Ma nouvelle addiction aux jeux de gestion

Depuis trois mois, je me suis découvert une passion insoupçonnée pour un genre duquel je me tenais éloignée depuis longtemps : les jeux de gestion. Durant mon adolescence, j’avais passé des heures sur certains d’entre eux, comme Les Sims, la simulation de vie initiée en 2000, ou The Movies, un titre exclusivement sorti sur PC en 2005. Ce jeu permettait de gérer son propre studio de cinéma, mais aussi de créer des films. Notre studio était le témoin de progrès techniques, au fur et à mesure que les décennies se succédaient. Je n’ai plus osé toucher aux jeux de gestion sur PlayStation 4 et 5. Sans doute estimai-je ne plus avoir la patience nécessaire pour assimiler des mécaniques de gameplay parfois exigeantes. Par ailleurs, je n’avais pas de très bons souvenirs du portage des Sims 4 sur console, en 2017. L’interface n’était pas toujours ergonomique, rendant certaines manœuvres inutilement délicates. J’avais également tendance à me lasser, face à l’absence d’objectifs concrets, dans le jeu. J’ai pourtant décidé de donner une seconde chance au genre. Peut-être cela m’a-t-il été suggéré par certains mini-jeux hautement addictifs des deux épisodes de Yakuza Like a Dragon. Cela m’a permis de mettre fin à des préjugés erronés, tout en développant une certaine addiction pour la gestion vidéoludique.

La frontière n’est pas toujours bien délimitée entre jeux de gestion et jeux de simulation. A mes yeux, Power Wash Simulator (2021) est un parfait exemple de simulation. Les joueurs sont amenés à contrôler directement le nettoyeur haute pression, dans une vue à la première personne. Les jeux de gestion proposent plus généralement une vue isométrique. La caméra propose une plongée sur les bâtiments, donc certaines parois sont découpées, afin de pouvoir regarder à l’intérieur. Si les personnages paraissent minuscules, il est possible de zoomer jusqu’à un certain point. Un jeu de gestion relève généralement du point and click, où il est question de gérer son argent, dans le but de prospérer et d’agrandir son entreprise. Il est important de prévoir diverses stratégies ou planifications, afin de répondre aux exigences imposées par le titre. Bien qu’il puisse exister un mode Campagne, un jeu de gestion est généralement chronophage, pour ne pas dire infini. La plupart reposent sur une base purement capitaliste, mais de plus en plus de facteurs extra-financiers sont pris en compte, comme le bien-être du personnel ou l’écologie. Le jeu de gestion englobe souvent des mécaniques de jeux de simulation. Après tout, la présence d’individus développant des interactions entre eux, ou encore d’animaux à élever et entretenir, est propre aux simulations de vie. Le jeu de gestion peut aussi rapidement développer de l’addiction. Il est contemplatif à souhait et nous permet de laisser libre cours à notre créativité. Il propose constamment de nouveaux défis à relever. Or, qui dit objectif dit récompense, et cela agit directement sur la dopamine, autrement dit… l’hormone du plaisir.

Two Point Campus est une excellente porte d’entrée dans les jeux de gestion. Le successeur de… Two Point Hospital a été développé par… Two Point Studios. Ce titre sorti en 2022 consiste à gérer et construire des universités. Étant moi-même dans l’éducation nationale, j’ai tout de suite été attirée par la thématique. Je n’ai d’ailleurs pas hésiter à m’inspirer du gouvernement actuel pour me faciliter les choses, en payant – notamment – les enseignants au lance-pierres. Two Point Campus est un jeu de gestion accessible car il ne rentre pas à fond dans le détail. Ce parti pris va de pair avec un ton volontairement drôle et décomplexé. Bien que de nombreuses mécaniques de gameplay existent, elles sont amenées les unes après les autres, afin de ne pas noyer le nouveau joueur sous les informations. Ainsi, le mode Carrière débute avec un campus relativement petit, dans lequel des disciplines traditionnelles sont enseignées, comme les sciences. Le joueur a tout le temps d’apprendre à construire ses locaux, mais aussi à gérer les besoins de son personnel ou de ses étudiants. Il ne sera pas question de proposer uniquement des amphithéâtres ou des salles de cours. Le personnel a besoin de salles de repos, de formations et parfois d’augmentations de salaire. Les étudiants, pour réussir, ont besoin d’une bibliothèque et de matériel adapté. Mais il faut aussi veiller à leur bien-être, en aménageant leurs dortoirs, en assurant la propreté des lieux, ou en proposant des activités parascolaires. Two Point Campus est un jeu de gestion riche et complet, sans pour autant devenir sérieux. Ce besoin de rigueur est contrebalancé par un humour débordant. Ainsi, vous serez amenés à construire des universités plus originales, enseignant la chevalerie, le CheeseBall ou encore la sorcellerie. Le campus Poule-de-lard ressemble étrangement au château imaginé par celle-dont-on-ne-prononce-plus-le-nom. Non seulement les locaux et les décorations possibles s’adaptent aux disciplines enseignées, mais il en va de même pour les mécaniques de gameplay innovantes. Ainsi, il faut régulièrement trouver et chasser les taupes de l’école d’espionnage. L’une des extensions permet de construire un campus dans le domaine Lifeless. Certains étudiants sont des fantômes, quand d’autres apprennent à chasser les mauvais esprits qui hantent le bahut. Les concierges peuvent être formés pour aspirer ces derniers, à la manière des Ghosbusters. Il faut généralement acheter des terrains pour agrandir la faculté. Ce n’est pas le cas du domaine Lifeless, où il faut assurer le bien-être et l’apprentissage des étudiants, afin qu’ils puissent chasser les esprits les plus dangereux des terrains convoités. Ainsi, Two Point Campus propose des préoccupations autres que pécuniaires. Je ne peux que conseiller ce jeu qui a comblé ma soif de créativité et dont le trophée Platine (ainsi que les trois extensions) m’auront passionnée, l’espace de 160h.

Suite à cette aventure m’ayant convaincue, je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner vers Two Point Museum, sorti en mars 2025. Les joueurs ayant déjà fait Campus ne seront pas dépaysés, bien que le jeu profite de quelques progrès techniques, comme la possibilité de se rapprocher encore plus des personnages avec la caméra. C’est heureux, car l’univers fourmille de détails. La construction des locaux et la gestion du personnel sont similaires, bien qu’elles s’adaptent parfaitement au milieu du musée. Ce qui change radicalement, c’est que nous ne gérons plus des étudiants mais des visiteurs. Ainsi, il est particulièrement important de les contenter ou d’assurer le buzz des expositions, si l’on souhaite obtenir des dons financiers. Par ailleurs, les objets exposés peuvent être la cible de cambrioleurs ; c’est pourquoi il faut prévoir la présence de gardiens ou de caméras de surveillance. Mais la vraie innovation de Two Point Museum réside dans le système Gacha, permettant de découvrir quel objet a été trouvé au cours des expéditions comme si on utilisait un distributeur de jouets. On se demande sur quelle exposition on va tomber et quelle est sa qualité. Par ailleurs, certaines expositions ne sont complètes qu’après en avoir assemblé plusieurs parties, à l’instar des grands fossiles de dinosaures. Non seulement cette mécanique de gameplay a flatté mon âme de collectionneuse, mais sa dimension aléatoire rend le jeu d’autant plus addictif. Dans Two Point Campus, il fallait repartir de zéro quand on changeait de faculté. Ce n’est plus le cas dans Museum, dont le mode Carrière incite à faire des allers et retours entre ses différents musées. Or, il y en aura pour tous les goûts : si le premier met à l’honneur la paléontologie, les autres musées permettent d’exposer des inventions scientifiques, des créatures aquatiques, des objets paranormaux, des découvertes spatiales et même des végétaux. Le contenu est d’autant plus original que le titre est aussi débordant d’humour que son prédécesseur. Ainsi, ne vous attendez pas à tomber sur une espèce de dinosaure ou de poisson connue. Au contraire, vous ne serez jamais au bout de vos surprises. Si j’ai beaucoup apprécié ce titre, je dois admettre qu’il m’a moins passionnée que Campus, peut-être parce que le domaine me parle moins, où parce que la construction d’un musée laisse un peu moins de place à la créativité que celle d’un campus. Le jeu ne m’a occupée que 70h, ce qui reste, certes, très généreux. Quoiqu’il en soit, il me tarde de découvrir ce que Two Point Studios nous réserve, pour la suite.

Il est temps d’aborder mon dernier coup de cœur en date : Planet Zoo, un jeu de Frontier Developments. Si le titre est sorti sur PC en 2019, il a fallu patienter jusqu’à 2024 pour obtenir la version console. Et je dois admettre que cela a valu le coup. La version PS5, loin d’être un simple portage, propose une interface et une ergonomie propres. Je ne doute pas que bien des manœuvres seraient plus simples ou rapides sur PC, mais c’est un plaisir de pouvoir apprécier ce jeu sur consoles. Il n’est sans doute pas nécessaire de s’étendre sur l’objectif, tant le titre est limpide. Vous devez gérer le personnel, les visiteurs et bien entendu les animaux de votre zoo. Or, cela s’avère beaucoup plus détaillé et moins accessible que dans un jeu Two Point. Il m’a fallu des heures pour me familiariser avec les différentes mécaniques de gameplay, et encore, j’ai continué à apprendre, jusqu’à la fin. Vous devrez certainement attendre d’avoir remis un pied ou deux dans l’univers des jeux de gestion avant de vous attaquer à Planet Zoo. Le Platine est exigeant puisqu’il nécessite de faire le mode Carrière en difficile. Et force est de constater que plusieurs scénarios m’ont fait suer. J’ai dû m’y reprendre plusieurs fois pour réussir à atteindre les objectifs attendus. Je n’ai pourtant pas trouvé cela frustrant. Le jeu me passionnait tant qu’il me plaisait de tenter différentes stratégies pour venir à bout d’un casse-tête. Or, plus difficile était le défi, meilleur était le sentiment de satisfaction. Le mode Carrière est bien construit. Si les premiers scénarios sont guidés et servent de didacticiels, on se retrouve vite à travailler pour un homme d’affaires qui veut faire du profit avec ses zoos, sans se soucier du bien-être animal. Ainsi, plusieurs scénarios nous incitent à accumuler de l’argent, comme c’est le cas dans la plupart des jeux de gestion, tout en dénonçant cette pratique. L’homme d’affaires en question devient l’ennemi à abattre dès que nous travaillons pour une autre propriétaire, soucieuse de la préservation et du bien-être des animaux. L’idée même d’un zoo peut en rebuter plus d’un. Or, avec Planet Zoo, vous avez la possibilité de bâtir de véritables réserves naturelles, où vos animaux seront heureux et où vous pourrez contribuer à la conservation d’espèces en danger critique d’extinction. Si le jeu comptait 73 espèces à sa sortie, il en comptabilise aujourd’hui presque 200 (à condition d’acheter de nombreuses extensions). Or, chaque espèce animale à des besoins spécifiques. Vous devez décorer leur territoire avec des plantes correspondant à leur milieu naturel mais aussi faire attention à leur sociabilité, pour ne citer que cela. Si certains animaux peuvent vivre seuls, d’autres ont besoin de faire partie d’un groupe. Dans de nombreuses espèces, deux mâles ne peuvent pas cohabiter sans essayer de s’entre-tuer. Il est également possible de laisser les animaux se reproduire. S’il faut faire attention à ne pas laisser naître de bébés consanguins, l’élevage est utile pour relâcher des individus dans la nature et préserver une espèce ; mais aussi pour essayer de donner vie à des êtres d’exception, comme des animaux albinos. Si vous faites n’importe quoi ou négligez vos animaux, vous serez punis financièrement, boycottés par les visiteurs, voire même ciblés par des manifestants. Somme toute, même si cela reste un jeu de zoo, j’ai apprécié la façon dont il met en avant le bien-être animal et l’écologie. Le titre est loin d’avoir l’humour d’un Two Point mais il est extrêmement instructif. Chaque animal dispose d’une page encyclopédique bien fournie. Il est aussi possible de zoomer pour voir comment les animaux se comportent dans leur enclos. (On peut même les voir faire caca !) Or, les graphismes sont réussis. Au risque de me répéter, le jeu est si complet qu’il est assez exigeant. Il propose des possibilités de création infinies, mais il y a énormément de choses à savoir prendre en mains et à gérer, jusqu’aux générateurs d’électricité du parc. Comme dans n’importe quel parc, les visiteurs détestent voir les installations ou les locaux du personnel qui rompent la magie et l’immersion ; or cette partie immergée de l’iceberg vous demandera du savoir-faire et de l’attention. Je n’en ai pas moins trouvé Planet Zoo addictif, dans la mesure où il m’a occupée 160h. Si j’ai décidé de m’arrêter au Trophée Platine, je sais que de nombreuses extensions m’attendent, dès que j’aurai envie de m’y plonger de nouveau.

Nous avons revisité les caractéristiques d’un jeu de gestion, tout en nous demandant ce qui les rend si addictifs, du moins pour les personnes qui osent s’y aventurer. Si ces jeux peuvent être terriblement apaisants et contemplatifs, il peuvent avoir un niveau d’exigence assez élevé. J’ai adoré les Two Point pour leur fantaisie et leur humour, mais le réalisme et l’aspect pédagogique de Planet Zoo m’ont passionnée. Dans tous les cas, ces jeux de gestion m’ont donné la possibilité de faire preuve d’une grande créativité. Je suis heureuse d’avoir remis un pied dans cet univers, où il me reste encore beaucoup à découvrir. L’avantage, c’est qu’il semble y avoir des titres pour tous les niveaux et surtout, pour tous les goûts.

10 réflexions au sujet de « Ma nouvelle addiction aux jeux de gestion »

  1. C’est un vrai plaisir de lire ton retour global sur ton expérience des jeux de gestion. Des dizaines d’heures qui n’auront pas été en vain, avec platines à la clé, humour et de quoi satisfaire aussi bien un côté relaxant qu’exigeant ! Il est vrai que les jeux de simulation semblent moins poussés, ou en tout cas limités à un domaine / un objet (comme Power Wash Simulateur, dont je pouvais comprendre le côté addictif !) alors que les jeux de gestion sont bien plus larges et ouverts dans tout ce qu’ils impliquent. Si un jour je devais en tester un, ce serait plutôt un Two Points, c’est sûr, et encore, vu comme j’étais douée pour les mini-jeux Yakuza, faut pas rêver. Même s’ils sont difficiles, comme tous les jeux vidéo, ils savent récompenser et rendre accro, avec notamment cette satisfaction de chercher et comprendre les mécanismes gagnants. Le côté aléatoire et créatif rend encore plus addictif, surtout quand on a une âme d’architecte d’intérieur comme toi. C’est très chouette de lire ton article entier sur ces jeux : ceux de gestion, on en entend finalement assez peu parler !

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  2. Ca fait plaisir de savoir qu’il existe des jeux qui abordent le bien-être animal. Bon ça existait déjà, mais dans cette manière, c’est positif.

    Le seul jeu de gestion auquel je joue est Les Sims et même si on peut lui reprocher pleins de chose au 4, je prends plaisir à y jouer (bon les bugs, un peu moins mais EA aime se foutre de la gueule de ses joueurs…). Je joue sur console et en effet, l’ergonomie n’est pas terrible. Ils auraient dû faire un effort mais encore une fois, EA prends ses joueurs pour des cons.

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  3. Ah les jeux de gestion, c’est un style auquel j’aimerais adhérer mais je suis pas du tout douée. J’ai tendance à trop dépenser et à pas savoir gérer le budget (contrairement à la réalité). Mais il y en a une sacrée variété dont les Two Point qui jouent beaucoup sur l’humour. C’est plus Yuutsu qui adore ce style !

    D’ailleurs si tu cherches d’autres titres de gestions je peux t’en conseiller quelques-uns.

    – Jurassic World Evolution : ou comment gérer un parc comme dans Jurassic Park/World. Le second volet est moins fun (trop pointilleux) mais je sais qu’il a adoré le premier jeu, en fan de Jurassic Park. Il y a comme dans Planet Zoo l’importance de gérer les différentes espèces, la cohabitation, le bien-être mais aussi les visiteurs (parce que voir des dinosaures c’est pas assez fun pour eux, apparamment)

    – Evil Genius 2: World Domination : gérer sa base secrète de grand méchant avec un choix de différents profils, mais aussi des choix durant le scénario qui influencent sur la progression. Il y a un humour qui rappelle les Two Point.

    Par contre je te déconseille Frostpunk sauf si tu es vraiment habituée à un niveau hardcore. Il est très exigeant, on a jamais réussi à le finir.

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  4. Bonjour !

    Ah les jeux de gestion ! Vaste programme !

    J’y joue… parfois. C’est souvent lors de ces après-midi pluvieuses que me prend l’envie de lancer une de ces aventures au long cours où l’on réfléchit un peu et où l’on contemple beaucoup (un thé, un plaid, un chat sur les genoux…).

    Mais ces lubies soudaines ne me retiennent jamais très longtemps. Parce que je n’ai pas assez de temps, parce que j’aime explorer différents univers, parce que je me sens fatigué, parce que… enfin, les raisons (et les excuses) ne manquent pas ! Mais surtout, il me manque généralement une bonne histoire pour me porter !

    En revanche, et contrairement à So-chan, je recommande vivement Frostpunk ! Le jeu propose un univers passionnant (quoique désespéré) et, justement, une histoire dont on peut espérer voir le bout relativement vite (comprendre une bonne dizaine d’heures). On peut ensuite prolonger l’expérience avec les DLC qui proposent d’autres scénarios, chacun avec leurs lots de défis, et s’en tenir là. Où alors, on peut décider de se lancer dans le mode bac à sable (ce que je n’ai pas fait).

    De mon côté, j’essaierai de m’intéresser aux Two Point. Accessibles, un peu loufoques. Ca vaut le coup d’essayer.

    Je suis presque pressé qu’il pleuve pendant mes vacances tiens !

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