Ce n’est un secret pour personne. Je suis une grande amatrice de la saga Final Fantasy, dont parlent bien des articles de ce blog. Dernièrement, j’avais même rejoué aux six premiers opus, à l’occasion de la sortie de la collection Pixel Remaster. Cela m’a permis de faire un retour aux sources qui ne fut pas inutile pour aborder le dernier titre en date : Final Fantasy XVI. Toujours développé par Square Enix, l’action-RPG est sorti notamment sur PS5, en juin 2023. Ce nouvel opus promettait de renouer avec la fantaisie de la saga. Est-il parvenu à faire vibrer la corde sensible des joueuses et joueurs les plus nostalgiques, sans trahir les attentes des néophytes ou des codes vidéoludiques contemporains ? C’est ce que nous allons voir tout de suite.
Une histoire prenante mais mal narrée

Comme à chaque fois qu’un titre principal se présente ; l’histoire se déroule dans un nouvel univers, et plus précisément dans le Royaume de Valisthéa. Celui-ci comporte six Cristaux-mères, dont dépend l’Ether, une substance qui permet aux individus d’utiliser la magie. Six nations sont liées aux Cristaux en question. Et chaque nation possède un Émissaire, autrement dit une personne capable de se transformer en Primordial. Ce n’est là qu’un nouveau nom pour les invocations ou chimères de la licence. Clive et Joshua Rosfield sont deux frères vivant à Rosalia. Le second, bien qu’il soit plus jeune, est l’émissaire de Phénix, l’oiseau de feu. Lorsque leur royaume est attaqué et dévasté, les deux frangins sont séparés. Clive grandit en tant que soldat et esclave d’une nation ennemie. Son destin va changer lorsqu’il va croiser la route de Jill (émissaire de Shiva), de Cid (émissaire de Ramuh) et d’un chien-loup nommé Talgor. Ensemble, ils décideront de combattre le terrible Roi Barnabas et de fonder un refuge pour les utilisateurs de magie traqués. Clive va gagner en maturité et ainsi devenir un homme libre, prêt à tout pour défendre ses proches et ses convictions. Cela n’a rien de surprenant venant d’un Final Fantasy, mais en dépit de personnages archétypaux ; l’histoire se révèle prenante et même particulièrement émouvante, lorsqu’elle atteint son dénouement.

Cependant, le jeu tombe dans plusieurs écueils n’étant pas étonnants, non plus, de la part de Square Enix. Final Fantasy XVI est un jeu aussi linéaire que verbeux. Ne vous attendez pas à un open-world, mais bel et bien à un monde semi-ouvert, dans lequel vous êtes la plupart du temps guidés. Guidés est un faible mot tant le jeu est peu avare de cinématiques. Les amateurs de la saga ou de Kingdom Hearts n’en seront pas surpris mais cela pourra en décourager plus d’un. Final Fantasy est une licence réputée pour ses cinématiques aussi magnifiques que mémorables, mais cela était valable jusqu’à l’ère de la PlayStation 1 ou 2, durant laquelle les cinématiques étaient aussi rares que précieuses. De fait, elles avaient quelque chose à raconter, et surtout, la qualité de leurs graphismes contrastait avec celle du gameplay, au point d’émerveiller. Aujourd’hui, dans bien des jeux, à commencer par ce seizième opus, les cinématiques sont devenues des corvées fréquentes et obligatoires, visant à briser l’immersion et le rythme. Le rythme, parlons-en. Le titre n’est pas avare non plus de quêtes annexes, et malheureusement, celles-ci frôlent le degré zéro du ludisme. Plus d’une permet de développer les personnages secondaires ou de renforcer l’équipement, et c’est heureux ! Hélas, il sera toujours question de faire d’innombrables allers-retours pour chercher un objet, tuer un ennemi, ou juste parler avec quelqu’un ! Le repaire de Clive lui-même illustre le problème de game-design de Final Fantasy XVI. Les lieux et personnages stratégiques, vers lesquels on se dirige le plus souvent, sont dispersés ici et là ; ce qui nécessite une fois encore de nombreux et fastidieux allers-retours.
De vibrants hommages mais un manque d’âme





Fort heureusement, Final Fantasy XVI est pourvu d’un lore tout à fait passionnant, qui permet de se familiariser avec ce qui constitue l’ADN de la série, ou encore de retrouver des éléments familiers. Les références aux titres précédents sont nombreuses, sans pour autant devenir omniprésentes ni gratuites. Au contraire, elles sont amenées de manière intelligente. Ainsi, comme l’exige la tradition, un personnage s’appelle Cid. Clive récupérera lui-même ce nom quand il deviendra à son tour le chef du repaire. On comprend ainsi que Cid n’est pas seulement un prénom, mais aussi un titre honorifique, ce qui expliquerait pourquoi tant de personnages se sont nommés ainsi, jusqu’à présent. La monture de Clive est naturellement un Chocobo. Le repaire abrite un Mog, qui met à jour le tableau des cibles d’élite ; enfin, certaines fermes abritent des épouvantails ressemblant étrangement aux mages noirs des premiers épisodes, ou plus simplement à Bibi dans Final Fantasy IX. Le bestiaire est constitué d’ennemis ou de monstres connus, bien que je regrette son manque de variété. Ainsi, chaque région abrite plus ou moins les mêmes créatures et les cibles d’élite elles-mêmes ne sont pas marquantes.
Voilà qui m’amène à dire que, en dépit d’une base pourtant solide, Final Fantasy XVI manque d’inspiration. Les graphismes sont réalistes, mais les décors et costumes n’ont rien d’iconiques ni même de mémorables. Je veux bien que Square Enix se soit inspiré de Dark Fantasy ou de Game of Thrones, mais était-ce une raison pour rendre tout si banal et si sombre ? La musique elle-même, composée par M. Soken, ne marquera pas l’histoire de la saga. Entendons-nous bien, certains titres sont très bons mais, de fait, ressortis à la moindre occasion, ce qui rend la bande originale un peu redondante. On est très loin de la virtuosité et de la richesse musicale de Final Fantasy XV.
Ode aux Primordiaux et Souls-Like

Final Fantasy XVI arrive à rendre hommage, sans parvenir à se réinventer de manière tout à fait convaincante. Heureusement, le titre est sublimé par d’excellentes nouveautés. Je suis assez fan de la manière dont les Primordiaux sont mis en valeur ; non seulement au niveau géo-politique car chaque nation dépend de l’un d’entre eux, mais aussi parce que chaque émissaire peut se transformer. Clive a le talent d’aspirer une partie des pouvoirs des émissaires. Ainsi, détenir les pouvoirs de Shiva ou de Titan, par exemple, lui ouvre un nouveau portail de compétences. C’est une idée très ingénieuse, qui permet de varier les stratégies de combat. Plus important encore, Clive sera lui-même capable de se transformer en Primordial, à un certain point du jeu. Cela déclenche des combats absolument dantesques entre grosses bêtes.

Malheureusement, et nous commençons à en avoir l’habitude, chaque bonne idée est contrebalancée par un défaut. Pour le coup c’est, je le confesse, tout à fait subjectif ; mais je ne suis vraiment pas fan du système de combat. Chaque Final Fantasy réinvente ses combats, certes, mais je ne m’attendais pas à me retrouver face à un Souls-Like, même si cela semble être devenue la grande mode depuis quelques années. Bien que les combats soient très dynamiques, il ne faut pas négliger les esquives et parades, sous peine de mourir plusieurs fois. D’ailleurs, de grosses barres de vie ornent l’écran, pour rappeler combien le boss est un sac à PV. Heureusement, Final Fantasy XVI reste abordable et nullement punitif : tomber KO ne nécessite pas de recommencer le combat depuis le début, sans compter que les sacs de potions sont remplis de nouveau. En tout cas, bien que j’ai passé un bon moment sur le titre, j’ai aussi éprouvé de la lassitude, et surtout aucune envie de me lancer dans la chasse au Platine, qui exige notamment de faire un New Game +, dans un mode de difficulté supérieur.
Épilogue

Se demander si ce nouvel opus est un bon Final Fantasy ou non est un débat qui n’a aucun sens. Malgré l’existence d’un socle commun et de traditions, la saga est connue pour son aptitude à se réinventer constamment. Et ce n’est pas un défi simple, car il lui faut à chaque fois tenter de contenter les fans de la première heure, ainsi que les néophytes. C’est peut-être pour cela que les fans de Final Fantasy sont presque aussi haineux et difficiles que ceux de Star Wars. Blague à part, je trouve Final Fantasy XVI assez équilibré et intelligent. Il est particulièrement bon quand il rend hommage aux fondements de la licence. J’ai été particulièrement charmée par l’histoire, l’utilisation du lore et surtout la mise en valeur des Primordiaux. J’ai malheureusement trouvé le jeu beaucoup moins à la hauteur, quand il s’agit de vivre avec son temps. Je ne suis pas fan des Souls-Like, c’est très subjectif ; mais le contenu du jeu manque aussi un peu d’âme, comme s’il incarnait le mot « Final » en oubliant la « Fantasy ». Par-dessus tout, la linéarité, les cinématiques constantes et la vacuité des quêtes annexes ont eu quelque peu raison de moi. Final Fantasy XV fut beaucoup décrié à sa sortie. Il est vrai qu’il n’était pas exempt de défauts, mais ses personnages, son univers et sa musique m’avaient touchée et transportée. Ce Final Fantasy XVI a été mieux reçu. Peut-être est-il plus qualitatif, ou peut-être veille-t-il trop à contenter tout le monde. De fait, c’est un bon jeu, mais bien trop sage et lisse pour me bouleverser ou pour rejoindre le haut du panier de Final Fantasy.
Super intéressant comme article ! L’analyse est au top comme d’habitude !
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Oh, merci beaucoup !
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Je crois que chaque sortie d’un nouvel FF fera toujours l’objet de vifs débats. Je n’attendais rien de ce nouvel opus et j’ai été assez bien surprise même si oui, clairement, il est loin d’être dénué de défauts. J’ai eu beaucoup de mal avec Benedikta (je trouve le personnage très mal écrit et exploité) tout comme Jill très vite reléguée au statut d’amie d’enfance et love interest du héros. Par contre la fin m’a ému, ça c’est sûr.
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Oui, Benedikta est oubliable et j’ai trouvé l’histoire entre le héros et Jill très mièvrement écrite… Heureusement qu’il y avait aussi quelques moments de fulgurance ! Merci pour ton commentaire !
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