Un séjour à Silent Hill

Ces dernières années, j’ai passé d’excellentes vacances à Raccoon City. Mais comme j’avais envie de me renouveler un peu, j’ai décidé de me rendre dans une petite bourgade à l’atmosphère sympathique, dont la brochure m’a tout de suite séduite : Silent Hill. Pour l’occasion, j’ai fait du covoiturage avec un bonhomme dénommé James, qui comptait rejoindre sa femme. Je dois reconnaître que le beau temps n’était pas au rendez-vous. Il y avait du brouillard dans toute la région. Dès notre arrivée, James a passé un temps fou aux toilettes. En le surprenant en train de contempler son reflet dans le miroir, j’ai cru qu’il était un peu narcissique sur les bords. Mais en le voyant ensuite ramasser des seringues rouillées un peu partout, j’ai conclu que notre ami James avait un petit souci. Nous avons ensuite pu commencer à nous rapprocher de Silent Hill. Je me souviens… Nous avons tout d’abord traversé le cimetière. Ce devait être un endroit prisé car nous y croisâmes une jeune femme appelée Angela.

Ah, James, quel boute-en-train. Et voyez comme la brochure donne envie !

Quand on est arrivés en ville (rien à voir avec Balavoine), c’était déjà un peu plus compliqué de se repérer. La brume était si épaisse qu’on ne distinguait plus rien, même quelques mètres devant nous. J’avais l’impression de conduire dans une route de montagne aindinoise, pour aller au boulot. Quelle plaie. Heureusement, James était plutôt dé-brouillard (oh, oh) pour lire et consulter les cartes, même s’il ne pouvait pas s’empêcher de les gribouiller. J’étais tout de même contente d’être accompagnée, car on ne pouvait pas dire que la ville était bondée, à cette époque de l’année. James devait se poser la même question car, en voyant un trou dans une porte de garage, il s’est mis à ramper pour entrer dans la maison. La première chose que je me suis dit, c’est qu’il allait ruiner ses vêtements, à cause de toute la peinture rouge étalée par terre. Ensuite, je me suis demandé si je n’étais pas tombée sur un loubard ou pire… une crapule ! Bref, je suis restée sagement devant la porte du garage. Après un certain temps, j’ai pu retrouver James un peu plus loin dans le lotissement, muni d’un bâton, avec lequel il s’amusait à éclater les fenêtres ou les vitres de voitures. Mes soupçons étaient donc fondés. Mais vous n’allez pas me croire. Tout de suite après, nous sommes tombés sur un cadavre. Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tout de suite essayé d’appeler la police, bien sûr ! Je leur ai signalé qu’un type était en train de vandaliser les voitures du quartier. Bon, j’allais aussi parler du corps, mais il n’y avait malheureusement pas de réseau.

Regardez-moi ces vues imprenables !

Là-dessus, James me propose d’aller au Neely’s Bar. Je me suis dit que ce serait délicat de refuser car il avait encore son bout de bois dans la main. Et pour être honnête avec vous, j’avais bien envie de boire un ou deux verres de punch. Le bar en question était plutôt sympathique, mais il fallait se servir soi-même, et le jukebox était vide. Quel enfer… James l’a si mal vécu qu’il s’est mis en tête de fouiller tout le quartier, à la recherche d’un vinyle fonctionnel ! Imaginez-le ouvrir tous les tiroirs et placards de cuisine, mais aussi fourrer son bras partout, dès qu’il voit un trou. Pire que tout, on a commencé à croiser des habitants de la ville, et James n’a pas trouvé mieux à faire que de leur asséner des coups de bâtons et de pieds ! Étant de nature plutôt perspicace, je lui ai dit : « Hey, James, c’est pas de leur faute si le jukebox est mort ». Mais il voulait rien entendre, et on a continué nos recherches, à travers toute la ville… Ah, quel mélomane.

Quand je vous dit que James aime les trous, c’est tous les trous.

Une fois cette lubie passée, on a pu se diriger vers la résidence Blue Creek. J’imaginais que nous allions rendre visite à un pote de James, et peut-être même que nous pourrions manger ou dormir ici. Mais les gens n’étaient pas très accueillants. Déjà, il y a une sale gamine qui a marché sur la main de James, avant de partir en courant. Ensuite, on est arrivés dans l’appartement de son copain Eddie. Non seulement Eddie était en train de vomir ses tripes, mais en plus, il y avait un type refroidi dans le frigo. Tout ça m’a fait penser à ma dernière indigestion, à cause d’une crevette mal passée. On rigole, mais ça commençait à devenir préoccupant, tous ces morts qu’on croisait ici et là. On est finalement tombés sur un agent de police. Il portait un chapeau et il s’est mis à nous poursuivre, où qu’on allait. Et qu’est-ce qu’il propose, James ? De se cacher dans un placard ! Il a six ans, ou bien ? Franchement, j’ai mis des années à sortir du placard, c’est pas pour y retourner à la moindre contrariété. Croyez-le ou non. Ça a marché. Le flic ne nous a pas trouvés. Bon, en même temps, avec un chapiteau sur la tronche, on ne voit pas grand chose.

« T’es mauvais, James. T’es mauvais ! »

Je dois reconnaître que, après cet événement, l’ambiance est devenue plus lugubre dans la résidence. Tout à coup, les lieux semblaient encore plus abandonnés et rouillés. Et puis on a commencé à résoudre des énigmes. Pitié, est-ce que j’ai une tête à résoudre des problèmes de maths ? J’ai déjà du mal à lire l’heure sur les montres à aiguilles. Et puis, – pardonnez mon langage – il y avait ces bonnes femmes qui se cachaient dans tous les recoins, juste pour nous surprendre. Croyez-moi, plus d’une fois, j’ai eu envie de prendre les jambes à mon cou.

Quand je voyais que la piscine de la résidence était blindée, j’avais envie de prendre les jambes à mon cou.

Après tout ce cirque, on s’est rendus sur le quai, et James a retrouvé sa femme. C’est du moins ce qu’il a cru, car ce n’était pas Mary, mais Maria. Je ne lui jette pas la pierre, il faut avouer que ça porte à confusion. La demoiselle essayait inlassablement de pécho James. Lui ne semblait pas très réceptif, mais ça ne les a pas empêchés de se rendre au motel, puis au cinéma. Je dis ça, je dis rien… James s’est enfin souvenu que j’existais et nous sommes allés visiter… l’hôpital. Bon sang, on m’avait déjà fait le coup à Raccoon City. Qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir visiter L’HÔPITAL ? Et alors, je vous raconte pas. On se serait cru plongés au sein de la fonction publique française. Il n’y avait aucun moyen matériel, des gens délaissés un peu partout et un personnel complètement à bout. Franchement, James aurait pu se montrer plus compréhensif avec les infirmières. Heureusement, pour nous changer les idées, nous avons exploré des lieux plus touristiques, comme par exemple la Société Historique de Silent Hill. Malheureusement, le bâtiment était en travaux et il y avait une crevasse dans l’une des pièces. Je vous ai déjà parlé de l’amour de James pour les trous… Cette fois-ci, il a carrément plongé dedans. Quant à moi, eh bien, je ne voulais pas le suivre, mais j’ai glissé, chef.

Pendant que certains s’inquiètent de la tenue de Maria, il y a de vrais problèmes dans l’hôpital public.

C’est là qu’on s’est retrouvés au fond de la prison de Toluca. Honnêtement, j’étais bien moins tranquille ici. Les lieux étaient délabrés, il faisait noir, et pour couronner le tout, des prisonniers sortaient régulièrement de leur cellule. Où était passé le flic avec son cône de signalisation sur la tête ? Il n’était jamais là quand on avait besoin de lui ! Mais bon, comme je venais de me mater Prison Break, je me disais que tout n’était pas désespéré. Par contre, leurs portes avec des symboles qui ne s’ouvrent que si on dépose le bon poids, dans la balance, située au fond de la cour extérieure, à l’autre bout de la taule… On en parle ? Et une seule porte peut être débloquée à la fois. Comment font les mecs quand ils ont une urgence pour aller pisser ? Nous sommes finalement parvenus à nous sortir de cette galère… Je vous passe tous les détails, mais on a pas mal tourné en rond. Il faut dire que Silent Hill ressemble parfois à un véritable labyrinthe. Nous avons malgré tout fini par trouver une barque, afin de traverser le lac de Toluca. Sans surprise, j’ai laissé James ramer, et nous avons fini par atteindre l’hôtel Lakeview, où devait l’attendre Mary.

Pour passer le temps, James et moi avons regardé une cassette sympathique.

L’hôtel Lakeview était un endroit charmant. C’est la première fois que je me sentais bien, depuis longtemps. L’édifice était entourée d’une belle cour extérieure, et le mobilier fort raffiné. Pour tout vous dire, une boîte à musique géante ornementait le hall principal. Si je dois lui faire un reproche, le personnel n’était pas toujours serviable et il fallait faire des allers et retours constants, pour obtenir une malheureusement clé. Finalement, le moment tant attendu arriva. Muni de la bonne clé, James s’est dirigé vers la chambre 312. Nous recherchions sa femme depuis un temps indéfinissable, et elle était peut-être là, toute proche. Comme moi, vous devez être impatients de savoir à quoi elle ressemble, ou comment se sont passées les retrouvailles. Eh bien… Je n’en sais rien. Prétextant qu’ils avaient besoin d’intimité, j’ai laissé James entrer seul, et je me suis précipitée vers le restaurant de l’hôtel. Ce furent, une fois encore, des vacances mémorables.

4 réflexions au sujet de « Un séjour à Silent Hill »

  1. Avoir écrit cet article à la première personne du singulier, c’est absolument génial ! Bravo, j’ai adoré le lire ! Je pense que tu devrais poursuivre ce format pour tes chroniques à venir 🙂

    Franchement tu as réussi à nous transporter dans un voyage captivant à travers l’étrange et l’inconnu, avec humour, suspense et parfois même avec une bonne dose d’absurdité ! XD Et ce qui est encore mieux, c’est que c’est une lecture qui devrait plaire autant à ceux qui ont joué à Silent Hill 2, qu’à ceux qui ne l’ont pas fait, ou ne comptent pas le faire 🙂 Keep it up!!

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