J’ai terminé deux jeux indépendants dernièrement et, bien que les deux titres m’attiraient, j’ai été agréablement surprise par l’un, mais irrémédiablement déçue par l’autre. Je me demande ce qui, dans les similitudes ou les différences d’Endling et Jusant, a pu me satisfaire ou – au contraire – me rebuter. Endling – Extinction is Forever est un jeu développé par Herobeat Studios en 2022, tandis que Jusant, une production Don’t Nod, est paru en octobre 2023.
Deux dystopies rudes et douces à la fois
Endling peut être considéré comme un jeu d’aventure voire de survie. Une jeune mère renarde tente de protéger ses petits, de les nourrir et de les éduquer, à travers un monde bien rude. La situation dégénère lorsque l’un d’eux est kidnappé, car elle essaie aussi de le retrouver. L’intrigue du jeu de plates-formes Jusant, si on peut la qualifier comme telle, est bien plus cryptique. Un(e) jeune vagabond(e) explore un monde désolé, et s’évertue à escalader une immense tour, en compagnie d’une étrange créature ronde qui couine : le Ballast.
Dans les deux cas, il s’agit de jeux silencieux, presque contemplatifs, reposant sur une narration environnementale. Endling se déroule dans un monde dystopique mais sans doute proche du nôtre, chronologiquement. Les éléments de science-fiction sont en effet très discrets. La survie de la renarde et de sa famille est dérangée par le changement brutal des saisons, la pollution et surtout par la cruauté des humains. Sans surprise, le contexte de Jusant est encore plus cryptique et mystérieux. Le/la protagoniste croise les artefacts laissés par une civilisation perdue et semble rechercher de l’eau. On suppose donc qu’il s’agit aussi d’un univers dystopique. Toutefois, l’ambiance semble beaucoup plus éloignée de notre réalité.
La sensation si relative de la répétitivité
Avec ce genre de jeux, je m’attends – à tort ou à raison – à une expérience douce, chill, mais ayant toutefois le don de me surprendre ou de me faire réfléchir. Je dois dire qu’Endling remplit toutes les cases. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les 30 jours de l’histoire, au fur et à mesure que le territoire de la renarde s’étend. L’expérience a été douce, apaisante et certains points d’intérêt sont venus rendre la map plus passionnante. Je n’ai malheureusement ressenti rien de tout cela dans Jusant, dont la maniabilité du gameplay m’a trop déplu pour rendre l’expérience chill, et dont les niveaux ne m’ont jamais transportée, même si certains s’avéraient – heureusement – plus ludiques que d’autres. Ce jeu m’a semblé répétitif, et l’autre non. Et pourtant, un jeu vidéo est par essence répétitif. A moins d’appartenir à plusieurs genres, et même s’il renouvelle souvent ses mécaniques de gameplay ; celles-ci demeurent généralement les mêmes. Tout dépend si l’on arrive à se laisser transporter par l’univers ou non, et ceci est tellement subjectif !
Bien sûr, le gameplay est important. A cet égard, la différence entre Endling et Jusant est paradoxale. Le premier est, je le rappelle, un jeu de survie. Les renardeaux peuvent mourir à cause d’un prédateur ou de la famine. Certes, Endling n’est pas difficile, car on peut toujours recharger le début de la journée, en cas d’échec, mais l’on se sent tout de même responsable de ces bêtes. Je dirais même qu’un attachement émotionnel naît avec les personnages. En revanche, il est impossible de mourir dans Jusant. De coutume, je n’ai rien contre ce type de jeux, bien au contraire, mais on ne se sent ni en danger, ni investi. Je sais que l’attachement envers les personnages est quelque chose de majeur, dans mon évaluation d’une œuvre, et je n’ai rien ressenti, ni pour le/la vagabond(e), ni pour la créature qui l’accompagne. De surcroît, malgré l’absence de game over, Jusant n’est pas forcément plus simple et demande une certaine dextérité.
Le gameplay d’Endling est assez minimaliste, mais aucun jour ne se ressemble. Bien des détails font la différence. Jusant, quant à lui, possède plusieurs chapitres dont l’ambiance et les défis de traversée changent, mais plusieurs m’ont semblé ennuyeux, soit parce qu’ils manquaient d’originalité, soit parce que la maniabilité m’a définitivement déplu. Le jeu n’est pas difficile pour les gamers aguerris mais je ne le conseille pas aux joueurs très ponctuels. Chaque gâchette de la manette contrôle une main du personnage qui escalade. Les manipulations sont donc répétitives et pas forcément confortables. Un moment du jeu m’a semblé difficile, non pas parce qu’il l’était réellement, mais à cause du manque de repère et surtout de maniabilité.
Enfin, ce qui prime dans un jeu indépendant, c’est naturellement sa direction artistique. J’ai été absolument conquise par celle d’Endling qui donne l’impression de se promener dans un dessin animé, en 2D. Pourtant, le jeu est bel et bien en 3D. Ce paradoxe est assuré par les mouvements latéraux des personnages. Quant à Jusant, bien que les graphismes soient jolis et qu’il y ait plus d’un panorama valant le détour ; je l’ai trouvé très quelconque. Je peine à comprendre comment il se démarque d’autres jeux indépendants, car ni ses graphismes ni sa direction artistique ne m’ont semblé très originaux. Il va peut-être réussir à se démarquer par sa verticalité.
J’ai déjà fait plusieurs fois Endling, et il est possible que je replonge dedans à l’avenir. Même si c’est à cause de raisons personnelles, l’histoire – pourtant toute simple – m’a beaucoup émue. Malheureusement, je n’ai rien ressenti devant Jusant, que je doute de relancer un jour. Et pourtant, objectivement, il ne s’agit sans doute pas moins d’un bon jeu qu’Endling…
Conclusion
Mon avis envers Endling et Jusant ne dépend guère de leurs différences. La plus marquante est sans doute le gameplay très horizontal de l’un, et la progression toute verticale de l’autre. Les deux jeux ont même des points communs, qu’il s’agisse de leur univers dystopique et paisible à la fois ou de leur narration purement environnementale. Par ailleurs, leurs mécaniques de gameplay sont si simples et minimalistes qu’on pourrait les qualifier de répétitives. Pourtant, un jeu est un coup de cœur tandis que le deuxième m’a déçue. Peut-être est-ce une question d’originalité. Certes, les jeux mettant en scène des renards sont innombrables (comme je l’avais déjà expliqué dans un article), mais j’ai rarement fait un jeu de survie dénué de pression ou de dimension horrifique, durant lequel les jours défilent, comme dans un calendrier. Jusant, pour sa part, s’inspire de titres iconiques comme Journey ou Rime, mais je peine réellement à voir comment il s’en démarque. Or, son problème de maniabilité n’a pas joué en sa faveur. Mais ce qui compte par-dessus tout, selon moi, c’est l’investissement émotionnel que l’on va accorder à l’histoire ou aux personnages, et cela est tellement subjectif…
Il s’agit sans doute de l’un des articles où je donne le plus mon avis à chaud. Il est basé sur mon ressenti plus que sur des recherches, c’est pourquoi je serais ravie d’avoir votre avis sur la question. Si vous vous voulez en savoir davantage sur Endling, qui fut un réel coup de cœur, vous pourrez bientôt retrouver mon test sur Pod’Culture. Quant à Jusant, tentez donc l’aventure. Le jeu aura peut-être plus de chance auprès de vous, qu’avec moi !





