas, Joël apprend qu’ils doivent opérer Ellie au cerveau, s’ils espèrent concevoir un remède. Entre le salut de l’humanité et la survie d’Ellie, Joël fait rapidement son choix. Nous sommes alors les acteurs et actrices d’une fusillade dans l’hôpital. Après avoir tué Marlene, Joël ramène Ellie à Jackson, où il lui ment effrontément. Le jeu s’arrête assez brutalement, sur le visage à moitié convaincu de la jeune fille.

On peut aisément constater que l’histoire de la série est extrêmement fidèle à celle du jeu vidéo. L’adaptation d’HBO n’est toutefois pas exempte de défauts. Le découpage des épisodes pose des interrogations. Pourquoi l’épisode final est-il le plus bref de la série ? Une série n’est-elle pas supposée monter en crescendo ? Je gage que même les néophytes ont pu trouver la fin quelque peu rushée. Mais le défaut le plus surprenant de la série réside dans l’absence flagrante des infectés. J’étais la première à défendre la diminution de la violence ou l’économie de la présence des infectés. Si les raisons sont peut-être budgétaires, il faut avouer que cela peut faire monter la tension et les rendre plus terrifiants. Hélas, en dehors de deux malheureux infectés dans les flash-backs, Ellie et Joël n’en ont croisé aucun depuis l’épisode 5, avec Henry et Sam. Cela donne l’impression que le pays est traversé par très peu d’infectés. On en oublie l’un des composants de l’histoire et, ce qui me chagrine le plus, c’est que cela a un impact sur la narration. David ne gagne point la confiance d’Ellie en affrontant des infectés à ses côtés. Tout juste se contente-t-il de la baratiner, quelques minutes. De fait, la trahison semble moins terrible. Il est plus délicat d’en vouloir à Joël d’avoir détruit tout espoir de trouver un remède, dans la mesure où le monde ne semble pas tant en proie aux infectés que cela. Passons.

Épisode 8 : « When we are in need »

L’épisode 8 met en vedette David, brillamment interprété par Scott Shepherd. Il en épouse d’ailleurs un peu le point de vue, dans la mesure où l’épisode commence dans le groupe dont David est le pasteur et le guide. Bien que je regrette l’absence d’infectés, il faut reconnaître que le personnage de David est suffisamment développé et subtile pour rendre l’intrigue crédible. Ses apparentes foi et gentillesse ne sont que des ruses pour inciter ses « ouailles » à le suivre. Malgré sa prudence, Ellie se laisse elle-même baratiner par David, qui finit par lui révéler que Joël a tué l’un de ses hommes. Il va alors souffler le chaud et le froid avec l’adolescente, afin de la manipuler. Bien qu’il s’évertue à la garder en vie et à tenter de la charmer, le malaise est palpable. Certes, il y a un parallèle évident avec Joël, dont David est l’alter-ego. David veut servir de père de substitution à Ellie et il la porte, dans ses bras, de la même manière que Joël porterait Sarah ou Ellie elle-même. En outre, quand Ellie reproche ses actes à David, il lui demande si son « ami » n’aurait pas fait la même chose pour elle. Ce genre de parallélisme est toujours fascinant. Joël et David sont les deux faces d’une même pièce, ce qui implique, en dehors de leurs similitudes, des contradictions encore plus probantes. Ainsi, les intentions de David sont loin d’être innocentes. Il ne se contente pas de tuer des hommes, mais il nourrit son peuple avec leur chair. Comme si le cannibalisme ne suffisait pas, David ne se conduit clairement pas comme un père avec Ellie, à qui il fait des avances. Bien que le duel dans le restaurant incendié soit moins violent que dans le jeu vidéo, David y paraît encore plus monstrueux, dans la mesure où il essaie de violer l’adolescente. On comprend sans peine que, après avoir tué David, Ellie s’acharne sur son cadavre.

Sans surprise, Bella Ramsay est de plus en plus convaincante dans le rôle d’Ellie, au fil des épisodes. Lorsque Joël est blessé, c’est elle qui prend les choses en mains. Elle fait preuve d’une férocité surprenante mais nécessaire, pour survivre face aux sbires de David. En dépit de cela, on sent combien cet événement l’a bouleversée et traumatisée. Quant à Joël, il est plus effacé encore dans l’épisode que dans le jeu. Certes, il interroge les hommes de David et en tue quelques uns. Par ailleurs, il réconforte Ellie lorsqu’il la retrouve. Mais le duo part finalement assez facilement de la station, comme si le fait d’en avoir éliminé le leader était sans conséquence. Cela peut, certes, s’expliquer par le fait que les autres ouailles de David soient essentiellement des familles affamées. Enfin, il est impossible de clôturer cet avis sans parler de la présence de Troy Baker, qui incarne James, le bras droit de David. Troy Baker est ni plus ni moins l’interprète originel de Joël, dans le jeu vidéo. Et cerise sur le gâteau, on retrouve – en VF – le comédien de doublage français de Joël, dans le jeu, également : Cyrille Monge.

Épisode final : « Look for the Light »

L’épisode 9 débute par un flash-back inédit, qui se concentre sur la mère d’Ellie : Anna. Il est judicieux qu’elle soit incarnée par l’actrice d’Ellie, dans le jeu vidéo : Ashley Johnson. Il y a aussi un hommage à la comédienne de doublage française d’Ellie, dans le jeu, puisque la VF est assurée par Adeline Chetail. L’idée de faire apparaître Anna ne surgit pas de nulle part dans la mesure où il avait été envisagé de produire un DLC voir un spin-off sur la mère d’Ellie, dans les jeux vidéo. Cela ne s’est jamais concrétisé, du moins jusqu’à l’arrivée de ce flash-back, dans l’épisode 9. On apprend ainsi qu’Anna était sur le point d’accoucher avant d’être mordue par un infecté. Le bébé aurait donc été contaminé par l’intermédiaire du cordon ombilical. J’ignore si cela est vraisemblable, mais, de toute façon, je considère qu’il n’était pas nécessaire d’expliquer pourquoi Ellie était immunisée. Au reste, il demeure satisfaisant de faire la rencontre de sa mère, de comprendre sa relation avec Marlene, qui l’a achevée avant de recueillir Ellie ; et surtout d’assister à une scène assez émouvante. Notons qu’il ne s’agit pas du seul clin d’œil de l’épisode. En effet, l’une des infirmières qui s’apprête à opérer Ellie, chez les Lucioles, est incarnée par Laura Bailey. Il s’agit de l’actrice prêtant sa voix à Abby, dans The Last of Us Part II. Les connaisseurs et connaisseuses de l’histoire sauront qu’il s’agit d’une référence très subtile et fort bien placée.

Si l’épisode 8 se concentrait sur Ellie, l’épisode 9 suit davantage le point de vue de Joël. Force est de constater que, en dépit de passages survolés, la qualité de l’écriture et celle du jeu de Pedro Pascal rendent Joël merveilleusement ambivalent. Ainsi, il est extrêmement touchant dans la première partie de l’épisode. Il se conduit comme un père avec Ellie, à qui il tente de rendre le sourire. Après le passage des girafes, il est perceptible qu’il redoute de l’amener à l’hôpital, car il craint de la perdre. Contrairement au jeu vidéo, Joël a une petite cicatrice sur le visage dont il révèle enfin l’origine à Ellie. Il admet avoir tenté de mettre fin à ses jours, juste après la mort de sa fille. Ellie lui répond alors que le temps guérit toutes les blessures, mais Joël n’est pas de cet avis. Il sous-entend clairement que c’est la jeune fille qui lui a permis de guérir. L’amour qu’il porte à Ellie n’est pas totalement désintéressé car elle lui permet de finir son deuil, mais il n’en est pas moins puissant. Joël semble bien vulnérable et en proie à des sentiments très forts pour elle. On en éprouve une empathie d’autant plus affirmée pour lui. Et pourtant, la deuxième partie de l’épisode parvient à le montrer sous un tout autre jour. Lorsqu’il décide de porter secours à Ellie, Joël s’empare d’une arme et tue les Lucioles dans l’hôpital, à tour de bras. La scène est brève mais la mise en scène extrêmement percutante. Joël tue ses ennemis de façon impitoyable, même lorsqu’il sont désarmés ou tentent de se rendre. Les gros plans sur les Lucioles sans vie les désignent comme les victimes de l’histoire. La réorchestration sourde du thème musical rend la tuerie encore plus mélancolique. Joël a l’air d’un tueur de masse impitoyable, et non plus du protagoniste de l’histoire. Il n’a pas plus de pitié face au chirurgien, qu’il tue d’une balle dans la tête ; ni face à Marlene, qu’il achève afin qu’elle ne pourchasse pas Ellie. Enfin, lorsqu’ils se dirigent vers Jackson, Joël parle avec enthousiasme de Sarah, signe qu’il a enfin terminé son deuil, mais aussi qu’Ellie ne sert peut-être qu’à combler un vide. Pire que tout, il persiste à lui mentir, même quand elle lui demande de jurer de dire la vérité.

En dépit de l’absence handicapante des infectés, la série a capturé l’essence du jeu vidéo en explorant toutes ses thématiques. The Last of Us est une histoire d’amour entre une fille qui se construit et un homme esseulé qui, après avoir perdu son enfant, tente de faire son deuil, en veillant sur une adolescente. Comme le jeu, la série explore ce qu’il y a de plus monstrueux dans l’humanité, y compris lorsqu’il est question des héros. Et surtout, elle confronte les téléspectateurs et téléspectatrices à un dilemme. Qu’aurions-nous fait à la place de Joël ? Serions-nous prêt(e)s à renoncer à la personne que nous aimons le plus et à revivre un traumatisme dans l’espoir de sauver l’humanité ? D’ailleurs, le remède était-il vraiment viable ? Ou au contraire, aurions-nous choisi d’être justes envers et contre tout ? Aurions-nous été capables de tuer pour notre enfant ? Serions-nous prêt(e)s à mentir ? C’est sur ces interrogations que la série – comme le jeu – s’arrête brutalement. Joël a pris des décisions terribles et Ellie doit les subir, en dépit de son syndrome de la survivante et de ses propres convictions. C’est pourquoi l’histoire s’arrête de façon brutale, sur les notes de The Path. The Last of Us n’a jamais prétendu fournir des réponses, mais simplement nous confronter aux travers de l’humanité, repoussée dans ses pires retranchements.

Épilogue

L’histoire n’est de toute façon pas finie, puisque la saison 2 a déjà été confirmée. Les créateurs de la série ont assuré qu’il faudra plus d’une saison pour adapter The Last of Us Part II. Il semblerait aussi qu’ils envisagent de montrer plus d’infectés, à l’écran. En ce qui me concerne, je suis très impatiente de découvrir la suite de cette adaptation. En débit du manque de surprises, et surtout d’infectés, j’ai passé un excellent moment devant chaque épisode de la saison 1. La mise en scène, la qualité d’écriture et le jeu subtile des comédiens et comédiennes ont rendu l’histoire aussi prenante et bouleversante qu’on pouvait l’espérer. Les décors, les maquillages et la bande originale sont loin d’être en reste. Il s’agit donc presque d’un sans-faute pour cette adaptation d’HBO. Si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie vers les analyses des jeux The Last of Us Part I et II.

The Last of Us (HBO) | Épisodes 6 & 7

Toutes les deux semaines, nous nous retrouvons pour l’analyse des nouveaux épisodes de The Last of Us, série produite par HBO. Vous pouvez d’ailleurs (re)découvrir les articles sur les épisodes 1, 2 et 3, 4 et 5, sur le blog. Aujourd’hui, penchons-nous sur les épisodes 6 et 7, non sans spoilers.

Épisode 6 : « Kin »

Cheminement dans le jeu

Le sixième épisode de The Last of Us débute par un flash-back, remontrant la fin de l’épisode précédent. Toutefois, le montage est différent et bien plus fidèle au jeu original. Après la mort d’Henry, l’écran devient brutalement noir. Cela amène une ellipse temporelle, car Joël et Ellie vont faire un bout de route avant d’arriver à leur prochaine destination. On constate que l’hiver a débuté. L’épisode 6 est une adaptation des chapitres 7 et 8 du jeu vidéo. Dans celui-ci, Joël conduit Ellie au barrage hydroélectrique, avant de découvrir que son petit frère Tommy y a élu domicile. Joël aide le groupe à défendre le barrage face à une horde d’humains armés jusqu’aux dents. Après quoi, Ellie apprend que Joël souhaite la confier à Tommy. La jeune fille décide ni plus ni moins de fuguer. Joël et Tommy enfourchent chacun un cheval afin de partir à la recherche d’Ellie, qu’ils retrouvent dans un ranch. C’est là qu’Ellie confie à Joël qu’elle a peur d’être abandonnée et qu’il rétorque qu’elle n’est pas sa fille. S’ensuit une nouvelle séquence de gunfights, car dans The Last of Us, on n’est jamais tranquilles. Joël change finalement d’avis et conduit lui-même Ellie à la faculté, dans une séquence plus longue que dans la série. L’exploration de l’université est relativement dense, car certains bâtiments abritent des infectés et mêmes des colosses. Le duo finit par comprendre que les Lucioles ont déserté les lieux. Malheureusement, une armée d’hommes les attaquent et suite à une mauvaise chute, Joël a la hanche empalée. C’est donc à Ellie de l’extraire de cette épineuse situation. Maintenant que nous avons fait un rappel du cheminement dans le jeu, une évidence apparaît. De nombreux passages ont été coupés, et il ne s’agit quasiment que de scènes d’action.

Une absence de violence ?

Le manque d’action et de violence est une critique qui devient redondante, notamment sur les réseaux sociaux. Il est vrai que les séquences de combats sont toutes, ou presque, passées sous silence. Lorsqu’il y en a, les ennemis sont nettement moins nombreux que dans le jeu vidéo. Certains regrettent l’apparition d’ennemis ou d’infectés, car on ne se rend pas compte à quel point le monde est devenu dangereux et mortel. Selon eux, le périple de Joël et Ellie paraît trop facile ou ennuyeux, et cela a un impact sur l’émotion de certaines scènes. Je dois admettre qu’il est humain de regretter de ne pas voir telle ou telle scène transposée à l’écran. Bien que je ne sois pas férue d’action, j’admets moi-même que la violence est encore moins présente que je ne l’imaginais. Il était même un peu frustrant de voir Joël se faire neutraliser par aussi peu d’hommes, à l’université. D’ailleurs, cette diminution de la violence se confirme dans l’épisode suivant, où Riley et Ellie ne sont attaquées que par un seul infecté. C’est carrément minimaliste. Mais en y réfléchissant… On reproche depuis des années au cinéma et aux séries de mettre l’accent sur des scènes d’action épileptiques, qui ne laissent aucune place à la psychologie des personnages ni l’émotion. Le meilleur parallèle à faire et probablement avec les nombreuses adaptations de Resident Evil, qui furent toutes des échecs. Pour The Last of Us, je préfère de loin être légèrement frustrée par un manque de violence, que déçue par une éventuelle abondance. Et puis, rappelons que le jeu lui-même raconte avant tout une histoire d’amour entre une fille et son père de substitution. Il est bien naturel que la série se focalise sur les liens entre les personnages. Pour finir, bien qu’ils soient peu présents et nombreux, les adversaires humains et infectés sont – à chaque fois – dévastateurs. Ils sont synonymes de blessures, de morsures voire de mort pour les personnages principaux. De fait, ils sont d’autant plus menaçants et on imagine sans mal que, face à une horde d’ennemis, Joël et Ellie n’auraient aucune chance. La série est nettement plus réaliste que le jeu et son intention est tout simplement de se concentrer sur la nostalgie, l’amertume et les amours brisés au sein d’un monde post-apocalyptique. C’est une vision artistique que je soutiens amplement et puis, qui sait ? Les deux derniers épisodes de la série pourraient nous surprendre.

Une adaptation fidèle et émouvante

Mais concentrons-nous sur l’épisode 6. Le fil rouge de l’histoire demeure sensiblement le même. Ellie et Joël parviennent au barrage hydroélectrique, et nous assistons aux retrouvailles avec Tommy. Celui-ci ne donnait plus de signe de vie à son frère car il a refait sa vie, au sein d’un nouveau groupe, où il s’est marié avec Maria. D’ailleurs, celle-ci apprend par mégarde à Ellie que Joël avait une fille. Ellie réalise ensuite que Joël veut la confier à Tommy. L’adolescente ne fugue pas mais confronte Joël, de la même manière que dans le jeu vidéo. Ils partent ensemble à l’université, où ils trouvent plus de singes que de Lucioles. L’épisode s’arrête sur la blessure de Joël. Les points forts de « Kin » sont les mêmes que ceux des épisodes précédents. La série se concentre sur la relation entre Joël et Ellie. Cela est extrêmement bien joué, parfois drôle, et surtout émouvant. L’adaptation met peut-être plus l’accent sur leur espoir de trouver un vaccin, pour changer le monde. Je me dois aussi de saluer la reprise des morceaux instrumentaux de Gustavo Santaolalla. C’était un plaisir d’entendre la réorchestration de The Path, d’autant plus que cela accompagnait des plans magnifiques sur les paysages enneigés.

Le développement de Joël

Au cours des premiers épisodes, j’avais sans doute plus de sympathie pour Ellie que pour Joël. J’admets que la balance commence à pencher. Je sais qu’Ellie est en pleine crise d’adolescence, mais elle est parfois gratuitement vulgaire et insolente, au point de sembler caricaturale. Au contraire, Joël commence à révéler son vrai visage. Je regrettais son absence d’émotion. Il est vrai que le fer a mis du temps à plier, mais c’était pour mieux se briser. Tout au long de l’épisode, Joël est victime de malaises qui pourraient s’apparenter à des crises d’angoisse. On sent qu’il est lourdement éprouvé et surtout traumatisé par tout ce qu’il traverse depuis vingt ans. Par-dessus tout, il commence à se faire un sang d’encre pour Ellie. Non seulement il est très attaché à elle, mais il ne supporterait sans doute pas de voir l’histoire se répéter. La mort d’Ellie lui rappellerait trop celle de Sarah, dont il n’a clairement toujours pas fait le deuil. On sent que le fantôme de sa fille hante ses pensées. A Jackson, il aperçoit une jeune femme qui a la même coiffure que Sarah et il se projette. A quoi aurait ressemblé sa fille si elle était devenue adulte ? Serait-il grand-père ? Cela est d’autant plus douloureux qu’il apprend que Tommy aura lui-même un enfant. Il s’agit d’ailleurs d’un petit rajout inédit, par rapport au jeu vidéo, sans doute pour appuyer sur la corde sensible. Il en va de même pour le film projeté aux enfants de Jackson. Il s’agit d’un long-métrage avec Richard Dreyfuss, appelé « The Goodbye Girl ». Un titre évocateur. Joël finit par se confier à Tommy, face auquel il paraît particulièrement vulnérable. La prestation de Pedro Pascal est incroyable et très émouvante. Il semble encore plus attaché à Ellie que dans le jeu, dans le sens où il insiste sur le fait qu’il veut la quitter car il ne se sent plus physiquement capable d’assurer sa sécurité. Naturellement, il va changer d’avis, car Ellie est elle aussi très attachée à lui. L’alchimie entre les deux personnages fonctionne et le développement psychologique de Joël est juste parfait.

Tampons et coupe menstruelle

Autre détail inédit, et je n’aurais jamais cru m’appesantir dessus : Maria donne une coupe menstruelle à Ellie. C’est très anodin, et pourtant on peut se demander pourquoi la série s’arrête sur les tampons, puis là-dessus. C’est probablement parce qu’elle a été produite après le COVID, où l’on s’est rendus compte que, en cas de crise sanitaire, certaines choses anodines pouvaient se révéler bien plus problématiques qu’on ne l’imaginait. De plus, il est finalement rare qu’une jeune fille soit le personnage principal d’une série d’action post-apocalyptique, et que, surtout, on parle ouvertement de sa puberté comme de celle des garçons. Le film d’animation Pixar Alerte Rouge a beaucoup fait parler de lui car il était l’un des premiers à aborder ouvertement la question des règles chez les jeunes filles. Et il est sorti en… 2022. Il y a donc encore une longue route à faire pour briser un tabou qui n’a pas lieu d’être, puisqu’il concerne… la moitié de l’humanité. Enfin, on aurait pu craindre un anachronisme. En Europe, on voit apparaître la coupe menstruelle dans les années 2000, et en ligne. C’est donc après la date de l’apocalypse de The Last of Us. Il faut même attendre 2016 pour que des coupes menstruelles fassent leur apparition dans les grandes surfaces françaises. Et pourtant, non seulement la coupe existe sous différentes formes depuis les années 30, mais elle est utilisée aux États-Unis depuis la fin des années 80. Il est incroyable de constater combien on peut mettre de temps pour importer des alternatives aux serviettes ou aux tampons hygiéniques. Une fois encore, c’est dire combien on apporte d’importance à la modeste moitié de l’humanité. Passons.

Des références à The Last of Us Part II

Pour finir, l’épisode 6 de The Last of Us fourmille de références envers The Last of Us Part II. On sent clairement le terrain se préparer pour la deuxième saison de la série, et c’est plutôt appréciable. Pour commencer, on voit comment fonctionne Jackson, la ville près du barrage hydroélectrique. Tommy annonce à Joël et Ellie qu’ils y seront toujours les bienvenus. Lorsque Joël et Ellie mangent, ils sont épiés par une adolescente cachée derrière un pilier, ce que Ellie prend très mal. Pour beaucoup, il s’agit certainement de l’apparition fugace de Dina, qui deviendra la petite amie d’Ellie, dans The Last of Us Part II. Notre héroïne fait d’ailleurs la rencontre d’un certain cheval appelé Paillette. Lorsque Joël se projette dans l’avenir, il imagine élever des moutons. Il s’agit d’un running gag car Ellie va beaucoup se moquer de lui. Et pourtant, la ferme avec des moutons est aussi un lieu clé de la Part II. Enfin, Maria met clairement Ellie en garde contre les personnes à qui elle donne sa confiance. Car il n’y a qu’elles qui pourront la trahir. L’avertissement n’est pas à prendre à la légère, mais je n’en dirai pas davantage, évidemment.

Épisode 7 : « Left Behind »

Comme son nom l’indique, l’épisode 7 est inspiré du DLC de The Last of Us. Il s’agissait d’une aventure brève qui mettait en parallèle le moment où Ellie prenait soin de Joël, et celui où, dans le passé, elle explorait une galerie avec Riley. Le lien était tissé par le fait qu’Ellie cherchait une trousse de secours dans un centre commercial, où elle avait dissimulé Joël. Ce n’est pas le cas dans la série, où le flash-back paraît donc plus déconnecté. Il relate tout de même très fidèlement le passé d’Ellie.

Une adaptation du DLC Left Behind

En effet, on apprend qu’Ellie a grandi dans une école militaire où elle était amie avec Riley, incarnée par Storm Reid. Or, sa meilleure amie a disparu depuis quelques semaines. Et pour cause, elle a rejoint le mouvement des Lucioles. Riley décide de rendre visite à Ellie une nuit, et après quelques sauts sur les toits, elles se retrouvent dans la galerie d’un centre commercial, où elles vont profiter des vestiges du passé. De nombreuses scènes évoquent l’extension du jeu vidéo, qu’il s’agisse du carrousel, du photomaton ou de la salle d’arcade. Détail inédit, Ellie et Riley y jouent désormais à Mortal Kombat. On retrouve le livre de blagues, la boutique de déguisement… Les deux jeunes filles s’amusent comme des enfants, se découvrent comme des adolescentes, et ont aussi des discussions plus matures et plus graves, comme lorsque Riley annonce son départ, provoquant une dispute. Ellie finit tout de même par se réconcilier avec elle et même par l’embrasser. L’alchimie entre les deux jeunes actrices fonctionne très bien, et comme toujours, la relation montrée à l’écran est émouvante ; d’autant plus que les adolescentes sont rapidement agressées par un infecté. Toutes deux mordues, elles s’abandonnent à leur triste sort. Riley se sait condamnée. Ellie ignore encore qu’elle est immunisée. C’est alors que l’épisode bascule dans le présent, où la jeune fille se décide à recoudre la blessure de Joël. L’intrigue peut reprendre son cours. Left Behind est une parenthèse, tant au niveau temporel que spatial. L’épisode semble à part, car il se déroule dans un bunker. L’ambiance est inhabituelle et colorée, grâce aux néons du magasin. Bien sûr, cela n’empêche pas l’épisode de transpirer la nostalgie et la mélancolie.

De nombreuses références

J’ai, pour ma part, été particulièrement réceptive à la bande originale. On commence par une reprise emplie d’amertume de The Path, au début, lorsqu’on voit Joël blessé. Peu après, Ellie s’amuse sur l’escalator au rythme de Take on Me, du groupe A-ha, dont elle possède d’ailleurs une cassette dans sa chambre. Take on Me est une chanson reprise par Ellie, dans The Last of Us Part II. Enfin, l’épisode se termine avec le thème du DLC Left Behind, qui est assez sensationnel. Comme toujours, de multiples références sont cachées, ici et là. Dès le début de l’épisode, le porte-clé sur le bureau contient le logo de Naughty Dog, studio de développement à l’origine des jeux The Last of Us. La galerie du centre commercial affiche de nombreuses publicités, à commencer par l’affiche du film fictionnel Dawn of the Wolf, dont on retrouvait déjà les posters dans le jeu vidéo initial. Les dernières références sont presque toutes dans la chambre d’Ellie. On apprend que l’adolescente est amatrice de dinosaures et de voyages spatiaux, en hommage à deux séquences de The Last of Us Part II. On y trouve aussi le comics dont elle est fan ou le livre de blagues. Bref, cet épisode permet d’appendre à mieux connaître Ellie.

Le développement d’Ellie

Bien que j’aime autant le personnage d’Ellie que la performance de Bella Ramsey, je dois admettre que certaines facettes de son comportement me laissaient perplexe. Pourquoi toute cette colère et cette vulgarité ? Pourquoi cette fascination pour la mort ou pour les armes à feux ? Heureusement, Left Behind explore toutes les facettes du caractère d’Ellie et permet enfin de les relier. Dans ce monde post-apocalyptique, Ellie – à l’instar de Riley – est une enfant soldat. Elles ont côtoyé la mort très tôt et sont passées à côté de leur enfance. On les a incitées à s’entraîner, soit pour devenir leader, soit pour obtenir un poste peu reluisant. D’ailleurs, c’est ce qui pousse Riley vers les Lucioles. (Fait inédit, elle est en poste dans le centre commercial, où elle surveille l’artillerie). Et précisément parce qu’on les a privées de leur enfance, Ellie et Riley vont s’amuser et s’émerveiller de tout, au sein de la galerie. Elles vont aussi découvrir les premiers émois amoureux, car elles deviennent des femmes. Lorsqu’Ellie contemple la vitrine de la lingerie, on sent déjà qu’elle ressent quelque chose pour Riley mais aussi qu’elle s’interroge sur son propre corps. De toute évidence, tout cela fait beaucoup à encaisser pour une si jeune fille, qui se laisse parfois aveugler par la colère. Enfin, Ellie joue les dures à cuir pour cacher sa vulnérabilité. Tandis que Joël a été traumatisé par la mort de sa fille, Ellie l’a été par celle de Riley. La peur de l’abandon de chacun d’entre eux rendra le duo d’autant plus indestructible.

Finalement, les épisodes 6 et 7 se complètent. Le premier développe la psychologie de Joël, tandis que le second permet de mieux cerner Ellie. On ne doute plus de leur duo indéfectible. On a parfois souri. On a surtout été émus. Comme depuis le début de cette série, il me tarde de découvrir la suite. Il ne reste plus que deux épisodes, qui devraient se focaliser sur les trois derniers chapitres du jeu, ainsi que l’épilogue. On se retrouve donc dans deux semaines pour parler des épisodes 8 et 9 de The Last of Us.

The Last of Us (HBO) | Épisodes 4 & 5

Comme vous le savez, je suis une très grande fan des jeux The Last of Us, dont vous pouvez retrouver une analyse de chaque opus (Part I et II), sur le blog. Il va de soi que j’attendais l’adaptation HBO au tournant. Après une entrée en matière sur des chapeaux de roues, avec un pilote particulièrement fidèle, puis des épisodes 2 et surtout 3 qui osent l’originalité ; The Last of Us revient avec les épisodes 4 et 5, dont nous allons débuter l’analyse tout de suite. Attention aux spoilers !

Rappel du cheminement du jeu

Les épisodes 4 et 5 de la série vont de pair car ils racontent le même arc narratif. Il s’agit de l’équivalent, dans le jeu, des chapitres 5 et 6, intitulés « Pittsburgh » et « La Banlieue ». Il s’agissait de passages très longs, en raison d’un nombre considérable d’adversaires, qu’ils soient humains ou infectés. Joël éliminait des ennemis à tour de bras avant de devoir explorer un hôtel avec Ellie. L’hôtel en question était un endroit crucial, car Ellie montrait à Joël qu’elle était capable de tuer pour lui, et surtout, le protagoniste se retrouvait piégé dans les sous-sols inondés de l’immeuble, où il lui fallait rallumer un générateur pour s’évader. Ce niveau en huis clos est probablement la source du traumatisme de nombreux joueurs et joueuses car infectés et Colosses se ruaient alors sur Joël. Le duo dézinguera pas mal d’autres types dans le Quartier des affaires avant de faire la rencontre d’Henry et Sam, avec qui ils quitteront enfin la ville. Ce n’était pas de tout repos non plus puisque la fuite dans les égouts était au moins aussi oppressante que celle de l’hôtel. Les quatre héros se retrouvaient très vite piégés par une horde d’infectés, au sein d’un nouveau huis clos. Le lotissement suivant aurait ressemblé à une promenade de santé si le quatuor n’avait pas été attaqué par une troupe de soldats, possédant un sniper puis un tank. La plupart de ces scènes d’action ont été coupées ou raccourcies. Au reste, le résultat est le même pour nos protagonistes. Maintenant que nous avons rappelé l’essentiel, nous allons pouvoir entrer dans le vif du sujet.

Épisode 4 : « S’il te plaît, tiens ma main »

L’épisode 4 de la série est véritablement une transition qui, à défaut de faire avancer l’histoire, prépare le terrain pour la suite et, par-dessus tout, renforce l’alchimie entre Ellie (Bella Ramsey) et Joël (Pedro Pascal). C’était évidemment nécessaire et crucial, puisque leur relation est au cœur de l’intrigue. Au cas où ce ne serait pas encore le cas, cet épisode renforce l’empathie que l’on peut ressentir pour Ellie. En dépit de sa fascination morbide (ou simplement immature) pour les armes à feux, Ellie est une adolescente intrépide, malicieuse et optimiste. Elle parvient à dérider Joël avec son fameux livre de blagues et cela n’est pas un mince exploit. Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, les blagues pourries d’Ellie font partie des nombreux « objets » à collectionner dans le jeu vidéo. Et les références ne s’arrêtent pas là. Alors qu’ils roulent dans la voiture de Bill, Joël et Ellie écoutent la même chanson que dans le jeu, laquelle on avait d’ailleurs entendue dans le premier teaser de la série : « Alone and Forsaken » de Hank Williams. Ellie trouve par la même occasion un magasine porno gay avec lequel elle s’empresse de taquiner Joël. Cette scène est, elle aussi, très similaire à celle du jeu.

Le duo fait ensuite face à une embuscade qui met fin à leur petit road trip. Sans surprise, les ennemis sont moins nombreux que dans le jeu vidéo. Ils sont toutefois très réactifs. Un peu trop diraient certains, comme lorsque l’homme à terre supplie Joël de l’épargner, non sans pleurs et excès. Ces réactions très humaines des ennemis abattus évoquent celles des PNJs de The Last of Us Part II. Le but est de rappeler que les vies d’êtres humains sont en jeu, et que nos protagonistes – à commencer par Joël – ne sont pas des enfants de chœur. D’autres passages évoquent le cheminement du jeu, comme lorsque les deux anti-héros sont contraints de pousser et tirer des meubles, afin de se frayer un chemin à travers des pièces en ruine. Une fois n’est pas coutume, je ne peux que souligner la beauté des décors intérieurs comme extérieurs, d’autant plus qu’ils sont bercés par la bande originale impeccable de Gustavo Santaolalla. Quant à Joël, je commence – lui aussi – à le trouver attachant. Non seulement la série le présente comme un anti-héros, mais aussi comme un homme faillible, ne serait-ce que parce qu’il a plus de 50 ans. Cela fait un bien fou de croiser un protagoniste qui a ses propres limites, et qui n’enchaîne pas les scènes d’action sans présenter le moindre signe de fatigue. Par-dessus tout, Joël parvient enfin à se dérider et à s’attacher à Ellie, même s’il prétend encore que ce n’est qu’une « livraison ». Les deux personnages sont étoffés et j’apprécie la nouvelle alchimie régnant entre eux.

Même si l’épisode se veut plus léger, car Joël et Ellie plaisantent ensemble ; il prépare aussi le terrain pour la suite. Il introduit deux personnages inédits : Kathleen, la cheffe des rebelles incarnée par Melanie Lynskey et Perry, son lieutenant joué par Jeffrey Pierce. Pour l’anecdote, sachez que ce dernier prêtait sa voix à Tommy, le frère de Joël, dans le jeu vidéo. Le personnage de Kathleen me semble très caricatural. Il s’agit d’une cheffe rebelle qui se conduit de façon aussi terrible (voire pire) que l’armée contre laquelle elle lutte : la FEDRA. Elle a au moins l’utilité d’étoffer l’histoire d’Henry, en expliquant pourquoi le jeune homme est à ce point traqué. Il serait en effet impliqué dans la mort du frère de Kathleen. Cela permet d’explorer les thématiques de la fraternité et de la vengeance avant l’heure, mais pas avec la plus grande des subtilités, il est vrai. L’autre nouveauté – et mystère – de l’épisode concerne les tremblements de terre qui semblent surgir à Kansas City (car oui, l’histoire ne se passe plus à Pittsburgh). Ces rares nouveautés sont, comme je l’ai déjà dit, pas toujours très subtiles, mais elles sont du moins utiles, tant pour développer le lore du jeu que pour préparer le terrain de l’épisode 5.

Épisode 5 : « Endure and Survive »

Sans surprise, cet épisode met l’accent sur les deux frères : Henry (Lamar Johnson) et Sam (Kevonn Woodard). On en apprend plus sur l’histoire de ces deux nouveaux personnages. L’aîné est traqué par la cheffe des rebelles de Kansas City car il les a trahis et a provoqué la mort du frère de Kathleen. Si Henry a agi ainsi, c’est pour porter secours à Sam, atteint de leucémie. En plus de souffrir de leucémie, Sam est sourd et muet. Il ne souffrait ni de cette maladie, ni de ces handicaps, dans le jeu vidéo. Je n’ai pas envie d’accuser la série de chercher à remplir des quotas ou de vouloir faire facilement pleurer dans les chaumières. Mais je peux éventuellement reprocher des facilités scénaristiques. Henry avait besoin d’une raison pour trahir les siens et fuir. Il fallait rendre Sam plus vulnérable et attachant. Une fois encore, l’adaptation peut légèrement manquer de subtilité. Ceci étant dit, la surdité de Sam apporte une ambiance et quelques scènes magnifiques, et c’était bien l’effet recherché. Pour commencer, l’épisode est plus silencieux et permet de savourer les compositions de Gustavo Santaolalla. Ensuite, on angoisse pour Sam, qui n’entend rien dans un monde où le moindre bruit peut alerter un Claqueur. (Malheureusement, ce contraste n’est guère exploité). Mais le plus intéressant demeure l’ardoise magique dont se sert Sam pour s’exprimer. Cela entraîne quelques échanges remarquables, et une scène finale iconique. Sourd ou non, Sam est de toute façon adorable, non seulement grâce à son interprète mais aussi grâce à l’iconographie des super-héros qui l’enveloppe, tout au long de l’épisode. Le petit garçon est féru de justiciers, c’est pourquoi il en dessine partout. Pour l’encourager, Henry utilise du maquillage rouge pour peindre un masque sur le haut de son visage. La mise en scène fait encore preuve d’astuce car le même masque rouge se reflète sur le regard d’Henry, lorsque celui-ci surveille ce qu’il se passe dehors, avant de sortir de leur cachette. La thématique des super-héros ne s’arrête pas là, puisqu’un nouveau collectible du jeu fait son apparition. Il s’agit du comic book « Savage Starlight ». Ellie et Sam en sont fans, ce qui renforce leur amitié. Qui plus est, la citation de la bande-dessinée « Endure and Survive » donne son titre à l’épisode. Cette iconographie du super-héros n’est pas seulement présente pour sublimer Sam ou pour illustrer son amitié avec Ellie. Elle en dit long sur Ellie elle-même. Contrairement au jeu vidéo, Ellie révèle à Sam qu’elle est immunisée lorsqu’elle apprend qu’il a été mordu. Elle essaie de le sauver en appliquant sur sa morsure, son propre sang. Bien que cette tentative de sauvetage se solde par un échec, cela montre qu’Ellie a l’âme d’une sauveuse. C’est non seulement malin mais aussi très utile pour la suite des épisodes.

Cet épisode met aussi l’accent sur Henry, l’aîné. Son profil est davantage mis en parallèle avec celui de Joël. Tous deux veillent sur un enfant bien qu’ils ne soient pas leur père respectif. Ils sont prêts à tout pour défendre l’enfant en question, même si cela n’a aucun sens, comme se plaît à le souligner Kathleen. Comme vous le savez, je ne porte pas la cheffe des rebelles dans mon cœur. En pleine scène d’action, celle-ci entre dans un monologue de méchant, où elle explique ce parallèle sans subtilité, au cas où cela n’était pas suffisamment explicite. Heureusement, elle se fait vite dévorer par une petite infectée affamée. Je ne semble guère tendre face aux manques de subtilité mais je maintiens que The Last of Us est – jusqu’à présent – une adaptation très intelligente et solide. D’ailleurs, cet épisode 5 est excellent en tout point. Non seulement il parvient à rendre attachants des personnages inédits en à peine une heure, mais il sublime certains passages du jeu vidéo. Les scènes d’action et d’effroi sont plus rares, mais diablement plus marquantes ! Comme dans le jeu, Joël, Henry, Ellie et Sam décident de fuir la ville en passant par les tunnels. Bien que les décors soient très fidèles à ceux du jeu, ils n’y rencontrent aucun infecté. En revanche, la scène d’action de la banlieue est non seulement respectée, mais carrément intensifiée.

Le quatuor est pris pour cible par un sniper, que Joël s’empresse de neutraliser. Nos héros sont ensuite attaqués par les rebelles qui ne sortent pas de nulle part, puisqu’ils ont été introduits, dès l’épisode précédent. Alors que tout semble perdu pour eux, le tremblement de terre se fait de nouveau sentir et… un raz-de-marée d’infectés se jette sur les humains. Cette scène est très impressionnante visuellement, et emplie de tension. Non seulement les maquillages de Barrie Gower (Game of Thrones) sont très crédibles, mais la mise en scène apporte une plus-value, comme lorsqu’Ellie se retrouve prisonnière d’une voiture avec la petite infectée. Cela soit dit en passant, cet épisode permet d’avoir un aperçu des différents stades de l’infection. Un humain qui vient d’être contaminé devient un Coureur. Lorsque le champignon mûrit sur son visage, il devient un Rôdeur. Il peut alors se montrer plus sournois et agile. Le stade 3 de l’infection est le Claqueur, aveugle mais mortel. Et enfin vient le Colosse, qui semble protégé par une armure. Comme dans le jeu vidéo, il ne fait qu’une bouchée de ceux qui ont le malheur de se trouver sur son chemin. Au revoir Perry. On a trop peu vu le Colosse à mon goût, mais il n’en a pas moins marqué les esprits. En dépit de l’urgence de la scène, ni Joël ni la narration ne perdent le nord. Joël, armé de son sniper, n’a qu’une obsession : celle de protéger Ellie. C’est pourquoi cette scène d’action était non seulement haletante mais aussi virtuose.

Une fois n’est pas coutume, la fin de l’épisode est crève-cœur. Sam et Ellie ont une ultime discussion, où elle lui apprend qu’elle est terrorisée par l’idée de se retrouver seule, ou abandonnée. Sam ayant été mordu, il se transforme, dès le lendemain matin. Voyant qu’il s’en prend à Ellie, Henry lui tire dessus et le neutralise. Incapable d’accepter son geste, il se suicide en se tirant une balle dans la tête. Alors que la scène du jeu vidéo s’arrêtait brutalement, la série choisit de montrer la réaction d’Ellie, ainsi que l’enterrement des deux frères. Cela est moins percutant, mais probablement plus touchant. Ellie utilise l’ardoise magique de Sam pour décorer sa tombe et présenter ses excuses. Non seulement cela fait référence à la tombe d’un enfant que Joël et Ellie croisent, peu avant le barrage de Tommy, dans le jeu vidéo ; mais cela démontre aussi qu’Ellie considère qu’elle a échoué dans sa mission de super-héroïne. Elle risque aussi fort de souffrir du syndrome de la survivante. Il y a une fois encore beaucoup à dire sur cette adaptation, certes non exempte de défauts, mais tout de même extrêmement solide et bouleversante.

A suivre…

Bien que je me plaise à souligner quelques défauts et que la série amène trop peu d’effets de surprise à mon goût, je passe un excellent moment devant chaque épisode. Cela faisait longtemps que je n’attendais pas la suite d’une série, avec autant d’impatience. Et puis, objectivement, il ne faut pas douter qu’il s’agit de l’adaptation d’un jeu vidéo la plus respectueuse que nous ayons eue, jusqu’à présent. On se retrouve donc dans deux semaines pour parler des épisodes 6 et 7 de The Last of Us. Alors qu’il reste la moitié du jeu à adapter (6 chapitres de durée très variable, ainsi que le DLC « Left Behind ») ; la série ne compte plus que 4 épisodes devant elle. Au vu des titres ayant été annoncés, je ne doute pas qu’elle parviendra à finir de raconter l’histoire du premier jeu, et qu’elle le fera très bien.

The Last of Us (HBO) | Épisodes 2 & 3

Il y a deux semaines, je vous avais partagé mon avis et mon analyse concernant le premier épisode de The Last of Us, adapté par HBO. Deux épisodes sont sortis depuis. Le deuxième s’intitule « Infecté » et le troisième « Long long time. » Or, la série prend une direction très différente de ce qu’on pouvait imaginer. Gare aux spoilers !

Épisode 2 « Infecté » : Un conte macabre

Le deuxième épisode de la série reprend le fil rouge du troisième chapitre du jeu, intitulé « Périphérie ». Après avoir quitté la zone de quarantaine, Tess, Joël et Ellie se retrouvent en plein cœur de la ville. Ils devront traverser le musée abandonné afin de rejoindre le Capitole, où un groupe de Lucioles est supposé attendre l’adolescente. La série fait l’impasse sur de nombreuses phases de gunfights, à commencer par celles contre les êtres humains ; et c’est bien naturel. Je n’ai certainement pas envie de voir une adaptation qui enchaîne les scènes d’action, et il est plus intéressant de prendre le temps d’introduire les infectés, comme premiers adversaires à abattre. Non seulement cela permet d’installer une ambiance, mais les amateurs du genre post-apocalyptique savent pertinemment que les humains sont finalement les ennemis les plus dangereux. Il ne sert à rien de les faire intervenir trop vite. Comme le dit l’adage, rien ne sert de courir ; il faut partir à point. En dehors de ce changement dû au médium, le fil rouge de l’histoire est scrupuleusement respecté. Le pilote laissait déjà supposer que la série serait extrêmement fidèle. Cela se vérifie par la bande originale et certains plans, mimant ceux du jeu. Ce respect s’exprime aussi à travers certaines lignes de dialogue, comme lorsqu’Ellie demande à Tess et Joël si certains infectés lancent des projectiles acides ou ressemblent à des chauve-souris. Il s’agit de références évidentes à divers ennemis des jeux. A ce rythme, il devient plus que probable que chaque épisode corresponde plus ou moins à un chapitre du jeu. Cela n’a rien de surprenant dans la mesure où la saison est supposée adapter l’ensemble du premier titre. En revanche, bien qu’une saison 2 soit effectivement en préparation, elle ne devrait pas englober l’ensemble des événements de The Last of Us Part II, dont l’histoire est nettement plus longue.

Non seulement The Last of Us est une série fidèle, mais c’est aussi une production de qualité. Le travail effectué sur la mise en scène se traduit par des plans magnifiques, comme celui où Ellie se repose dans les décombres, baignée de lumière. Les décors, tout en étant réalistes, retranscrivent à merveille l’ambiance du jeu. Et il en va de même pour les maquillages et effets spéciaux, clairement bluffants. L’autre grand atout de l’adaptation réside dans le développement des personnages et la façon dont ils sont interprétés par les comédiens et comédiennes. Anna Torv donne vie à une Tess aussi ferme et aguerrie qu’on pouvait l’imaginer. Le sacrifice de Tess a une importance capitale dans la mesure où sa dernière volonté est de demander à Joël de conduire Ellie en sécurité. Bella Ramsey est – malheureusement – décriée sur les réseaux sociaux pour son apparence physique. C’est plus écœurant que surprenant, mais cela ne retire rien à son jeu d’actrice. Elle incarne une Ellie plus vraie que nature, et ce avec beaucoup de subtilité. Elle parvient à la rendre rebelle et taquine, sans devenir irritante. Ellie déborde d’enthousiasme car elle découvre littéralement le monde. Certains échanges sont d’ailleurs très drôles, à commencer par le running gag sur les sandwichs. Mais cela ne l’empêche de dévoiler, très subtilement, des blessures secrètes. A vrai dire, bien que j’aime beaucoup Pedro Pascal, je trouve Joël nettement moins nuancé pour le moment. Il ne fait aucun effort avec Ellie, ce qui est normal, mais peut-être est-il parfois trop puéril, lorsqu’il la remballe comme s’il était lui-même un adolescent. Il ne manifeste pas non plus de grands témoignages d’émotion ni de tristesse ; mais il est possible que Pedro Pascal nous réserve son grand jeu pour les derniers épisodes. En tout cas, il est vrai que la froideur de Joël et la fidélité extrême du scénario font que – jusqu’à cet épisode 2 – j’éprouve un certain détachement vis-à-vis de la série.

L’épisode 2 demeure tout de même d’excellente facture. Il est très enrichissant de voir le lore du jeu se développer, aussi sûrement que les vrilles d’un champignon sur la steppe. Car oui, les infectés sont connectés, ce qui expliquerait que plusieurs d’entre eux se ruent sur une cible, dès qu’elle est repérée ou qu’elle a le malheur de produire des pulsations, au mauvais endroit. Le principal approfondissement réside dans le flash-black présent au début de l’épisode. On y rencontre une scientifique, catégorique sur le fait que la mutation du Cordyceps ne connaît aucun remède, et signe irrémédiablement la fin de l’humanité. Plus surprenant encore, l’épisode 2 impose son propre registre et sa propre tonalité, comme si – en dépit du fil rouge –, chaque épisode allait avoir sa personnalité. La grande vedette d’ « Infecté » est évidemment le Claqueur, que l’on voit pour la première fois. La scène du musée, par sa tension et ses jeux d’ombre, est brillamment mise en scène. Non seulement le maquillage du Claqueur est très convaincant, mais tout dans les bruitages ou les mouvements saccadés de l’interprète, éveille le malaise et l’angoisse. Ce deuxième épisode s’intègre dans le genre horrifique, tout en possédant sa part de poésie. Le gros plan sur la marre, qui regorge de canards et où une grenouille bondit sur les touches d’un piano, est probablement une piste de lecture. La mort de Tess ne se déroule pas exactement comme dans le jeu vidéo. Après avoir été mordue, celle-ci se sacrifie. Or, elle ne lutte pas contre des hommes ; elle fait face à une horde d’infectés. L’un d’entre eux s’approche d’elle avant d’essayer de la contaminer, en lui donnant un baiser mortel. Cette scène m’a pris au dépourvu et m’a laissé perplexe, mais en revisionnant l’épisode, l’intention paraît plus logique. « Infecté » a tout du conte de fées macabre.

Épisode 3 « Long long time » : Les contemplations

C’est – à mon sens – avec l’épisode 3 que The Last of Us prend une nouvelle direction et commence à montrer ce qu’elle a vraiment dans le ventre. « Long long time » correspond au chapitre 4 du jeu « La ville de Bill ». Joël et Ellie sont supposés retrouver Bill qui les aide normalement à traverser le cimetière puis le lycée, dans le but de trouver un véhicule en état de marche. Dès le chapitre 4, les joueurs et joueuses découvraient une nouvelle forme d’infecté. Le Bill du jeu est un survivaliste, qui n’apprécie guère Joël, et encore moins Ellie. Celle-ci découvre son homosexualité mais le sujet est seulement effleuré. En effet, on s’aperçoit que le partenaire de Bill, Frank, vient de le quitter. On retrouve d’ailleurs la dépouille de Frank, pendu, à la fin du chapitre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la série n’emprunte pas du tout ce cheminement. Certes, Ellie et Joël arrivent dans la ville de Bill. D’ailleurs, l’adolescente s’enthousiasme, comme dans le jeu, pour une borne d’arcade. Mais la fidélité du scénario s’arrête là. L’épisode préfère retourner en 2003, pour suivre le déroulement de l’épidémie puis de la vie post-apocalyptique, depuis le point de vue de Bill. Il s’agit d’un véritable récit enchâssé, s’étendant sur plusieurs années. On apprend que Bill était un loup solitaire avant de faire la rencontre de Frank. Les deux hommes tombèrent aussitôt amoureux et décidèrent de faire leur vie ensemble. Las de l’isolement, Frank fit la rencontre de Tess, à travers un signal radio. C’est ainsi que Joël devint – bon gré mal gré – « l’ami » de Bill. La ville de Bill ressemble à un vase clos, bien qu’elle soit parfois prise d’assaut par des infectés ou des pilleurs. Les deux hommes vieillissent ensemble, mais la santé de Frank finit par décliner ; si bien qu’il demande à Bill un suicide assisté. Fou de chagrin, Bill décide de partir avec lui. Lorsque Joël et Ellie arrivent, les deux hommes sont déjà morts. C’est un changement radical avec l’histoire du jeu bien que, au final, le résultat soit le même. Joël a récupéré des armes et un véhicule, pour escorter Ellie.

On est en droit de se demander pourquoi la série a pris le temps d’intégrer aussi longuement Bill et Frank, dans la mesure où ils ne rencontrent pas directement les protagonistes. Leur arc ressemble à un court-métrage indépendant de l’intrigue principale. Il contraste avec le reste de la série par son aspect contemplatif et son émotion. Car oui, l’épisode est extrêmement triste et émouvant, à la limite du pathos. Et c’est là que Neil Druckmann et Craig Mazin dévoilent ce que doit être une véritable adaptation. La question n’est pas de suivre au pied de la lettre une série d’événements. L’essentiel est de capturer l’essence des personnages et de l’histoire, afin de la diffuser dans un autre flacon. A ce titre, l’épisode 3 de The Last of Us relève du génie. Bien que Joël et Ellie commencent à avoir une meilleure alchimie, ils ne sont pas encore proches. Joël essaie de renseigner Ellie sur l’origine de la pandémie, ce qui renforce leur lien et développe le lore, mais ça s’arrête là. Cela soit dit en passant, il est palpable que la série puise son inspiration dans la crise sanitaire du COVID-19. Malgré toute sa souffrance, Joël a par ailleurs beaucoup de mal à démontrer ses sentiments. L’histoire de Bill et Frank, loin d’être un arc isolé, permet de comprendre les enjeux autour de la relation entre Joël et Ellie, mais aussi d’expliciter la psychologie de Joël, à travers son alter-ego Bill. Je ne me serais jamais attendue à ce que Bill et Frank aient un tel impact sur la série, avec finalement peu de présence à l’écran. (Bien qu’ils occupent la majeure partie de l’épisode 3, il est peu probable que nous les revoyions.) On doit cette force à une écriture exemplaire mais aussi aux performances incroyables de Nick Offerman et Murray Bartlett.

L’épisode 3 prend l’histoire du jeu à contre-pied, ce qui – pour être honnête – me rassure. Je suis heureuse de constater que la série apporte une véritable plus-value au jeu, plutôt que de simplement le singer. Pour la première fois, j’ai été surprise et ai ressenti de véritables émotions ; l’épisode étant incommensurablement triste. Enfin, mon détachement vis-à-vis de la série est rompu et ma curiosité n’en est que redoublée. Qui plus est, environ dix ans après la sortie du jeu, on assiste à une représentation plus approfondie et sincère de l’homosexualité. Bill n’est pas seulement un vieux grincheux qui lit des magasines cochons et qui a poussé son « partenaire » à fuir. Il a eu une relation longue et sincère avec Frank, qui n’a pas voulu s’en aller, mais plutôt mourir auprès de lui. L’autre contre-pied consiste à ne pas montrer une énième mort qui se fait dans l’urgence ou la violence extrême. La fin du monde peut aussi se montrer désespérément longue et pleine de solitude. Frank n’est pas vaincu par un infecté ni par un pilleur comme Bill le craignait, mais bel et bien par une maladie, qui n’aurait même pas pu être soignée dans une société civilisée. Prisonnier de son propre corps, il a tout de même la liberté de choisir la date et la méthode de sa mort. Aussi décide-t-il de s’endormir dans les bras de celui qu’il aime. L’épisode est une ode aux relations humaines mais aussi à l’art. Et c’est là qu’il capture l’essence même du jeu, qui ne raconte pas une simple histoire d’infectés, mais celle d’un père et d’une fille. Dans les jeux, comme dans l’épisode 3, l’art a une place prépondérante dans ce monde dévasté. Bill et Frank se retrouvent à travers la musique, comme c’est le cas d’Ellie, Joël et Dina. Frank se révèle par ailleurs être un brillant peintre. On retrouve d’autres symboles propres au jeu. Ce n’est pas Frank qui laisse une lettre pour Bill mais Bill lui-même qui adresse un courrier à Joël, où il lui rappelle l’importance de veiller sur quelqu’un qui mérite de l’être. Le plan final de l’épisode s’arrête sur une fenêtre. Une douce brise de vent s’en échappe, berçant les rideaux. C’est une référence aux menus iconiques des jeux, qui représentent l’once d’espoir et de lumière, persistant à travers les ténèbres. En rentrant dans une voiture pour la première fois, Ellie compare cela à un vaisseau spatial, ce qui est une allusion évidente à une scène de The Last of Us Part II. L’histoire de Bill et Frank n’est pas magnifique simplement parce qu’elle est contemplative et émouvante, mais aussi et surtout parce qu’elle développe, sans en avoir l’air, la relation et la psychologie de Joël et Ellie. En ce sens, « Long long time » est une leçon d’écriture et surtout d’adaptation.

La tournure prise par la série de HBO me surprend et me séduit terriblement. Si ce n’est déjà fait, je vous invite à découvrir mon analyse de l’épisode 1. Et on se retrouve, sans faute, dans deux semaines, pour parler des épisodes 4 et 5 de The Last of Us.

Resident Evil VIII | Un séjour avec Rose Winters

Vous vous souvenez du voyage que j’ai entrepris avec Ethan Winters, il y a quelques années ? S’il a étrangement coupé les ponts depuis, j’ai eu l’occasion de retrouver sa fille Rose, devenue une ravissante adolescente. Après avoir fumé quelques joints, (ne le dîtes à personne, je ne sais pas si elle est majeure), nous avons décidé de retourner en Europe de l’Est, à l’endroit où elle vivait lorsqu’elle était bébé. Si vous projetez vous-même de faire ce voyage à l’avenir, je ne vous conseille pas de lire le compte-rendu de nos péripéties. Une dernière chose : soyez indulgent(e)s en me lisant. Je crois que nous avons définitivement trop fumé…

Je ne me souviens pas clairement du voyage, mais seulement que nous nous sommes réveillées dans un endroit sombre et exigu. Très vite, une porte trembla et une voix féminine nous demanda de la libérer. Lorsque nous la sortîmes de là, Rose constata qu’elles avaient un air de ressemblance. Je trouve, personnellement, qu’elle exagérait. Et puis, il faisait si sombre que nous ne voyions pas grand chose. Nous fîmes rapidement d’autres rencontres. Les filles ne semblaient pas très éveillées et les hommes étaient plus que blafards. Ils se traînaient péniblement vers nous en poussant des gémissements. A cet instant, je compris que nous nous étions retrouvées dans un repaire de hippies et de drogués. Mais qui suis-je pour juger ? Nous n’étions pas bien sobres nous-mêmes. Ce n’était cependant pas suffisant pour excuser le comportement de Rose, qui était bien la fille de son père. Elle ne cessait de se plaindre ou de se rendre dans des endroits improbables, quitte à ramper sur le sol ! Elle allait mettre des heures à nettoyer et repasser son linge… A force d’errance, nous finîmes par regagner la surface. Je compris, à ma plus grand satisfaction, que nous avions retrouvé le château de la famille Dimitrescu.

Les lieux appartenaient désormais à l’homme en léger surpoids qui commerçait avec Ethan et moi, autrefois. Il se faisait surnommer le Duc. En le voyant porter un masque et en l’entendant émettre des rires diaboliques, je conclus qu’il était certainement devenu comédien. Les types blafards qui déambulaient partout dans le château devaient composer sa troupe de théâtre. Les lieux étaient aussi vastes et somptueux que dans mes souvenirs. Ils étaient un peu moins propres et ordonnés, voilà tout. Fait assez amusant pour être souligné, le Duc n’avait pas pris la peine de remplacer les fenêtres, depuis qu’Ethan s’était amusé à toutes les briser. Rose avait la même passion pour l’exploration et les Escape Games que son père. Elle se mit en tête de parcourir tout le manoir afin de trouver des masques. C’est vrai que la période du COVID n’était pas tout à fait terminée, mais enfin, elle le faisait avec un sacré acharnement. Ah, j’oubliais ! Tout au long de notre visite, nous fûmes guidées par une personne mystérieuse, qui refusait de dévoiler son visage ou son identité. Il se contenta d’expliquer qu’il souhaitait veiller sur Rose. Pendant un instant, je pensai qu’il pouvait s’agir d’Ethan. Mes doutes se dissipèrent dès qu’il donna son nom : Michael. Je songeai, un instant, qu’il avait pu mentir. Il mit fin à mes derniers soupçons en affirmant qu’il était un ange… Nous avons passé plusieurs heures à explorer le château. Je vous épargne les détails. Badabim. Badaboum. Nous nous sommes rendues à la demeure Beneviento.

C’est avec nostalgie que je redécouvris le lieu de mes précédentes vacances. Si la propriétaire de la maison n’était pas là, elle avait eu la gentillesse de nous laisser toutes ses affaires. Rose se mit ainsi à jouer avec des singes en peluche et des poupées. Je trouvai qu’elle était un peu âgée pour faire cela, mais, une fois encore, qui suis-je pour juger ? Nous finîmes par avoir de la visite. Il s’agissait de jeunes femmes, tellement belles, qu’on aurait pu les prendre pour des mannequins. En revanche, elles étaient très timides. Elles n’osaient venir vers nous que lorsque nous avions le dos tourné. Mais alors, qu’est-ce qu’elles étaient affectueuses ! Elles cherchaient sans arrêt à nous étreindre ! Nous finîmes, je pense, par fumer le pétard de trop, car la maison sembla devenir gigantesque. Les poupées semblaient plus grandes que nous et nous pourchassaient, comme pour faire une partie de cache-cache survitaminée. Elles auraient tout de même pu se passer de brandir des paires de cisailles, car c’était dangereux. Je vous le dis, cette histoire aurait pu mal finir ! Quand nous reprîmes nos esprits, nous nous rendîmes compte que la maison n’était pas déserte mais qu’elle était occupée par… Eveline. J’étais si contente de la revoir ! Rose s’étonna que notre hôtesse soit restée une petite fille, mais elle était encore dans l’exagération, si vous voulez mon avis. Certaines personnes ne grandissent pas beaucoup ; ce n’est pas une raison pour les stigmatiser. Eveline était d’humeur chagrine car personne ne lui rendait jamais visite et qu’elle se sentait seule. Si j’éprouvai de la compassion pour elle, je fus bien la seule. Rose se montra plutôt brute de décoffrage et décida de partir, épaulée par… Ethan. Comment ?! Michael n’était pas un ange et nous avait donc menti ?! La stupéfaction passée, je pensais qu’Ethan était bien un mec et un piètre père, par-dessus le marché. Attendre que sa fille soit presque adulte pour réapparaître, c’était quand même limite limite !

C’était décidé, j’en avais assez. J’avais envie de rentrer. Rose souhaita tout de même rester pour trouver je ne sais quel cristal. Un objet de valeur pour la famille, sans doute. Et figurez-vous que nous croisâmes une autre vieille connaissance : Miranda ! Celle-ci n’avait pas changé et était très heureuse de rencontrer Rose. Elle admit même que c’était elle qui nous avait conviées ici. Je suppute que la discussion dégénéra entre Miranda, Rose et Ethan, qui n’était jamais le dernier pour faire des embrouilles… Et finalement, nous partîmes, les mains vides. Non seulement Ethan n’avait pas souhaité rentrer avec nous, mais Rose avait fait tomber le cristal sur le sol, le faisant exploser en mille morceaux. Tout ça pour ça ! Je pense qu’on ne me surprendra plus à voyager avec les Winters. Enfin, il ne faut jamais dire jamais…