Death Stranding 2 : On the Beach | Faut-il se reconnecter, à tout prix ?

Death Stranding, premier du nom, fait partie de ces œuvres vidéoludiques ayant changé ma vie de gameuse, et même au-delà. Je vous en avais d’ailleurs proposé mon analyse en septembre 2022. Il y a plus de trois ans déjà. Peut-être est-ce un signe du destin, mais sa suite, toujours développée par Kojima Productions, est sortie – à un jour près – pour mon dernier anniversaire, le 26 juin 2025. D’une part, j’attendais beaucoup ce titre, de l’autre, la conclusion du premier opus était si aboutie, à mes yeux, que je ne voyais pas l’intérêt d’une suite. J’ai donc pris tout mon temps pour le découvrir, et ne l’ai d’ailleurs terminé que très récemment. Death Stranding 2 est un jeu très clivant, même pour moi. J’ai rejeté plusieurs de ses idées en bloc, sans prendre la peine de me demander pourquoi je réagissais ainsi. Et puis du temps a passé, je me suis documentée sur le jeu, et il s’avère que Kojima voulait de toute façon diviser sa fanbase. On va mentionner, sans langue de bois, les nouveautés et surtout les redondances m’ayant particulièrement dérangée. Mais il serait faux de croire que Kojima ait fait preuve de paresse scénaristique. Ainsi, l’on se concentrera sur quelques secrets du jeu et une clé de lecture possible. Il est évident que cette analyse comporte des spoilers. Pourtant, j’ai envie de vous inciter à continuer à lire. Death Stranding 2 étant assez cryptique, moins vous lancer dans l’inconnu pourrait vous être salutaire.

Faisons un bref récap de l’histoire. Après avoir relié les nord-américains et accessoirement avoir volé un BB, Sam (Norman Reedus) vit reclus, au Mexique. Il voit grandir Lou, désormais âgée de deux ans. Un jour, Fragile (Léa Seydoux) retrouve Sam pour le sortir de sa retraite, mais aussi lui garantir la future sécurité de Lou. Le protagoniste retrouve sa combinaison et son sac de porteur, afin de connecter les villes et abris du Mexique. Sam se demande si cela ne reviendrait pas à tenter de conquérir un pays, cependant Fragile assure qu’il ne travaillera pas pour l’UCA, mais une entreprise privée : Drawbridge, dont le directeur est anonyme. Sam confie Lou à Fragile pour partir en mission. Mais, à son retour, on se rend compte que Fragile est la pire baby-sitter du monde… Suite à un événement tragique, Sam accepte de reprendre pleinement du service. Un portail interplaque mystérieux permet de se téléporter vers un autre continent : l’Océanie. La mission est de reconnecter les survivants de l’Australie. Sam n’est plus aussi seul, au cours de son périple. En effet, il rejoint l’équipage qui voyage au sein du Magellan. Outre Fragile, et d’autres vieilles connaissances, on peut mentionner le capitaine du vaisseau : Tarman (George Miller, le réalisateur de Mad Max), ou encore deux jeunes femmes dotées de capacités hors du commun : Rainy (Shioli Kutsuna) et Tomorrow (Elle Fanning). Mais Sam a aussi des ennemis, à commencer par l’homme masqué écarlate, se révélant être Higgs (Troy Baker), ou encore Neil Vana (Luca Marinelli), qui intervient de la même manière que Cliff Unger (Mads Mikkelsen), dans le précédent volet. Le pays propose de nouveaux dangers, à travers des terres arides et un mont enneigé. Pourtant, Sam fera tout pour sauver le Fort-Relais Terminal et reconnecter l’Australie.

On peut d’abord s’interroger sur le titre de Death Stranding 2, assez paradoxal. « On the beach » est une expression utilisée par la Royal Navy signifiant que le marin est hors service voire mis à l’écart. Or, si c’est le cas au début de l’aventure, Sam reprendra assez vite du service. D’un autre côté, on peut considérer qu’il connaît une autre forme de disgrâce. « On the beach » rend avant tout hommage au roman éponyme de Nevil Shute, publié en 1957. L’intrigue se déroule justement en Australie. Après une guerre nucléaire, les habitants du pays attendent, inéluctablement, des retombées radioactives. L’attente de la mort, ou la réaction face à elle, sont des thématiques centrales, dans les deux œuvres. Le roman s’inspire lui-même d’un poème de T.S. Eliot, les « Hommes creux », dont on retient ces vers : « En ce dernier lieu de rencontre, / nous tâtonnons ensemble / et évitons de parler, / rassemblés sur cette plage du fleuve tumultueux. »Death Stranding 2 est une œuvre elle-même poétique, mais qui aurait pu en douter ?

La poésie se dégage de l’écriture de Death Stranding 2, mais aussi dans son aspect contemplatif. Il s’agit, sans exagérer, de l’un des plus beaux titres auxquels j’ai joués sur PlayStation 5. Les paysages sont à couper le souffle et les personnages ressemblent plus que jamais aux acteurs et actrices leur ayant prêté leurs traits. Pour autant, ne vous attendez pas à beaucoup de nouveautés. Non seulement la structure narrative est identique, mais les mécaniques de gameplay ne révolutionnent rien. Il existe quelques outils en plus pour mener à bien les livraisons, mais rien de bien mémorable, dans l’ensemble. Le jeu peut paraître plus simple de prime abord. Sam a assez vite accès aux véhicules et aux armes. On se sent moins démunis, dans ce jeu plus axé sur l’action. Cela ne m’a pas empêchée de trouver certaines commandes plus fastidieuses, mais après 110h de jeu pour débloquer le trophée Platine, ma patience était sans doute étiolée. Il existe aussi plus de moyens de téléportation qu’avant. J’ai déjà mentionné le portail interplaque permettant d’aller du Mexique à l’Australie et inversement. Outre cela, le Magellan nous transporte d’un point à un autre de la carte. Sam peut construire des transpondeurs ou encore forger des sources chaudes, qui débloquent des voyages rapides. Pour autant, ces moyens de téléportation présentent tous des contraintes : certains nous séparent de la marchandise portée, quand d’autres empêchent Sam d’obtenir des points d’expérience. Somme toute, il sera toujours utile de bâtir les routes connectant le pays, et même les lignes de monorail, jusqu’alors inédites. Celles-ci permettent de relier des mines aux différents abris, afin d’y expédier de gros stocks de matériaux, ou Sam lui-même. La météo est, quant à elle, bien plus dynamique et périlleuse dans ce volet. Les rivières peuvent entrer en crue, les tempêtes de sable sont légion et il m’est arrivé d’être emportée par un éboulement ou une avalanche, pour ne citer que cela. Comme si ces dangers ne suffisaient pas, il faut toujours prendre garde aux camps de mules et aux échoués. A cela s’ajoute une menace inédite : les Méchas Fantômes. Il s’agit de robots hostiles auxquels Higgs n’est pas étranger. Enfin, j’ai été séduite par l’introduction d’animaux sauvages. Il existe même un refuge animalier, à qui les confier. La première livraison pour cet abri consiste à sauver un kangourou d’un incendie. Il existe d’autres espèces à livrer, et même des animaux albinos. Cet aspect pokémon-like n’était pas pour me déplaire. D’ailleurs, des grenades de capture permettent d’emprisonner des échoués pour les faire combattre. Mais toutes ces nouvelles mécaniques sont, au final, très peu exploitées. Or, ce n’est pas la seule chose qui donne à Death Stranding 2 un parfum d’inachèvement.

Beaucoup d’aspects de l’histoire m’ont initialement dérangée. Je ne comprenais pas pourquoi l’intrigue et même les personnages étaient à ce point identiques au premier volet. Je n’ai jamais apprécié l’expression 1.5, pour parler d’une suite, d’autant plus quand elle sort à peine quelques années après le jeu original ; mais je l’ai utilisée pour qualifier Death Stranding 2. Non seulement la structure narrative est la même, mais certaines informations ont remis en cause des faits ou des ressentis installés dans le premier opus. Je me suis sentie tantôt déçue, tantôt trahie. Il est temps de mentionner explicitement la mort de Lou, dès le début du jeu. Outre le fait qu’il s’agisse d’un bébé de deux ans, j’ai réalisé que j’ai passé mon temps à la protéger, dans le premier volet, pour rien… Pire encore, Lou revient sous forme de BB, dans sa capsule accrochée à la combinaison de Sam. On apprend très vite que Sam est dans le déni de la mort de sa fille, et que la capsule en question est vide. Sam n’a pourtant aucune difficulté à voir les échoués. Dans ce cas, quelle est l’utilité d’un brise-brouillard ? Et surtout, pourquoi m’imposer le même voyage que dans le premier opus ? Je voulais voir grandir Lou, pas revenir à la case départ. Malgré cette frustration, je me suis quand même dit que j’avais affaire à Kojima, et que Lou n’était probablement pas morte ; ou du moins qu’elle reviendrait sous une autre forme. Un autre regret, très subjectif, est l’absence de toute référence à Cliff Unger, qui était de loin mon personnage préféré. Kojima a expliqué que son arc narratif était terminé et qu’il ne le ferait pas revenir, par respect. Je comprends et je valide ce choix. J’apprécie aussi le fait que Neil Vana ait la même fonction que Cliff, mais était-il obligatoire de le rendre à ce point identique ? Comme Cliff en son temps, Neil est un esprit torturé du passé, dont Sam perçoit les souvenirs, lorsqu’il se connecte à son BB. Neil intervient par trois fois, au cours d’affrontements militaires. Beaucoup comparent Neil Vana à Solid Snake (Metal Gear), et à juste titre. Neil a quasiment la même tenue, à commencer par le bandeau mis avant chaque combat. Mais c’est avant tout et surtout un sosie de Cliff. On le voit fumer à plusieurs reprises, il est entouré par les mêmes soldats infernaux et il nourrit aussi – a priori – une obsession pour Lou. L’histoire de Neil est aussi intéressante que frustrante. On apprend qu’il suivait une thérapie auprès de Lucy, la compagne de Sam. Or, Lucy était la mère biologique de Lou. Ce qui fait de Neil le père. On se demande si un lien aussi étroit entre Lou et Sam était utile, sans compter que, pour toute réaction, Sam prétend qu’il n’a en réalité jamais eu de relation avec Lucy et qu’il n’était que son patient. Je me suis sentie, une fois encore, trahie. Le fait que Sam ait perdu une femme et un enfant, autrefois, était très important dans son background et dans la psychologie du personnage. On finit bientôt par comprendre que Sam a menti pour ne pas admettre qu’il a été trompé par Lucy. On apprend même, par-dessus le marché, que le père biologique de Lou n’était pas Neil, mais bien Sam. Lucy avait menti pour protéger son bébé à naître du BB Program. Mais il en ressort une autre problématique. Sam avait-il besoin d’être le père biologique de Lou ? Je trouvais le lien entre le porteur et son BB d’autant plus beau, qu’il était adoptif et spirituel. Pour en finir avec ces trahisons et redondances, il est impossible de ne pas mentionner le retour de Higgs d’entre les morts. Toujours plus excentrique, celui-ci a le projet de détruire l’humanité, et il est encore plus exaspérant que dans le premier opus. Le duel contre lui se termine d’ailleurs de la même manière, en utilisant une mise en scène de jeu de combat. Vous l’aurez compris, la narration de Death Stranding 2 est – de prime abord – répétitive, traîtresse mais aussi inutilement compliquée par des plot-twists qui n’en sont pas vraiment.

A chaque fois que l’on croit avancer, Death Stranding 2 nous fait reculer. Dans les premières images promotionnelles du jeu, Sam apparaissait avec des cheveux blancs. Cela laissait supposer qu’il avait vieilli, et que Lou avait grandi. Or, les cheveux de Sam blanchissent suite au traumatisme provoqué par la mort de Lou. Il s’empresse d’ailleurs de les teindre, afin de maintenir le statu quo. Du fait de ces premières images, je m’étais déjà demandé si Elle Fanning n’incarnait pas Lou, devenue adulte. Souvenez-vous, j’ai aussi supposé que Kojima n’avait pas vraiment tué la fille de Sam. Sans surprise, j’avais raison, ce qui n’empêche pas le jeu de présenter Tomorrow comme un personnage inédit, ou de garder le suspense sur son lien avec Sam, jusqu’à la fin. Et ce n’est même pas bien fait. On sait que Lou a un grain de beauté en forme de cœur sur le bras. Et justement, on ne voit jamais le bras en question, de Tomorrow. Même quand Higgs révèle à Sam que Tomorrow est sa fille, l’équipage du Magellan s’empresse de supposer qu’elle est sans doute née grâce à de l’ADN prélevé à Sam. On souffle très fort. Le jeu finit enfin par admettre que Tomorrow est Louise, la fille de Sam. Or, Norman Reedus, encore plus monolithique que dans le premier opus, n’a pas beaucoup de réaction. D’un certain côté, il n’a aucun lien avec cette Lou adulte, à laquelle il n’a quasiment pas parlé, pendant tout le voyage. Quand Death Stranding était parvenu à me faire m’attacher à une fille adoptive, enfermée dans une capsule ; le deuxième opus ne m’a rien fait ressentir, alors que Lou sait parler et que Sam et elle sont liés par le sang ! C’est un comble. Les seuls éléments de surprise, plutôt efficaces, résident dans la raison pour laquelle Lou grandit si vite. Fragile, afin de la sauver de la menace de Higgs, a décidé de se téléporter sur la Grève, même si ce don était devenu trop dangereux pour elle. Or, le temps ne s’écoule pas de la même manière, là-bas, et dans le monde des vivants. On apprend par ailleurs que Fragile est morte à la place de Lou, et n’avait que du sursis, auprès de Sam. (Mais tant mieux, je n’aime pas Léa Seydoux). Il y a beaucoup d’autres plot-twists ratés ou dérangeants, mais l’identité du leader secret de Drawbridge se place assez haut, dans ma liste. Ce personnage apparaît sous la forme d’un mannequin appelé Charlie. Lors de leur première rencontre, il demande à Sam quelle voix il devra utiliser. Je pensais être confrontée à un vrai choix, mais non, puisque l’on est contraint d’opter pour la voix de Die-Hard, l’ancien président de l’UCA (Tommie Earl Jenkins). Je vous le donne en mille, la vraie identité de Charlie est Die-Hard. Une fois encore, la narration cherche à faire passer cela pour un plot-twist. C’est inutile et d’autant plus grotesque que le look et la personnalité de Die-Hard ont complètement changé. Je pense qu’une certaine scène de danse aura traumatisé plus d’un joueur. Personnellement, je n’ai pas beaucoup aimé que la berceuse de Cliff, pour Sam, puis pour Lou, soit à ce point détournée par Die-Hard, mais aussi Higgs. Mais si tout cela était finalement volontaire et avait du sens ?

Je pourrais parler de tellement d’autres éléments incohérents ou sous-exploités, et ce, de manière non exhaustive. Concrètement, à quoi sert Dollman ? Le pantin accroché à la ceinture de Sam me semblait une idée plaisante, en référence à la tête de Mimir, dans God of War ; mais c’était jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche. Dollman passe son temps à décrire ce qu’il se passe ou à nous dire quoi faire, même quand c’est complètement obvious. Kojima est complètement en roue libre, dans Death Stranding 2. On ne va pas se mentir, c’est parfois jouissif, mais cela amène aussi des scènes gênantes. Je peux encore mentionner la danse de Charlie. L’échoué Kaiju avec le Magellan à la place de la tête passe encore, mais alors, le bébé Lou de la taille de Godzilla avec des petites ailes d’ange… ? Tant que j’y suis, pourquoi on n’en apprend pas davantage sur le fait que les femmes enceintes restent bloquées à sept mois de grossesse ? Rainy ne va donc jamais accoucher ? L’histoire personnelle de Tarman, le capitaine du Magellan, est très cool, d’autant qu’elle est inspirée de Moby Dick ; mais elle ne connaîtra elle non plus aucun dénouement. Et que dire de l’Aventurier qui est un incapable fini, et qu’on passe notre temps à aller sauver ? Les personnages secondaires sont tout de même laissés de côté, quand ils ne nous trollent carrément pas. Mais une fois encore, admettons que tout cela ait du sens…

Plusieurs informations relatives à la production de Death Stranding 2 ont leur importance. Le premier opus sort en 2019. L’existence d’une humanité isolée et confinée trouvera bientôt un reflet dans la réalité. Le Covid-19 bouleverse le monde, dès le mois de mars 2020. A partir de là, Kojima remanie l’écriture de Death Stranding 2, qui ne doit pas être aussi proche de la réalité. Concernant le gameplay, Kojima n’utilise pas les phases de test pour s’assurer que le jeu soit plaisant. Au contraire, les premiers retours étant trop positifs, le créateur décide de compliquer le cheminement vers les livraisons du jeu. Kojima veut diviser volontairement, ce qui pourrait expliquer tous nos désagréments. Mais s’il veut tant surprendre, pourquoi sortir une suite aussi répétitive ? La clé de lecture est inattendue. Le premier jeu faisait l’apologie de la reconnexion humaine, et du besoin de s’entraider. Mais cette reconnexion et je dirais même, cette ère de sur-connexion, incarnent-elles vraiment un idéal à atteindre ? Kojima semble avoir beaucoup remis son propre message en question, à une époque où le deepfake et les photos (ou vidéos) générées par IA, deviennent de plus en plus nombreux et réalistes. L’humanité n’utilise pas internet que pour s’entraider, mais aussi et surtout pour répandre de fausses informations, de la peur et de la haine. Death Stranding 2 est à la fois une réponse et une critique à cette nouvelle ère. Entendons-nous bien. Je suis très loin d’avoir compris cela seule. Cet article n’aurait jamais été aussi abouti sans ma lecture de l’analyse « Homines liberantes sumus », rédigée par Light01C, ou la vidéo « Le message caché de Death Stranding 2 », produite par The name’s Lamine, (qui m’a elle-même permis de découvrir le premier article). Comme je le disais, Death Stranding 2 se veut le dénonciateur de plusieurs travers de la société, comme l’escalade à la course à l’armement. Par-dessus tout, il nous met en garde contre l’intelligence artificielle, incapable de réelle créativité. Au début du jeu, on est plutôt satisfaits d’avoir accès à l’APAS, un logiciel jouant le rôle d’arbre de compétences pour Sam. Cela nous facilite la tâche. Le créateur de cette technologie, et nouveau président de l’UCA (Alastair Duncan) n’apparaît d’abord pas comme une menace. Il finit toutefois par révéler son vrai visage et ses véritables intentions. Il souhaite causer la fin de l’humanité, en sauvegardant uniquement ses mémoires, afin de mettre fin au mouvement et à la mort elle-même. (Je ne fournirai hélas pas un meilleur résumé car le monologue d’explication était long et cliché, et il se pourrait que j’ai un peu décroché). Ce que l’on retient, c’est qu’il se déroule dans une vallée de pierres tombales, qui n’augure effectivement rien de bon pour les humains. Le Président et son objectif incarnent une allégorie de l’IA, qui prétend inventer de nouvelles choses, alors qu’elle ne fait que recycler des idées, en puisant dans un circuit aussi fermé que l’Ouroboros. L’IA est un serpent qui se mord la queue. Bien sûr, une dénonciation aussi simple et anecdotique ne serait pas à la hauteur de l’audace de Kojima, qui va carrément écrire son jeu entier comme s’il avait été pensé par une IA.

L’IA ne peut être ni pertinente, ni innovante et encore moins émouvante. C’est pour cela que les personnages et les idées du premier Death Stranding mais aussi de l’œuvre de Kojima (à commencer par les Metal Gear) sont aussi recyclés, et ce de façon parfois maladroite, inappropriée ou même froide. Je suis malheureusement étrangère à la saga Metal Gear, mais Death Stranding 2 lui emprunte énormément. Neil ressemble beaucoup à Snake, certes, mais d’aucuns ont trouvé le Magellan familier. Le cyborg ninja, ne révélant son identité qu’à la fin, serait aussi issu de Metal Gear. Neil est identique à Cliff Unger, au point que leur mort soit quasiment la même. On nous refait même le coup du jeu de mot révélant la fonction du personnage (le nom de Cliff donnait cliffhanger et celui de Neil nirvana). A défaut de créer un nouvel antagoniste, l’histoire fait revenir Higgs, qui montre combien il est devenu cool de chercher à nuire et à détruire. Le jeu refuse de voir Sam changer, tout en nous privant de voir Lou grandir. Le père est encore plus impassible que dans le premier opus, et la fille revient sous un autre aspect. A vrai dire, Lou est loin d’être le seul personnage masqué, témoignant qu’on ne peut plus se fier à ce que l’on voit. On peut penser au Président, à Deadman (Guillermo Del Toro) ou encore à Charlie, dont la danse imprévisible a peut-être elle aussi une explication. Elle interrompt le discours fastidieux du Président, de façon si impromptue et what the fuck qu’elle n’aurait pas pu sortir des données stockées par une IA. L’IA ne crée rien. En y réfléchissant, la carte de l’Australie est simplement le reflet inversé de celle de l’Amérique du Nord. Sam ne va plus vers l’ouest, mais vers l’est. L’indice le plus révélateur est le dédoublement de l’image de Sam, à chaque fois que celui-ci franchit le portail interplaque, permettant de se téléporter vers un autre continent. Enfin, les références à Moby Dick ne sont pas innocentes, qu’il s’agisse de l’histoire de Tarman, du livre déposé dans la chambre de Sam, ou du pécheur traquant la Reine du lac de poix… Le studio Moby Dick est un faux développeur de jeu vidéo, qui prétendait travailler sur un jeu intitulé Phantom Pain, en 2012. Naturellement, ce studio a été imaginé par Kojima. Pendant un an, Kojima s’est donc amusé à troller le public et la presse, avant de révéler que Moby Dick n’existait pas et que Phantom Pain, alias Metal Gear Solid V, serait développé par ses soins. C’était bien sûr dans le but de promouvoir son nouveau jeu. Mais c’est aussi un indice que tout n’est que faux semblants dans Death Stranding 2. Kojima est revenu sur son message de Death Stranding. Il n’est pas bon de vouloir tout reconnecter, à tout prix. Ou alors, la reconnexion induit un éternel recommencement. Quand on se rend compte que la chasseur de fantômes est mort, Dollman nous suggère même de nous déconnecter du réseau Chiral, pour pouvoir lui parler. Death Stranding 2 offre la possibilité de se balader sur la carte, sans réseau et sans les nombreuses contributions des autres joueurs. La dénonciation de Death Stranding 2 est, en y repensant, un coup de maître en terme de manipulation des joueurs et de dénonciation de la société. Malheureusement, et même si je n’aurais pas voulu que le jeu soit trop explicatif, ce message est difficile d’accès. Je doute que les joueurs et joueuses plus occasionnels consacrent autant de temps à la compréhension de l’histoire de Death Stranding 2, au point de se documenter sur le jeu, et à pardonner toutes les frustrations provoquées par ce dernier. Kojima a beau s’excuser par l’intermédiaire de Fragile, à la fin, pour nous avoir fait perdre du temps (auprès de Lou, mais pas que) ; je doute que ça soit suffisant. Certes, Death Stranding 2 est un jeu d’auteur, expérimental, mais il faut plus de cent heures si on veut complètement en venir à bout. On a beau saluer l’idée et le message, et même pardonner plusieurs trahisons ; on peut tout de même se sentir légitimement floués.

Une fois n’est pas coutume, Kojima se prend pour un génie ou un dieu. Avec Death Stranding 2, il frappe fort, mais ce n’est pas aussi bien orchestré qu’il le pense. La clé de lecture de l’œuvre me pousse au respect, sans pour autant réhabiliter le jeu à mes yeux. Cette suite est et restera largement inférieure au jeu original. Mais j’imagine que Kojima est fier de lui, si l’on se fie aux easter eggs à sa propre effigie. En vous baignant dans une source chaude, vous pouvez contempler les constellations, et voir le portrait de Kojima se dessiner. Ah, on ne se refait pas. Ce n’est évidemment pas la seule référence du jeu. Même si Rainy est, comme d’autres personnages secondaires, sous-exploitée, j’aime ce qu’elle représente. Dans l’univers de Death Stranding, la pluie est dangereuse. Or, quand elle sort, Rainy fait tomber la pluie. Si cette capacité la rend mal-aimée (au moins autant que le loup d’Intermarché), force est de constater qu’elle a son utilité et sa beauté.Je pense encore à la manière dont Rainy danse sous la pluie, à la manière de Gene Kelly. C’est la pluie qui permet d’éteindre les incendies et de raviver la nature. Enfin, Rainy, dont la couleur symbolique est le jaune, agit de manière solaire dans le Magellan. Une fois n’est pas coutume, les éléments du premier opus sont utilisés à contre-emploi. On peut mentionner d’autres références, comme l’apparence de Higgs, inspirée du film The Crow. Celui-ci utilise d’ailleurs une guitare comme arme, ce qui m’a rappelé Demyx, dans Kingdom Hearts 2. Parmi d’autres objets déblocables, on remarque le masque de Ghost of Yotei ou une combinaison reprenant l’art de Junji Ito, mangaka et maître de l’horreur. Le prologue du jeu m’a beaucoup fait penser au film Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993). Quand Fragile nous demande d’accepter la mission, j’ai dit « non » comme beaucoup d’autres joueurs, je présume. Le jeu nous amène alors à recommencer la cinématique, qui démarre elle-même par une chanson du même style que « I got you babe », (celle du réveil de Bill Murray). Il s’agit de « Raindrops Keep Falling on my Head », chantée par BJ Thomas, pour être exact. (Une chanson certes plus appropriée pour le jeu, ou pour Rainy). Concernant la vraie bande originale, elle est en partie composée par Woodkid. Le chanteur incarne d’ailleurs le Mécanicien, vivant au nord-est de l’Australie. On peut dire que les caméos sont nombreux. De manière non exhaustive, on compte la présence de Mike Flanagan, créateur de The Haunting of Hill House, et plus récemment The Life of Chuck, dans l’Observatoire environnemental du nord. Kate Siegel, son épouse mais aussi et surtout une de ses actrices récurrentes, se trouve dans le Fort-Relais 1. J’aime bien le personnage du Pizzaiolo, car il nous rappelle qu’on prend du plaisir à remplir des quêtes fedex, et parce qu’il offre une cinématique mémorable. C’est Mamoru Oshii (Ghost in the Shell) qui lui prête ses traits. Nicolas Winding Refn (Heartman) et Guillermo Del Toro (Deadman) sont de retour, mais d’autres copains réalisateurs font leur apparition, comme George Miller, cité plus tôt. L’aventurier dont je me suis plaint est interprété par S.S Rajamouli (RRR). Les frères Philippou, à qui on doit le film d’horreur australien La main se trouvent dans l’abri de M. Impossible… Je pense que tout ceci est anecdotique tout en étant révélateur de la volonté de proposer une ode à l’art le plus cosmopolite. Pour finir, au vu des thématiques explorées par le jeu, il était pertinent de faire intervenir la youtubeuse virtuelle Usada Pekora, en tant qu’analyste de données.

Comment conclure un article tel que celui-ci ? Peut-être en mentionnant l’épilogue du jeu lui-même. Lou se retrouve seule, face à ce qui ressemble à un portail interplaque, en forme de mains gigantesques. On suppose qu’elle s’apprête à voyager, vers encore un autre continent, où elle fera des livraisons comme son père, dont elle porte une tenue similaire. Elle possède aussi l’écharpe en forme de gants animés, de Fragile, devenue sa mère de substitution. Du moins, elle lui doit la vie. Oh, et elle fume, comme l’auraient fait Neil, son protecteur, ou Cliff, son grand-père. Lou est l’héritage de tous ces personnages, qui continuent à vivre à travers elle. Cette fin est clichée, mais satisfaisante. Elle ouvre une porte vers un troisième jeu, dont Lou pourrait être l’héroïne. Le gameplay s’en verrait nettement changé, car la jeune fille possède des talents liés à la poix, incomparables. Mais Death Stranding 2 a-t-il vraiment besoin d’une suite ? Et puis, même si cela devait arriver, on devine que Kojima ne nous donnera pas ce que nous attendons, ni même ce que nous souhaitons. Terminons, pour de bon, ces bonnes paroles, avec une citation tirée de l’article de Light01C, qui résume bien la démarche du jeu, influencée par le bouddhisme : « Dans le bouddhisme, la souffrance naît de l’illusion d’exister : puisque tout est interconnecté, le futur n’est que la conséquence du passé. Ainsi, rien n’existe en soi, car tout est le résultat de causes multiples, interconnectées et réciproques. La souffrance naît donc de l’illusion de vivre, de l’attachement et de la peur du changement. Ainsi, le nirvana est la libération de l’illusion et donc de la souffrance. Il est atteint par le détachement et l’acceptation du changement. C’est une quête de l’instant présent. »

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Héros ou vilain ? Quand le jeu vidéo brouille les pistes…

Dans l’univers du jeu vidéo, un phénomène m’interpelle et me captive, depuis quelques années. Les frontières se brouillent de plus en plus entre le protagoniste et l’antagoniste, ce qui met fin à tout manichéisme. Le temps est loin où le gentil se devait simplement d’affronter les adversaires. Pour rappel, le protagoniste est un personnage permettant de faire avancer l’intrigue. Au contraire, l’antagoniste pose des obstacles, bloquant le dénouement. Bien sûr, tout n’est affaire que de point de vue, dans certains jeux vidéo, depuis longtemps. Prenons en exemple un jeu de combat, comme Tekken, dont le premier opus est sorti sur PlayStation en 1994. Fort naturellement, selon le personnage que l’on incarne, l’ennemi à abattre ne sera pas le même. Au demeurant, ma pensée se tourne vers des jeux plus narratifs, dans lesquels ce changement de perspective a un réel impact sur l’histoire et sur le gameplay. Si vous y avez joué, vous allez certainement tout de suite penser à The Last of Us Part II, paru en 2020. Il est vrai que ce titre est assez révolutionnaire à ce niveau, et a marqué un tournant dans l’histoire du jeu vidéo. S’il n’est pas le dernier à brouiller les pistes entre protagoniste et antagoniste, il n’est pourtant pas le premier non plus. Je vais aborder dix jeux qui effleurent cette question, sous des angles différents. Il s’agit bien sûr d’un choix personnel et non exhaustif. Si vous n’avez pas fait certains de ces jeux, vous pouvez tout simplement sauter le paragraphe qui leur est consacré, pour éviter des spoilers.

Star Wars KOTOR est un jeu de rôle développé par BioWare et sorti initialement sur PC en 2003. L’histoire se déroule quatre millénaires avant le règne de l’Empire Galactique. En ces temps reculés, de nombreux Jedi affrontent les Sith, alors innombrables. Le plus célèbre et le plus craint d’entre eux est un dénommé Dark Revan, récemment trahi par son apprenti, Dark Malak. Vous vous réveillez dans la peau d’un personnage masculin ou féminin, que vous aurez pu personnaliser. Malgré votre amnésie, vous deviendrez un Jedi talentueux, avant de parcourir la galaxie, à bord de votre propre vaisseau. Vous explorerez bien des planètes, tant pour régler leurs problèmes internes, que pour trouver des indices sur le plan fomenté par les Sith. KOTOR est un jeu de rôle à l’ancienne, doté de combats au tour par tour et où vos décisions peuvent changer le cours des événements. Non seulement vous pouvez apprendre à mieux connaître les membres de votre équipe, mais vous pouvez aussi basculer du côté lumineux ou obscur de la Force. Or, à un point culminant du jeu, vous apprenez que l’ennemi juré des Jedi, Dark Revan, n’est pas mort. Il s’agit de vous-même, avant que votre apprenti ne vous trahisse et que les Jedi choisissent de remanier votre esprit. Je me souviens encore du choc que j’ai éprouvé en assistant à cette révélation pour la première fois. Il s’agit de l’un des meilleurs twists de l’histoire du jeu vidéo. Ainsi, j’incarnais le « méchant » depuis le début. Et pourtant, le jeu ne s’arrête pas là. J’ai alors encore le choix entre rester du côté des Jedi, ou, au contraire, embrasser pleinement le côté obscur afin de me venger. KOTOR dispose ainsi de plusieurs fins, et j’ai toujours exploré celle du côté obscur, tant elle est déchirante. En décidant de redevenir Dark Revan, vous êtes en effet amené(e) à tuer plusieurs de vos amis. Il s’agit de personnages qui vous ont accompagné(e) tout au long de l’aventure, que vous avez aussi incarnés et entraînés. Le jeu, par sa narration et son gameplay, nous contraint à faire des choix qui nous impliquent émotionnellement et qui nous forcent à agir, nous frappant en plein cœur. Un grand jeu.

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Kingdom Hearts II est un action-RPG développé par Square Enix et sorti sur PlayStation 2 en 2005. Il s’agit de la suite des aventures de Sora, un garçon qui explore les différents univers Disney, en rencontrant parfois des personnages de la franchise Final Fantasy. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, en lançant le deuxième opus, je n’incarnais plus Sora, mais Roxas. La franchise m’avait projetée dans la peau d’un nouveau protagoniste, sans me prévenir. Roxas est un garçon aux cheveux dorés, portant une veste blanche avec des motifs de damier. Il vit dans la Cité du Crépuscule et profite des derniers jours des vacances d’été, en compagnie de ses amis. Or, d’étranges phénomènes se déroulent dans la ville, les amenant à enquêter. Roxas finit alors par apprendre qu’il n’existe pas vraiment. Il n’est que le Simili de Sora, un reflet ayant pris forme lorsque le porteur de la Keyblade est momentanément devenu un Sans-cœur, à la fin du premier jeu. Cette révélation est déchirante pour Roxas, comme pour les joueurs. En effet, la fin des vacances ne rime pas seulement avec la rentrée des classes. Tout n’était qu’illusion dans cette Cité et Roxas est bel et bien au crépuscule de sa vie. Il lui faut s’endormir pour toujours afin de laisser sa place à Sora. Suite à cette introduction riche en émotions, nous incarnons de nouveau Sora, accompagné de Donald et Dingo. Nous continuons à explorer des mondes Disney, pourchassés par la lugubre Organisation XIII. Mais, à la fin du jeu, dans son palais mental ; Sora doit affronter un adversaire auquel il ne s’attendait pas. Il est encapuchonné de noir et il porte deux Keyblades. C’est un adversaire particulièrement difficile à vaincre, au sein d’un combat de boss mémorable. Il s’agit bien sûr de Roxas.

Heavy Rain est un thriller interactif développé par Quantic Dream et sorti sur PlayStation 3 en 2010. Vous êtes amené(e)s à incarner quatre personnages, enquêtant, à leur manière, sur un tueur en série. Le tueur aux origamis s’en prend aux jeunes garçons, que l’on retrouve noyés cinq jours après leur enlèvement. Après la disparition de Shaun Mars, son père Ethan décide de tout faire pour le récupérer. C’est aussi le cas de la journaliste Madison Paige, du profiler du FBI Norman Jayden et du détective privé Scott Shelby. Il s’agit d’une expérience très narrative et cinématographique. Malgré quelques mécaniques de gameplay, le jeu se repose essentiellement sur les choix que vous allez être amené(e)s à faire. Il est délicat de parler du dénouement de Heavy Rain dans la mesure où il existe plusieurs fins possibles. Ce qui est certain, c’est que l’on finit par apprendre que le tueur en série que nous recherchions n’est autre que Scott Shelby. Ainsi, nous l’incarnions sans nous douter de rien. Nous étions l’ennemi mortel du jeu, depuis le départ. Les différents personnages que nous contrôlons sont amenés à s’affronter les uns les autres, et cela peut devenir mortel. C’est une expérience assez unique et intéressante, que l’on ne peut retrouver que dans ce genre de jeux narratifs. J’aurais aussi pu parler de Detroit : Become Human (2018). Mais je trouve Heavy Rain beaucoup plus fort, pour ce sujet, tant il a su me duper.

On aborde un autre jeu narratif, développé par Telltale Games, cette fois-ci. Initialement sorti en 2013, il s’agit de la suite des aventures de Clémentine, une jeune fille qui essaie de survivre dans un monde infesté de rôdeurs. Ce jeu a la particularité d’être composé de cinq épisodes. Comme son genre vidéoludique l’exige, malgré quelques mécaniques de gameplay, le jeu se focalise avant tout sur les dialogues et les choix qui vont impacter la suite des événements, ainsi que la fin. Cette série Telltale est réputée pour être particulièrement prenante et émouvante. Dans la première saison, nous incarnions Lee, qui devenait un père de substitution pour la jeune Clémentine. Dans la deuxième saison, Clémentine a bien grandi et se débrouille par ses propres moyens. Elle n’est malgré tout qu’une adolescente qui sera amenée à hésiter entre l’influence de deux mentors : une survivante aguerrie nommée Jane ou bien un homme que Clémentine connaît depuis la première saison, Kenny. Bien que nous n’ayons jamais incarné directement ce personnage, il est de notre côté depuis le début, nous pourrions donc être incité(e)s à nous tourner vers lui. Or, Kenny perd de plus en plus la raison, au point de devenir dangereux même pour ceux et celles qu’il aime. Au cours du dernier épisode, une dispute virulente concernant AJ, le bébé qu’ils ont pris sous leur aile, amène Jane et Kenny à se battre. Dans la peau de Clémentine, vous pouvez alors choisir de laisser mourir Jane, de tuer Kenny, ou encore de vous retrouver seule avec le bébé. C’est un choix très déchirant car les adversaires finaux sont des personnages que l’on a appris à suivre et à aimer au cours des épisodes, voire des saisons précédentes. De mon côté, je n’ai jamais pu me résoudre à abandonner Kenny.

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A Way Out est un jeu d’aventure et de coopération, développé par Hazelight Studios. Ce jeu imaginé par Josef Fares est sorti en 2018. Il est très particulier dans la mesure où vous être forcé(e) d’y jouer avec un(e) ami(e), en local ou en ligne. En effet, chaque joueur est amené à incarner l’un des deux protagonistes : Leo Caruso, le sanguin, ou Vincent Moretti, le plus réfléchi. Il s’agit de deux prisonniers qui tentent de s’évader de prison. Le jeu est très cinématographique, tant au niveau de sa mise en scène que de ses références au septième art. Les mécaniques de gameplay évoluent aussi beaucoup. Ce qui rend le jeu si unique, c’est le lien d’amitié voire de fraternité qui naît entre Leo et Vincent. Cette relation est renforcée par le fait que vous jouiez – a priori – avec quelqu’un que vous appréciez-vous même. Vous devrez faire preuve de beaucoup de solidarité et de coopération pour venir à bout de l’histoire du jeu. Malheureusement, après une cavale pleine de péripéties, Leo apprend que Vincent était un policier infiltré. Il est difficile de ne pas se sentir trahi(e) par ce frère d’arme, qui devient tout à coup un ennemi. Lors du dénouement, les deux hommes sont amenés à s’entre-tuer, dans une scène rendant hommage au film Heat (1995). Alors qu’on avait l’habitude de coopérer avec son ami(e), cette personne devient tout à coup notre adversaire. C’est très déstabilisant et forcément émouvant. La narration et le gameplay brouillent plus que jamais la frontière entre protagonistes et antagonistes, et ce avec une grande virtuosité.

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Death Stranding est un jeu développé par Kojima Productions et sorti sur PlayStation 4 en 2019. Le titre est réputé pour son univers très spécial et ses graphismes réalistes, accomplis par la capture de mouvements, à partir de plusieurs acteurs et actrices de renom. Il est difficile de décrire l’intrigue de Death Stranding. On se contentera de dire que Sam Porter (Norman Reedus) arpente un monde post-apocalyptique, en essayant d’échapper aux défis environnementaux et aux échoués, afin de créer de nouvelles connexions entre les différents individus d’une humanité déchue et recluse. Il porte un BB, condamné à ne pas naître, dans une capsule, afin de mieux détecter les esprits. Le jeu se plaît à détourner les codes et propose ainsi différentes phases de gameplay. Certaines s’apparentent à un TPS car Sam est engouffré dans des failles spatio-temporelles qui lui font revivre certaines grandes guerres. Là-bas, il affronte systématiquement Cliff Unger (Mads Mikkelsen), un soldat obsédé par l’idée de lui dérober son BB. Somme toute, Cliff est un ennemi récurrent, mystérieux et emblématique du jeu. Il met de sérieux bâtons dans les roues de Sam. Mais ce qui est étrange, c’est que le protagoniste rêve de lui dès qu’il se connecte au BB. A la fin du jeu, l’on se rend compte que Cliff ne cherchait pas le bon enfant. Il s’agit en fait d’un esprit du passé, hanté par l’idée de retrouver son fils, sans se douter qu’il a bien grandi. Cliff est en réalité le père de Sam lui-même. Outre le fait qu’il s’agit d’un excellent twist, il est très émouvant de découvrir le lien unissant les deux hommes. Cliff est plus un être trahi et maudit qu’un réel antagoniste. D’ailleurs, quand Sam est sur le point de perdre son BB, un ultime retour dans le passé lui dévoile comment Cliff était parvenu à sauver son propre fils. Cela donne la solution à Sam pour délivrer le BB de sa capsule. Ainsi, alors qu’il était un antagoniste qui nous empêchait d’avancer, Cliff Unger permet tout à coup de dénouer le nœud de l’intrigue, de façon heureuse. Ce retournement de situation a davantage lieu par des cinématiques que par de nouveaux éléments de gameplay, mais il s’agit de l’un de mes personnages favoris des jeux vidéo.

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Faut-il présenter The Last of Us Part II ? Il s’agit d’un survival horror, développé par Naughty Dog et sorti sur PlayStation 4 en juin 2020. Il s’agit de la suite des aventures de Joël et Ellie, tentant de survivre dans un monde post-apocalyptique, envahi d’infectés. Bien que l’introduction permette d’incarner Joël, nous sommes désormais amené(e)s à jouer Ellie, qui est devenue une femme redoutable. Après la perte de son mentor, pour ne pas dire père adoptif, Ellie décide de pourchasser, sans relâche, celle qui l’a tué. Il s’agit d’une certaine Abby. La première moitié du jeu permet ainsi d’incarner Ellie, qui parcourt le monde, afin d’obtenir sa vengeance. Le rythme du jeu en a surpris plus d’un car, en plein milieu de l’histoire, et lors d’un événement plein de tension, l’intrigue s’arrête brutalement. Elle revient alors en arrière, nous permettant tout à coup de jouer l’histoire parallèle, du point de vue de Abby. Nous changeons brutalement de protagoniste, au point d’incarner un personnage qui a commis l’irrémédiable, en s’en prenant à Joël, le héros du premier opus. The Last of Us Part II commet un tour de force en nous faisant découvrir les motivations d’Abby, en nous forçant à la jouer et, de fait, à ressentir de l’empathie pour elle. Cela nous enseigne combien ce genre de conflits est peu manichéen. A la fin de l’arc d’Abby, le boss final n’est autre qu’Ellie… Elle passe de protagoniste à antagoniste, tant en terme de narration que de gameplay. Il s’agit d’un combat éprouvant, où Ellie se cache et tend des pièges. Ses tactiques ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles du terrible David. Face à une telle situation, nous sommes tiraillé(e)s. Quel que soit le personnage qui gagne, nous sommes perdant(e)s. Mais Abby décide de laisser la vie sauve à Ellie. Cet acte ne suffit pas à apaiser la colère d’Ellie, qui revient la traquer, lors d’un acte final. L’ultime combat du jeu permet d’incarner Ellie, contre Abby. Les deux femmes sont éprouvées moralement et physiquement et, contre toute attente, Ellie laisse à son tour partir Abby. Ce jeu nous apprend à nous mettre à la place de l’ennemi, et que la vengeance est un cercle vicieux. Abby est, elle aussi, l’un de mes personnages favoris.

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Ghost of Tsushima est un jeu développé par Sucker Punch et sorti en juillet 2020, sur PlayStation 4. C’est un jeu d’action et d’infiltration se déroulant dans un monde ouvert, et plus précisément dans le Japon féodal, au XIIIe siècle. Jin Sakai est un samouraï tentant de défendre son île, face à l’invasion des Mongols. Or, pour sauver son territoire, il lui faudra laisser de côté l’honneur des samouraïs afin de développer ses propres techniques, et devenir le fantôme de Tsushima. A la fin du jeu, malgré la victoire de Jin, le Shogun n’a pas apprécié ses méthodes et décide de le condamner à mort. Or, l’exécutant choisi n’est autre que l’oncle de Jin, le seigneur Shimura. Nous devons affronter, au cours d’un duel, un membre de la famille, un mentor. Après avoir vaincu son oncle, Jin a le choix de l’achever, afin de respecter le code d’honneur des samouraïs, ou de l’épargner, ce qui ferait définitivement de lui un paria et un fantôme. Ce dilemme moral est particulièrement percutant.

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Little Nightmares II est un jeu d’horreur et de plate-forme développé par Tarsier Studios, en 2021. Malgré son titre, on devine que cet opus se déroule avant le premier Little Nightmares. Nous n’incarnons plus Six, mais Mono, un garçon dont le visage est toujours dissimulé. Au cours des différents chapitres du jeu, nous aiderons Six à traverser une ville bien hostile, où des monstres cannibales et gargantuesques se montrent menaçants. Le jeu est réputé pour son univers à la fois oppressant, envoûtant et cryptique. Nous avons de l’affection pour Six, que nous avons incarnée dans le premier jeu et avec laquelle nous avons collaboré, dans ce titre. Il nous est même arrivé de la sauver et de la défendre car elle semble, parfois, encore plus vulnérable que nous. Or, comme Little Nightmares I le laissait présager, Six est un personnage gris et difficile à cerner. Il s’agit justement du boss final de Little Nightmares II, dans une conclusion mémorable, où elle prend à son tour une forme géante et monstrueuse. C’est un antagoniste d’exception, mais nous arriverons une fois encore à la sauver, grâce à une boîte à musique. Or, quand les deux enfants essaient de s’échapper de la Tour où ils étaient enfermés, Six décide d’abandonner Mono, en le laissant tomber dans un gouffre. On découvre alors que, en grandissant, Mono devient l’Homme Filiforme, un autre ennemi majeur du jeu. Six l’a-t-elle trahie par mesquinerie ou parce qu’elle savait qu’il représentait un danger ? Qui est l’antagoniste et qui est le protagoniste ? Une fois encore, les frontières sont brouillées. Pour l’un, comme pour l’autre, nous avons incarné des monstres en devenir, sans nous en rendre compte.

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Spider-Man 2 est un jeu d’aventure développé par Insomniac Games et sorti sur PlayStation 5 en octobre 2023. Il s’agit ni plus ni moins de la suite des aventures de l’homme araignée, qui explore New-York avec ses toiles, afin de lutter contre le crime. Cette fois-ci, nous n’incarnons pas seulement Peter Parker, mais également Miles Morales, qui possède des pouvoirs légèrement différents. Les deux Spider-Men devront faire face à plusieurs menaces, à commencer par Kraven le Chasseur, puis le Symbiote Venom. Spider-Man 2 m’a très agréablement surprise grâce à sa mise en scène spectaculaire et son histoire passionnante. Sans surprise, Peter se laisse infecter par le symbiote qui prend progressivement possession de lui. Son costume devient alors noir et organique. Lors d’un combat contre Kraven, Peter doit bloquer la cloche de l’arène car le bruit lui est insupportable. Il prend le dessus et tente de tuer le Chasseur, mais Miles intervient et l’en empêche. Alors, un nouveau combat a lieu, dans la même arène. Cependant, nous incarnons Miles face à Peter. Et la cloche n’est plus un obstacle de l’environnement, mais une alliée. Comme si ce duel n’était pas suffisamment impressionnant, le jeu va beaucoup plus loin pour brouiller les pistes entre protagonistes et antagonistes. On apprend ainsi que c’est Harry Osborn, le meilleur ami de Peter, qui va se transformer en Venom. Le jeu permet même de contrôler cet ennemi majeur, lors d’une séquence d’anthologie. Venom pousse le vice jusqu’à contaminer MJ, la petite amie de Peter, qui se transforme à son tour en Scream. Le combat est alors tout aussi titanesque et riche émotionnellement. L’écriture de Spider-Man 2 est brillante. Le symbiote n’a jamais été aussi bien exploité car il démontre la part de noirceur qui sommeille en chacun de nous.

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J’ai terminé le tour de ces dix jeux qui brouillent les pistes entre protagonistes et antagonistes, que ça soit par le biais de la narration ou du gameplay. En plus de rompre toute notion de manichéisme, je trouve ce mécanisme très efficace pour impacter directement les joueurs et joueuses. Une fois la surprise passée, nous sommes confronté(e)s à nos émotions et à nos responsabilités. Ce mécanisme, bien maîtrisé, peut rendre certains jeux et certains personnages particulièrement marquants. Il n’est pas rare que cela soit lié à des choix narratifs, dans des titres proposant plusieurs fins, mais ce n’est pas toujours le cas. Certains jeux savent très bien où ils veulent nous mener, à la fois pour notre plus grand malheur, et notre plus grande fascination. Si The Last of Us Part II a marqué un tournant dans cette rupture du manichéisme, il n’est pas le premier titre s’évertuant à déstabiliser les joueurs et joueuses. Peut-être a-t-il lancé un effet de mode. Dernièrement, alors que je ne m’y attendais pas, Spider-Man 2 est aussi allé très loin dans ce cheminement. Comme je le disais plus tôt, il ne s’agit que d’une liste non exhaustive. Aussi, si vous avez d’autres jeux à suggérer, n’hésitez pas à le faire !

L’analyse de Death Stranding | « L’été où j’ai grandi »

Nous sommes le 1er juin 2022 lorsque je m’apprête à lancer Death Stranding sur PlayStation 5. Ma vie a basculé depuis un an et demi et aucun jeu ne m’a véritablement fait vibrer depuis Little Nightmares II (février 2021) et The Last of Us Part II (juin 2020). Les aléas de la vie m’ont-ils rendue hermétique à l’immersion proposée par les jeux vidéo ? Dois-je me détourner quelque peu de ma passion à l’aube de mes 30 ans ? Très tôt, l’aventure de Sam Bridges m’intrigue. Je me laisse surprendre par l’histoire, a priori cryptique, puis transporter (sans mauvais jeu de mots) par le gameplay. Pendant très exactement un mois, le jeu occupe à la fois mes pensées et mon temps libre. Il fait écho en moi et m’aide à passer un cap, allant jusqu’à me souhaiter un heureux anniversaire le jour fatidique. A l’heure où j’écris cet article, je n’ai pas touché à Death Stranding depuis presque deux mois. Il continue pourtant à occuper mes pensées, après y avoir laissé une marque aussi indélébile que l’empreinte d’un échoué. Death Stranding est de ces jeux que j’oublierais volontiers simplement pour avoir la satisfaction extatique de le découvrir une nouvelle fois. Par son intrigue, son gameplay, ses personnages et son dénouement, il s’est hissé sans problème auprès de mes œuvres vidéoludiques favorites.

Il y a tant à dire sur cette aventure ineffable, difficile à résumer et encore plus à analyser. Death Stranding est un jeu d’un genre nouveau, qui, tout en abordant des thématiques vieilles comme le monde, le fait avec modernisme et témérité. Ambivalente par définition, la dernière création de Hideo Kojima n’hésite pas à renforcer l’immersion jusqu’à son paroxysme, afin de mieux briser le quatrième mur par la suite. Death Stranding n’est pas seulement une lettre d’amour aux jeux vidéo, mais aussi à l’art et au cinéma. Cet assemblage de cultures et de croyances variées est le terrain de jeu de personnages authentiques, inextricablement liés les uns aux autres. Hideo Kojima le reconnaît lui-même : « Je ne veux pas que mes personnages soient de simples lignes de code. Il faut qu’ils soient comme de vraies personnes, qu’ils soient vivants, organiques. Je veux également retranscrire les difficultés qu’ils traversent. » C’est pourquoi cette analyse se fera à travers le prisme des personnages principaux de Death Stranding. Sans doute est-il inutile de préciser que cet article comporte des spoilers.

A strand game

Bridget Strand, le pont entre les mondes

Étendue dans un lit d’hôpital, Bridget Strand (Lindsay Wagner) sait que ses jours sont comptés. Au-dessus de son lit planent les entremêlements de fils dont sa vie dépend, désormais. Ils évoquent aussi la pluie battante qui s’écrase sur le sol, dehors, privant la terre de toute vie. Bridget Strand est la dernière Présidente des États-Unis. Elle espère que son rêve d’unifier les villes survivantes ne s’éteigne pas avec elle. Bridget Strand est à l’origine de tout. Et son nom l’indique. Les personnages de Kojima, aussi authentiques soient-ils, demeurent à la fois symboliques et fonctionnels. C’est pourquoi l’onomastique est très révélatrice. Bridget est un dérivé de « bridge », le « pont » en anglais. Strand renvoie directement au titre du jeu. Ce mot désigne à la fois les liens et les rivages mais aussi l’échouement des grands animaux marins sur la plage. C’est par le Death Stranding que tout a commencé. La sixième extinction de masse a bouleversé l’ordre naturel des choses. La destruction du monde a réduit à néant la barrière qui séparait les morts des vivants. Les âmes en peine des défunts errent sur la terre, pareilles à des échoués. La pluie battante prive les êtres vivants de leur jeunesse et la moindre mort provoque une néantisation dévastatrice. La planète est devenue un environnement hostile dans lequel il faut lutter chaque jour pour survivre. Pour se préserver de la pluie mortelle et des échoués, les survivants se réfugient dans des bunkers, en ville voire à l’écart de toute civilisation. Les liens humains se sont complètement disloqués. C’est pourquoi Bridget Strand souhaite raviver les anciens États-Unis d’Amérique, en créant les UCA. Les êtres humains doivent apprendre à se reconnecter les uns aux autres, pour survivre.

Comme Hideo Kojima le dit lui-même, Death Stranding est un jeu d’un genre nouveau. Il s’agit d’un strand game, consistant à « créer et renforcer des liens, dans tous les sens du terme. » D’autres jeux ont exploité cette mécanique de gameplay par le passé, mais elle n’était pas forcément au centre de l’intrigue et de toutes les préoccupations. Au contraire des titres dont nous sommes coutumiers, il n’est plus question de manier le bâton ou une arme pour progresser. Tuer est pénalisant. L’intrigue ne se termine pas par un affrontement sempiternel contre le boss final. Bridget Strand, ni morte, ni vivante, se révèle également être Amélie, celle qu’elle présentait comme sa fille : un agent d’extinction. Là aussi, l’identité du personnage était révélé par son prénom. Amélie est composé du mot français « âme » et du mot anglais « lie », signifiant mensonge. En dépit de cette trahison, les joueurs n’ont pas à terminer le jeu ni par la violence ni par le meurtre. Au contraire, il est nécessaire de jeter son arme afin d’étreindre Amélie, dans un ultime geste pacifiste.

Sam Bridges, le bâton et la corde

Tout comme Amélie, certaines personnes possèdent des facultés extraordinaires. Le DOOMS permet de percevoir les échoués ou encore de se téléporter sur la grève, un entre-deux liant la terre à l’au-delà. Certains individus sont même capables de revenir d’entre les morts. Il s’agit des rapatriés. Sam Bridges (Norman Reedus), le protagoniste, est l’un d’entre eux. Sam est coutumier de l’errance dans les montagnes, afin de livrer des colis à autrui, mais aussi et surtout de fuir tout contact humain. Après avoir visité Bridget, sa mère adoptive, sur son lit de mort ; Sam accepte, à contre-cœur, de réaliser sa dernière volonté. Il participera activement à la reconstruction des UCA. Pour ce faire, il sera aidé d’un brise-brouillard, l’aidant à détecter les échoués. On utilise comme diminutif BB. Et pour cause, il s’agit d’un fœtus enfermé dans une capsule transparente et permettant de renforcer le lien entre les vivants et les morts.

Le lien, c’est décidément tout ce qui importe dans Death Stranding. L’idée du jeu est pensée autour d’une nouvelle de Kōbō Abe baptisée Nawa (La corde), comme l’expliquait Kojima en 2016 : « Le bâton est le premier outil crée par l’humanité, pour se protéger. Le second outil est la corde. La corde est un outil utilisé pour mettre en sécurité, pour rapprocher les choses qui vous sont chères. La plupart des jeux utilisent le bâton. On frappe, on tire, on attaque. La communication ne se fait souvent que de cette manière. Je voudrais que les gens communiquent non plus par l’équivalent du bâton, mais par celui de la corde. » La corde représente à la fois l’outil manié par Sam pour franchir les obstacles et livrer les colis, mais aussi les connexions qui existent entre les individus. Le porteur est à la fois le vecteur de ces reconnexions et un fervent critique de celles-ci. De prime abord, Sam ne croit pas en la reconstruction du pays et ne pense pas fondamentalement que le monde puisse ou doive être sauvé.

Outre la corde, la main est un autre symbole redondant dans le jeu. C’est la main qui tient la corde, mais c’est aussi celle dont les échoués laissent l’empreinte lorsqu’ils se déplacent ou touchent Sam. C’est une main qui blesse mais qui recherche le contact. Comme les vivants, les échoués ont peur d’être oubliés. Cette main, on la retrouve jusque dans la forme des cristaux chiraux. Elle est omniprésente. Or, Sam a la phobie du contact physique. Death Stranding est un jeu plus lucide que manichéen, qui est capable de condamner ce qu’il défend. Le jeu se veut une critique acerbe du monde moderne, dans lequel les individus ne se voient plus physiquement, mais à travers des écrans. Ils fuient le contact humain et les relations s’émiettent. Les gens ne se soucient plus que du nombre de likes, qui constituent par ailleurs la source de récompense majeure du jeu. Et pourtant, en dépit de cette omniprésence discutable des réseaux sociaux, ce sont eux qui vont permettre aux humains de renouer et d’oser retourner les uns vers les autres. Sam a la mission de connecter les différentes villes et autres habitations plus isolées, au même réseau, afin de raviver la civilisation. Les survivants correspondront de nouveau entre eux, ne serait-ce que par mails. Sam parviendra même à rassembler physiquement un couple qui s’était perdu de vue. Il sauvera des villes entières, grâce à l’apport de vivres et de matières premières et – plus important – il redonnera le goût de l’échange et de la vie aux habitants les plus désabusés.

Mama, le cordon ombilical

J’ai beaucoup mentionné la corde, mais elle est intimement liée au cordon ombilical. C’est lui qui, même s’il est artificiel, permet de connecter Sam à son BB. C’est aussi lui qui, intangible, retient les échoués sur la terre. Sam est à la fois un père et une mère pour ce BB dont on ne sait rien, si ce n’est qu’il se remémore d’étranges flash-back, dans lesquels son père lui parle inlassablement. Sam est lui-même un déraciné. Tout juste sait-on qu’il a été adopté par Bridget et qu’il a perdu sa femme et sa fille, des années auparavant. Bien que tous les types de relations aient leur importance dans Death Stranding, la parentalité est une thématique privilégiée. Aussi discret et pudique soit-il, on sait que Hideo Kojima a perdu son père lorsqu’il avait 13 ans, et sa mère en 2017, à peine deux ans avant la sortie initiale de Death Stranding. Il est lui-même le père de deux fils. La relation parentale est au cœur du jeu, que ça soit par le biais de Sam, ou de Mama (Margaret Qualley), pour ne citer qu’elle. La scientifique était enceinte lorsqu’elle fut ensevelie sous les décombres de l’hôpital, suite à son effondrement. Elle perdit son bébé qui devint un échoué et resta malgré tout lié à elle. Son surnom, Mama, prend tout son sens. Notons que Mama avait une sœur siamoise, Lockne, dont elle fut séparée lorsqu’elles étaient bébés. Les sœurs jumelles finiront malgré tout par être rassemblées.

Fondation et chute du 4e mur

Fragile, une immersion solide

Une jeune femme utilise un parapluie ressemblant à s’y méprendre à des éclats de verre pour disparaître et réapparaître à son gré. Elle répond au doux nom de Fragile (Léa Seydoux), et est justement à la tête de la première entreprise de livraison privée du pays. Contrairement à ce que son patronyme indique, elle est loin d’être vulnérable. Fragile est un des nombreux éléments du jeu renforçant l’harmonie ludo-narrative. Le gameplay et l’intrigue ne se contredisent jamais, si bien que l’immersion est toujours à son paroxysme. A vrai dire, tout à une explication. Si Sam a la possibilité d’utiliser le voyage rapide, c’est parce que Fragile l’aide à se téléporter d’une région à une autre, grâce au DOOMS. Dans un souci de vraisemblance, Sam est contraint de laisser tous les objets et outils qu’il possède dans le lieu dont il part. La mort elle-même ne peut pas mettre fin au jeu ni rompre l’illusion que nous sommes immergés dans l’univers. Sam meurt réellement mais, dans la mesure où il est un rapatrié ; son âme est capable de retourner vers son corps afin de regagner la vie.

Enfin, le concept même du titre exploite des poncifs du jeu vidéo avec le plus grand sérieux. Sam a de bonnes raisons d’explorer un monde ouvert puisqu’il doit reconnecter les villes entre elles. Les quêtes fedex, tellement décriées dans les jeux actuels, prennent tout leur sens puisque Sam est littéralement un livreur. C’est son job de livrer des objets d’un point A à un point B, et il n’est pas le dernier à s’en plaindre ! Paradoxalement, quand d’autres open worlds, aux missions plus diversifiées, exaspèrent à cause de la multitude et la répétitivité de leurs quêtes fedex, Death Stranding parvient à nous surprendre et même à nous passionner. Les livraisons ne sont pas là pour rallonger artificiellement la durée de vie du jeu mais sont notre raison d’être. Tout ce qui est livré facilite la vie des différents personnages du jeu, qui s’ouvrent un peu plus à Sam, à chaque fois, au point de créer des liens. On se sent utile vis-à-vis des PNJ mais aussi des autres joueurs à travers le monde, puisqu’il est possible de fabriquer des routes et autres constructions, dont ils peuvent profiter. S’il peut sembler rébarbatif de gérer l’inventaire de Sam, de ne pas dépasser la limite de poids et de traverser de longues distances, parfois à pieds ; Death Stranding se révèle étrangement addictif. Peut-être est-ce parce que Kojima, en fin connaisseur des poncifs du jeu vidéo, s’amuse avec eux tout en les renouvelant. Les joueurs se sentent investis d’une mission, au sein d’un univers à la fois post-apocalyptique et étrangement apaisant, si l’on omet la menace des MULES ou des échoués. L’univers et l’intrigue sont quoiqu’il en soit assez absorbants pour donner l’envie de continuer à progresser, contre vents et marrées.

Easter Higgs ou easter egg

Un homme drapé de noir attaque Sam, à plusieurs reprises. Il porte l’index au niveau de ses lèvres, comme pour intimer au silence. Il est difficile de deviner la véritable identité de Higgs (Troy Baker) dans la mesure où il porte un masque doré. Higgs pourrait être traduit par « boson », le nom d’une particule en mécanique quantique. Il est incarné par Troy Baker, le comédien que l’on retrouve derrière la plupart des doublages de jeux vidéo, depuis une vingtaine d’années : The Last of Us, God of War, Batman (Telltale) ou Uncharted 4 pour ne citer que cela. Il n’est pas étonnant que Higgs soit masqué dans la mesure où Troy Baker joue lui-même à visage couvert, la plupart du temps. Il finit malgré tout par révéler son vrai visage. Baker a arpenté un large panorama du paysage vidéoludique ; il était donc l’interprète idéal pour faire de Higgs le personnage qui a pratiquement conscience d’être dans un jeu vidéo. En dépit de l’harmonie ludo-narrative mentionnée plus tôt, Death Stranding regorge de moments méta, d’hommages variés aux jeux vidéo et même d’une propension à briser le quatrième mur, surtout par l’intermédiaire du personnage de Higgs. Ainsi, le terroriste est le seul à utiliser le vocabulaire technique du jeu vidéo, comme la notion de « game over ». Il devient l’archétype même du boss en finissant par affronter Sam au corps à corps. Alors, l’angle de caméra change, nous ne pouvons plus que nous protéger ou frapper et – surtout – les barres de vie de Sam et Higgs apparaissent sur les deux côtés de l’écran. Death Stranding, qui se veut si révolutionnaire, mime tout à coup le gameplay d’un jeu de combat. Et ce n’est pas la seule fois qu’il a recours à un tel procédé. Les affrontements contre Cliff Unger nous projettent tout à coup dans un TPS. La version Director’s Cut permet de construire un circuit de course, dans lequel Sam devra réaliser les meilleurs temps, afin de remporter un véhicule inédit…

Kojima s’amuse avec différents types de gameplay et multiplie les références envers les jeux vidéo. Les personnages font eux-mêmes allusion à Mario et Peach lorsque Sam et Amélie se retrouvent sur la grève. De nombreux accessoires du jeu rendent hommage à Cyberpunk 2077 et Horizon Zero Dawn. On trouve même une référence à Silent Hills, lors d’une scène secrète, dans la chambre. Sam fait un cauchemar et aperçoit une silhouette saccadée à travers la vitre de la douche. Pour rappel, Hideo Kojima travaillait avec Norman Reedus (et Guillermo Del Toro) sur Silent Hills, avant ses différends avec Konami. Le jeu d’horreur fut annulé, au point que la démo baptisée P.T, pourtant aussi effrayante que légendaire, soit totalement retirée du PS Store. Passons. Certaines références aux jeux vidéo sont plus subtiles que cela. Les MULES sont d’anciens porteurs qui ont perdu la raison et agissent en groupe, afin d’attaquer et voler les biens des passants. Leur nom ne fait pas seulement référence à l’animal, mais aussi à M.U.L.E, le premier jeu coopératif jusqu’à quatre joueurs, sorti en 1983. Enfin, dans Death Stranding, tous les personnages sont interprétés par des comédiens qui leur prêtent leurs traits ; y compris les PNJ. Ainsi, le vétéran, qui habite dans un bunker isolé et dont il est difficile d’améliorer le niveau de connexion, est incarné par Sam Lake. Il s’agit du créateur de jeux vidéo finlandais que l’on retrouve derrière Max Payne ou Alan Wake, pour ne citer que cela.

Un jeu multiculturel

Die-Hardman, la désillusion américaine

Dans ce monde détérioré, Higgs n’est pas le seul homme qui avance masqué. D’une certaine façon, plus personne ne se rencontre réellement. La plupart des survivants discutent par le biais d’hologrammes, tout au plus. Die-Hardman (Tommie Earl Jenkins) est un mystère car personne ne connaît son visage, ni même son passé. Sam en vient à se demander s’il peut se fier à son supérieur hiérarchique. Bien que la mission de Sam consiste à reconstruire les États-Unis, le jeu ne fait pas la glorification aveugle de l’oncle Sam. Le livreur accepte d’abord cette mission, à contre-cœur, sans croire à sa réussite ou même à son bien-fondé. Certains survivants, ayant connu le monde d’avant, conservent un regard critique vis-à-vis des sociétés dites civilisées. D’ailleurs, même si Sam part bel et bien à la conquête de l’ouest, il se tue à la tâche et est très loin de vivre le rêve américain. Ce regard critique et cette absence de manichéisme se concrétisent à travers le personnage trouble de Die-Hardman. Bien qu’il apparaisse stoïque et droit, nous ne savons rien sur son passé, si bien que l’on finit par se méfier de lui et de la hiérarchie toute entière. Et qui sait ? Peut-être à raison.

Deadman, Dia des Los Muertos

Death Stranding est un jeu crée par un japonais et inspiré par une nouvelle japonaise. L’intrigue prend place dans ce qu’il reste des États-Unis. Le jeu est toutefois beaucoup plus multiculturel qu’on ne le pense, et quoi de plus logique, puisqu’il constitue une ode aux connexions et aux liens ? D’une certaine façon, Deadman (Guillermo Del Toro) est lui-même le point de jonction de plusieurs êtres. Et pour cause, il a littéralement été crée à partir d’autres êtres humains. La cicatrice qu’il arbore sur le front est évidemment une référence à la créature de Frankenstein. Un jeu se questionnant sur la vie et la mort ne pouvait pas faire l’impasse sur le mythe du Prométhée moderne. Le réalisateur mexicain à qui l’on doit des bijoux macabres comme L’échine du diable (2001) ou Le labyrinthe de Pan (2006) a certainement beaucoup inspiré l’esthétisme de Death Stranding. C’est pourquoi le jeu est doté d’une ambiance lovecraftienne et aborde des thématiques chères au réalisateur comme le retour des défunts, souvent habités par la culpabilité. Pour autant, Guillermo Del Toro n’est pas le seul réalisateur à avoir une place de choix dans Death Stranding.

Heartman, « Valhalla Rising »

Un homme fait des allers et retour entre le monde des vivants et la grève, afin d’en percer tous les mystères. Son laboratoire surplombe un lac en forme de cœur. Il s’agit de Heartman, incarné par le réalisateur danois Nicolas Winding Refn (Bronson, Drive). Les pays scandinaves ont une grande influence sur l’univers de Death Stranding. Les paysages en sont largement inspirés et la musique elle-même est en partie composée par le groupe américano-islandais Low Roar. Le cinéma de Nicolas Winding Refn a, a priori, beaucoup inspiré les personnages principaux de l’univers de Kojima. Qu’il s’agisse de Venom Snake (Metal Gear Solid V) ou de Sam, tous deux sont des antihéros taciturnes. Nicolas Winding Refn a par ailleurs réalisé la saga Pusher, qui a révélé Mads Mikkelsen, en 1996. Hideo Kojima était un grand fan de l’acteur danois, dont il s’inspira pour imaginer Sam et auquel il confia le rôle de Cliff Unger, voulu comme le reflet du protagoniste. Cette information a son importance dans la mesure où Kojima semble avoir été particulièrement influencé par le film Valhalla Rising (2009) réalisé par Nicolas Winding Refn et avec Mads Mikkelsen, dans le rôle du guerrier silencieux. Le film, cryptique au possible, peut être résumé par des plans contemplatifs dans les paysages scandinaves, interrompus par une violence assez crue. Plus important, il fait référence au Valhalla, le lieu où les guerriers défunts vont se reposer. Or, la mythologie, qu’elle soit nordique ou non, à son importance dans Death Stranding.

Cliff Unger, du bâton à la corde

La tempête perce le ciel et Sam se retrouve dans l’enfer des tranchées. Il ignore pourquoi, mais il est condamné à vivre l’enfer de la première guerre mondiale. Les soldats avec leur faciès de mort sont légion. Ils traînent dans leur sillage un homme couvert de poix. Est-il leur esclave ou bien leur maître ? Le soldat vétéran fume des cigarettes, lorsqu’il ne réclame pas le silence ou ne tire pas à vue. Il demande, inlassablement, son bébé. Clifford Unger (Mads Mikkelsen) est – à n’en pas douter – l’un des ennemis les plus redoutables du jeu. Nous disions que la mythologie était importante dans l’univers de Death Stranding. Le jeu s’inspire effectivement de la croyance égyptienne selon laquelle nous sommes constituée du Ka et du Ha, l’âme et le corps. Cliff est généralement représenté avec l’index porté à sa bouche, pour réclamer le silence. Un geste que reprend également Higgs. Ce n’est pas seulement un signe d’autorité, c’est aussi une référence au dieu égyptien Horus qui, lorsqu’il est enfant, est représenté dans cette position. Contre toute attente, ce geste a donc une connotation joueuse, voire moqueuse.

Les failles spatio-temporelles dans lesquelles nous entraîne Cliff sont une forme de l’enfer ou du Valhalla. Ce n’est pas seulement un terrain de combat éprouvant mais aussi le purgatoire où est retenue prisonnière l’âme de Cliff, qui ne trouvera jamais la liberté, tant qu’il ne fera pas la paix avec son passé. Tant qu’il n’aura pas retrouvé son bébé.

Avec Higgs, Cliff est le seul boss humain qu’il faut neutraliser. Non seulement il est dangereux, mais il nous traque sans répit, au point que sa menace soit de plus en plus oppressante. La réalité est pourtant très différente de ce qu’on imaginait. Le dernier arc du jeu comporte un rebondissement de taille puisque nous apprenons que Cliff n’est pas le père du BB, mais celui de Sam. Sans le savoir, le livreur revivait ses propres souvenirs. Le soldat, quant à lui, n’avait pas réalisé que son fils était devenu adulte. Nous avions pourtant été prévenus de ce retournement de situation. Cliff signifie « falaise » et unger est un dérivé de anger signifiant « colère » certes, mais Cliff Unger évoque surtout le mot « cliffhanger », un ressort dramatique consistant à provoquer une situation de suspense intense.

Cliff est un personnage double car il est l’antagoniste qui nous empêche d’avancer, avant de nous permettre d’atteindre le dénouement. En somme, Cliff représente le bâton dans les roues, avant d’incarner la corde. Ce personnage énigmatique, à la fois cruel et touchant n’est pas sans m’avoir rappelé Abby, dans The Last of Us Part II. La jeune femme est présentée comme l’ennemi à abattre avant d’ensuite révéler une autre partie de sa personnalité, ainsi que ses points communs avec Ellie. C’est probablement pourquoi le personnage de Cliff m’a autant touchée. D’autres indices sont susceptibles de révéler le lien entre Sam et Clifford. Si vous partez à la recherche des cartes mémoires, l’une d’elles fait référence à God of War (2018) dans lequel un père abrupt et son fils traversent les mondes de la mythologie nordique afin de répandre les cendres de leur défunte épouse et mère. On trouve également une référence à Big Fish (2003), un film de Tim Burton dans lequel le protagoniste n’arrive pas à démêler le vrai du faux dans les histoires contées par son père, au point de le considérer comme un étranger.

Le dénouement de Death Stranding est très émouvant. Le jeu nous contraint à mener une ultime livraison. Il faut amener notre BB à l’incinérateur car il est devenu défectueux. Après une centaine d’heures de jeu, nous sommes autant attachés au BB que Sam. L’intrigue nous force à faire nos adieux avec lui et à le mener à la mort, bien contre notre volonté. Sam décide malgré tout de se connecter une dernière fois au BB et de vivre un ultime flash-back. C’est à ce moment-là que Cliff devient la clé, ou devrais-je dire la corde, qui permet de résoudre la situation. Il montre à Sam comment il l’a libéré de sa capsule, lorsqu’il était bébé, même s’il y avait très peu de chance qu’il survive. Le livreur suit son exemple et décide de libérer son propre BB du sarcophage. Maintenant qu’il a fait la paix avec la mémoire de son père, Sam est prêt à endosser le rôle de parent. Contre toute attente, BB survit et devient, de ce fait, la fille de Sam…

Lou.

Au-delà de toutes les thématiques évoquées, Death Stranding est avant tout un jeu sur le deuil. C’est probablement l’une des pires épreuves que nous sommes amenés à vivre et nous y sommes tous confrontés, un jour ou l’autre. Il est difficile de ne pas en traverser les étapes sans flancher, surtout lorsque nous devons nous-même apporter l’être cher à la mort. Pourtant, en dépit de toutes ces souffrances et incertitudes, vient l’heure de l’acceptation… En dépit de toutes ces difficultés vient l’heure de… l’espoir.

Conclusion, « L’été où j’ai grandi »

Death Stranding est un jeu aussi difficile à résumer qu’à analyser, tant il est dense et cryptique. Si j’ai été sensible à son univers, qu’il s’agisse de l’intrigue ou du gameplay ; à son immersion et en même temps sa prédisposition à rendre hommage aux jeux vidéo et au cinéma issu de tous les horizons ; j’ai avant tout été touchée par ses thématiques et ses personnages, terriblement humains. L’histoire de Cliff, intimement liée à celle de Sam et Lou, a résonné en moi et – je ne m’en rends compte que maintenant – m’a certainement aidé à avancer, à mon tour. Death Stranding est un grand jeu, pas simplement parce qu’il maîtrise l’art du suspense et des mécaniques variées de gameplay. C’est un grand jeu parce qu’il nous donne l’impression de vivre aux côtés de ces personnages dont on se méfie ou auxquels on s’attache ; mais qui tous, sans exception, créent des liens et enseignent des leçons de vie. Jamais je n’oublierai la première fois où j’ai joué à Death Stranding. L’été de mes trente ans.

Cette chronique a été écrite suite à la lecture de l’ouvrage d’analyse «  Entre les mondes de Death Stranding » écrit par Antony Fournier et édité par Third Edition, ainsi que l’Artbook officiel du jeu. Un grand merci à Mystic Falco qui continue à réaliser les miniatures du blog. Dans celle-ci, comme dans les prochaines, deux secrets sont cachés.

Comic Con et Paris Games Week [2019]

Cette année, j’ai eu l’opportunité de participer à deux événements phares à Paris : le Comic Con et la Paris Games Week. Il s’agit de deux conventions dont sont épris tous les passionnés de pop culture et de jeux vidéos. Je vais d’abord te faire le récit de mon expédition au Comic Con. Cette convention se concentre essentiellement sur les séries, le cinéma et bien naturellement les comics. Elle rend hommage aux œuvres de science-fiction ou de fantasy, tout en donnant la part belle aux super-héros. Elle a eu lieu du 25 au 27 octobre 2019, et c’est le dimanche – soit le dernier jour – que j’ai pu m’y rendre. Je te parlerai ensuite de la Paris Games Week. Comme son nom l’indique, cette convention se focalise essentiellement sur le genre vidéoludique. Elle a eu lieu du 30 octobre au 3 novembre 2019. Je m’y suis rendue le vendredi 1er novembre. (Je m’excuse d’avance pour la qualité des photos ou vidéos de cet article, mais j’ai tâché de privilégier mes propres captures du moment.)

L’article promet d’être dense, aussi je te laisse ce sommaire, afin que tu guettes les parties qui t’intéressent :

I.1 Présentation du Comic Con | I.2 Entretien avec Gustaf Skarsgard | I.3 Conférence Star Trek : Picard

II.1 Présentation de la PGW | II.2 Final Fantasy VII Remake | II.3 Death Stranding | II.4 Luigi’s Mansion 3 | II.5 MediEvil | II.6 Cyberpunk 2077

I.1 Bienvenue au Comic Con Paris

Je ne vais rien t’apprendre si tu es un habitué du Comic Con, mais si tel n’est pas le cas ; je te conseille d’être bien attentif. Le Comic Con Paris peut être assez déstabilisant si tu y vas pour la première fois, sans la moindre organisation. La convention se déroule à la Grande Halle de La Vilette et l’espace se révèle beaucoup moins spacieux que tu pourrais l’imaginer. Les stands étant essentiellement des boutiques, tu as rapidement fait le tour. Je te conseille donc d’y aller en bonne compagnie, et même déguisé, qui plus est. Les amateurs de cosplay sont très nombreux à arpenter les lieux, et c’est l’occasion de faire des rencontres ou des photos sympathiques. Je suis d’ailleurs agréablement surprise que mon cosplay sans prétention du señor Berlin (La Casa de Papel) ait été remarqué. Crois-moi, à mon niveau, quand on me demande si on peut être pris en photo avec moi, c’est une consécration !

Les trois jours de la convention sont riches en événements et en activités, malheureusement, beaucoup peuvent se révéler décevants. Il y a peu de place et beaucoup de monde. Tu peux ne pas avoir envie de patienter pour simplement prendre une photo sur le canapé de la série Friends. Ce manque d’aération est d’ailleurs fort préjudiciable si l’on souhaite admirer les cosplays incroyables du salon. Je me demande encore pourquoi la « scène » où ont lieu les rassemblements de cosplays est si ridicule.

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J’ai toutefois passé une excellente journée, riche en découvertes. Je suis par exemple tombée sous le charme du travail du dessinateur Wil Shrike, à qui j’ai acheté quelques prints et dont je suis maintenant l’instagram. Et j’ai bien sûr été marquée par les conférences auxquelles j’ai pu assister. Mon conseil ultime pour passer une bonne journée au Comic Con est de ne pas se précipiter sur les billets, et d’attendre le programme, qui est divulgué peu de temps avant l’événement. Je conseille d’autant plus d’attendre que la liste des invités est susceptible de changer, en raison de l’emploi du temps chargé des artistes. Mais si tu es curieux de rencontrer tel comédien ou tel casting, les conférences qui ont lieu sur la Grande Scène sont ouvertes à tous, enrichissantes et gratuites (au contraire des photos et dédicaces).

I.2 11h15 : Entretien avec Gustaf Skarsgård

La première conférence à laquelle j’ai assisté fut une rencontre avec le comédien suédois Gustaf Skarsgård, que tu as sûrement vu dans Vikings ou Westworld. Nous nous sommes installés au rythme des musiques folles du DJ, et nous n’avons pas beaucoup patienté. L’acteur suédois a été reçu par une membre du staff (Yaële Simkovitch), qui s’est chargée de lui poser des questions et de traduire ses réponses, avant que le public puisse lui-même prendre la parole. J’ai découvert un homme aussi avenant que discret, qui m’a permis de percevoir la série Vikings, et le personnage qu’il incarne – Floki – sous différentes angles. Et surtout, cet entretien m’a donné furieusement envie de revoir la série !

Gustaf Skarsgård était merveilleusement adapté pour le rôle de Floki. Étant de nationalité suédoise, celui-ci a plus d’affinités que nous avec le peuple Viking. D’ailleurs, il nous a confié que, plus jeune, il était amateur de combats à l’épée, d’équitation, et du Seigneur des Anneaux. Au contraire du Seigneur des Anneaux, Vikings est une série qui s’inspire de faits historiques. Le personnage de Floki a existé mais nous savons peu de choses à son sujet, si ce n’est qu’il aurait découvert l’Islande. Comme dans la série, il s’agit donc d’un grand explorateur.

Notre hôte s’est questionnée sur les raisons de la popularité de Floki, qui est effectivement un personnage que j’aime beaucoup. Certes, celui-ci est à la fois drôle et étrange, mais Gustaf Skarsgård a mis en avant sa prédisposition à se soucier des autres personnages, et ce, même s’il lui arrive parfois de… tuer quelqu’un pour les mauvaises raisons. Tu l’auras compris, l’entretien était enrichissant, mais aussi décontracté et ponctué d’humour.

L’accent a ensuite été mis sur la relation entre Ragnar (protagoniste de la série incarné par Travis Fimmel) et Floki. Pour Gustaf Skarsgård, il paraît clair que Ragnar est le seul et unique ami de Floki. Il va même jusqu’à affirmer que tous les actes de Floki sont guidés par la volonté d’obtenir l’approbation et l’affection de Ragnar. C’est ce qui rend cette relation si intense, et surtout si surprenante venant d’une série de vikings. Il faut dire que Gustaf Skarsgård ne voyait pas d’intérêt à incarner un personnage qui clamerait simplement, d’une voix de baryton : « Yes, I’m a Viking ». Floki est différent des autres. S’il avait été notre contemporain, peut-être lui aurait-on diagnostiqué une schyzophrénie ; et tout cela finit de le rendre inoubliable et attachant. Gustaf Skarsgård nous a confié que Floki n’est pas un personnage foncièrement facile à jouer, même si son attachement pour le rôle est flagrant. Floki est constamment en conflit avec lui-même, et le comédien est amené à ressentir les sentiments joués, ce qui rend certaines scènes très intenses. En même temps, il considère que cette empathie intrinsèque au métier d’acteur lui permet d’évoluer en tant que personne. C’est sans doute pourquoi les scènes émotionnelles représentent les plus grands défis, alors que les scènes de batailles peuvent être « funs » à jouer.

Je ne peux pas te résumer la conférence en entier, mais il était grisant de constater combien un comédien peut être différent du personnage qu’il incarne. Je ne parle même pas du costume ou du maquillage mais de sa voix, de son accent, de son intonation, et même de son rire. Gustaf Skarsgård nous a expliqué le processus pour trouver la voix chantante de Floki, ou encore son rire étrange, avec une démonstration à la clé. Il ne nous a pas seulement parlé de Vikings, mais aussi de Westworld, en plaisantant sur le temps qu’il mettait à comprendre les scripts des épisodes qu’il s’apprêtait à jouer. Il nous a aussi appris qu’il incarnerait Merlin, dans la série Cursed, disponible sur Netflix en 2020. Pour finir, il a reconnu qu’il rêverait de faire un film avec son père (Stellan Skarsgård) et ses frères (Alexander ou encore Bill Skarsgård). Je garde vraiment un excellent souvenir de cette conférence aussi intimiste qu’instructive.

I.3 16h : Amazon Prime Video – Star Trek : Picard

L’autre conférence à laquelle j’ai assisté est la rencontre avec le casting de la série Picard, qui sera diffusée sur Amazon Prime, dès janvier 2020. J’ai donc pu être en présence de Evan Evagora, Isa Briones, Santiago Cabrera, Michelle Hurd et Sir Patrick Stewart. Je ne suis pas fan de Star Trek, mais davantage des films X-Men, aussi étais-je très intriguée par cette conférence. Autant dire que son ambiance fut assez différente de celle à laquelle j’avais assisté plus tôt. On sentait qu’il s’agissait d’un sacré événement, même pour le Comic Con Paris. La queue était plus longue et plus dense, et la conférence a commencé avec un peu de retard. Par dessus-tout, il y avait une vraie effervescence dans la salle. Les fans étaient si excités à l’idée de rencontrer Patrick Stewart, ou de regarder – en avant-première – la bande-annonce de la série, que c’était très communicatif. La conférence n’était pas gérée par la même personne et je regrette vraiment que le traducteur (Frédéric Benudis) se soit contenté de résumer les questions ou les réponses qui ont été données, car cela a rendu certains échanges assez concis. L’autre défi constituait à mettre en valeur l’ensemble des acteurs présents, alors que tous les yeux étaient rivés sur Patrick Stewart. Ce dernier, bien rodé à l’art des interviews, a plusieurs fois réorienté les questions vers ses collègues.

Cela m’amène à te dire que Patrick Stewart est un sacré personnage. Je l’ai trouvé très franc et direct, tout en restant respectueux et intéressant. J’ai notamment pu apprendre qu’il ne comprenait que quelques mots de français, en dépit des origines francophones de Picard, et que ses collègues – plus jeunes que lui – avaient été honorés et impressionnés à l’idée de travailler avec lui. Patrick Stewart a fait semblant de se lever et d’être prêt à en découdre, lorsque Isa Briones a malgré tout reconnu ne jamais avoir suivi Star Trek, avant d’être approchée pour le rôle. L’ambiance était donc chaleureuse, même si la conférence était beaucoup moins intimiste que celle avec Gustaf Skarsgård.

Il faut dire que les questions posées par le public ont quelquefois été moins intéressantes, voire hors de propos. On a par exemple demandé à Patrick Stewart s’il avait été contacté pour jouer dans un film DC Comics, ou si on prévoyait de faire un film solo sur le Professeur Xavier. Ce à quoi il a répondu de manière concise et très drôle : « NON. » ou encore « Xavier est mort ». Certes, même s’il est naturel que les feux des projecteurs soient tournés vers Patrick Stewart, la conférence était tout de même destinée à présenter la série Picard ! D’ailleurs, quelqu’un a demandé à Patrick Stewart s’il préférait le Professeur Xavier ou Jean-Luc Picard. Celui-ci a tout simplement répondu qu’il préférait toujours celui qu’il était en train d’incarner, à ce moment-là. Comme tu t’en doutes, la saga Star Wars – grande rivale de Star Trek – a été plusieurs fois mentionnée, notamment à cause d’un lapsus du traducteur, et j’ai beaucoup aimé l’auto-dérision dont a fait preuve le casting.

Mais qu’ai-je appris sur Picard, pour en revenir à nos moutons ? A priori, la série est indépendante de tout ce qui a été fait, auparavant, de manière à partir à la conquête d’un nouveau public. Certes, le casting est tout jeune et neuf, mais les anciens comédiens et personnages sont nombreux à revenir, comme Brent Spiner (Data) ou encore Jonathan Frakes (Riker). Les aventures de Picard se dérouleront en compagnie d’un pitbull, appelé Number One, et une vraie recherche de diversité a été effectuée, de manière à raconter une histoire très humaine et profonde. Peut-être ai-je tort de m’avancer, mais il me semble que la série porte un engagement social, pour ne pas dire politique. D’ailleurs, Patrick Stewart a tenu à clore la conférence en parlant du féminisme dans les projets auxquels il participe, ou encore de la honte qu’il éprouve à l’idée de représenter l’Angleterre, depuis que le Brexit a été mis en place. Pour rappel, celui-ci est d’actualité puisqu’il était censé être effectif à partir du 31 octobre 2019, avant d’être retardé. Somme toute, cette conférence s’est révélée très instructive, même si l’ambiance était différente, et même si je ne connais rien à Star Trek !

II.1 Bienvenue à la Paris Games Week

La deuxième convention à laquelle j’ai assisté durant les vacances d’octobre est la Paris Games Week. Celle-ci s’est déroulée à Paris Expo Porte de Versailles. Et je dois avouer que, même si j’avais été prévenue qu’il y aurait beaucoup de monde, je ne m’attendais pas à une telle effervescence. Si tu veux un jour tester la PGW, je te conseille d’y aller tôt car entrer dans les lieux ne sera pas une mince affaire. C’est par ailleurs durant les premières heures que tu pourras le plus profiter des différents stands. Il y a eu un véritable pic de fréquentation de la fin de matinée jusqu’au milieu d’après-midi, au point de provoquer de véritables bouchons au niveau des couloirs entre les halls. Ce fut d’ailleurs pour moi l’occasion d’entendre la pire phrase de ma vie, lorsque le propriétaire du stand culinaire devant lequel j’attendais s’est écrié : « il n’y a plus de burgers ! » Tu l’auras compris, la journée a été fatigante. J’aimerais dire que j’ai pu profiter pleinement du salon, avant la fermeture, mais malheureusement, certains stands fermaient bien avant 18h30. Autant dire que l’organisation de la PGW, ou du moins sa gestion du public, n’est pas le point fort de l’événement. Mais peut-on lui jeter la pierre pour autant ? Il est fort probable que la PGW soit victime de son succès, et que le staff ait lui-même été pris au dépourvu face à une telle fréquentation. De plus, il s’agissait d’un jour de pluie, et surtout d’un jour férié ! Peut-être aurait-il été plus sage de ma part de m’y rendre au début, ou à la fin de l’événement.

Ayant fait le Comic Con quelques jours avant, j’ai envie de comparer l’ambiance et le public des deux conventions. J’ai pu constater que celui de la PGW était bien moins mixte que celui du Comic Con. Et pourtant, je sais que les gameuses sont nombreuses ! J’ai aussi croisé beaucoup d’adolescents, voire des familles avec des enfants très jeunes. D’une certaine façon, il est très plaisant de voir combien le jeu vidéo peut rassembler les gens. Par contre, ceux-ci étaient beaucoup moins disposés à se déguiser que lors du Comic Con. Tu vas sans doute me dire qu’il n’est pas facile de tester un jeu avec un masque sur la tête, mais l’ambiance était tout de même moins bon-enfant. Au risque de me répéter, la journée fut fatigante, en raison de la fréquentation ou de la durée de certaines queues, mais je ne regrette en aucun cas d’avoir pris part à la PGW. Et pour cause, les bonnes surprises ont tout autant été au rendez-vous.

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Pour commencer, j’ai eu la satisfaction d’apprendre que les abonnés du PS Plus avaient la possibilité de passer (ou écourter) les queues, à condition de demander un bracelet. Cela m’a fait gagner un temps précieux pour deux gros stands, dont je parlerai plus bas. Ensuite, certains stands ont été généreux en faisant tout simplement un cadeau aux participants, comme un poster ou une casquette. Les photos étaient également offertes après avoir posé devant un décor de jeu vidéo. Ces petits gestes ont rendu la PGW bien plus conviviale et sympathique, et les différents animateurs n’y sont pas pour rien ! Chacun d’entre eux était très prévenant et même drôle, à sa manière. De plus, quand tu es fan de jeux vidéo, il est tout simplement grisant de te balader entre des stands superbement décorés, et ce, en très bonne compagnie. J’ai effectivement passé la journée auprès de Hauntya, du blog Hauntya’s room. J’ai aussi pu passer un moment avec Matthieu, du blog Break Culture (pour ne citer que cela, il est notamment l’un de mes partenaires dans Pod’Culture, le podcast sur la pop-culture) ! C’est aussi ça, la PGW : des instants de partage et de rencontre avec des gens tout aussi passionnés que toi. En plus de pouvoir découvrir les jeux très attendus de l’année prochaine, ou encore les progrès de la technologie vidéoludique. J’ai par exemple été impressionnée par un terrain dédié aux prouesses de la réalité virtuelle. Mon seul et dernier regret est que les stands de goodies, en dehors de quelques exceptions, s’adressaient bien plus à des fans de mangas qu’à des fans de jeux vidéo. J’aurais pourtant juré que la Japan Expo était en juillet. Mais trêve de tergiversations, je vais maintenant te présenter ce que j’ai appris sur les jeux dont j’ai pu profiter.

II.2 Final Fantasy VII Remake : sortie prévue le 03/03/2020

Étant une grosse fan de Final Fantasy, il est bien naturel que ce stand soit passé en priorité. Il était tôt, et armée de mon bracelet PS Plus, je n’ai eu aucune difficulté à y entrer. Une vitrine exposait la figurine de Cloud sur sa moto, qui sera fournie dans la version collector. La pièce suivante diffusait une vidéo expliquant les commandes du jeu, afin de ne pas perdre de temps durant le test de dix minutes. Et j’ai finalement pu avoir la manette en mains, quatre mois avant la sortie du jeu. Je ne te cache pas que ça fait quelque chose. J’aurais pu hésiter à acquérir ce remake, qui ne comportera visiblement pas toute l’histoire de l’original, mais je pense désormais que ce sera day one, en ce qui me concerne. Les graphismes sont somptueux et les musiques du jeu fort bien réorchestrées. J’ai tout de suite accroché à cette démo qui se déroule au moment où Cloud et Barret accèdent au réacteur Mako afin de le faire exploser. Il y a eu quelques minutes d’exploration avant d’être confronté à un boss : le Scorpion gardien. Celui-ci était déjà dans le premier jeu mais se révèle nettement plus impressionnant et résistant. Il faut dire que Final Fantasy VII est un action-RPG, dont certaines mécaniques rappellent Final Fantasy XV. Il est toutefois possible de mettre le combat en pause afin de mener à bien sa stratégie, en hommage au tour par tour du premier opus. En outre, il est possible de basculer d’un personnage à un autre : j’ai donc pu incarner aussi bien Cloud que Barret, ceux-ci ayant des armes différentes, mais aussi des compétences et des magies uniques. Pour finir, j’ai été agréablement surprise par les dialogues échangés entre les membres de l’équipe, ce qui rend l’aventure vivante, et les personnages plus attachants. Il est très plaisant d’entendre Cloud et Barret se chamailler, d’autant que le jeu est entièrement doublé en français. Et je tiens à dire à ceux qui n’ont pas été convaincus par la dernière bande-annonce, que le doublage passe très bien, in-game. Après ce test, chaque visiteur a reçu un poster du jeu et a eu la possibilité d’être pris en photo, en maniant l’arme factice de Barret ou de Cloud. J’ai ainsi porté l’épée du protagoniste. Une épée de 7kg, tout de même !

II.3 Death Stranding : sortie prévue le 08/11/2019

Death Stranding fait beaucoup parler de lui, depuis des mois, en raison de son casting de marque (Norman Reedus et Mads Mikkelsen pour ne citer qu’eux), mais aussi et surtout de son créateur : Hideo Kojima, à qui l’on doit les sagas Metal Gear Solid ou Silent Hill. Par ailleurs, au vu de ce qui a été montré dans le jeu, il semble difficile de savoir ce qui déroutera le plus le joueur : le gameplay ou l’histoire. Pour être franche, je ne suis guère intéressée par Death Stranding, tout en restant intriguée. C’est pourquoi je me suis rendue dans le stand, qui ne m’a opposé aucune résistance, grâce à mon précieux bracelet. Il a été décevant que celui-ci ne propose aucune démo, mais simplement une bande-annonce, certes très fournie. Tout ce que je peux dire, c’est que les graphismes sont très impressionnants, l’histoire sophistiquée et l’ambiance unique, comme le jeu l’avait promis.

II.4 Luigi’s Mansion 3 : sorti le 30/10/2019

La PGW ne présente pas que des jeux destinés à paraître, mais aussi des jeux qui sont sortis plus ou moins récemment. C’est l’occasion de vérifier si on va acquérir tel jeu, ou non. C’est dans cette optique que je me suis dirigée vers Luigi’s Mansion 3. La direction artistique de ce jeu Switch est fort plaisante, et il me plaît d’incarner Luigi, même si je n’avais jamais touché à la saga, auparavant. J’ai appris que le jeu pouvait être fait à deux, en local. Le test n’a pas été très concluant pour autant. Je n’ai eu le jeu en mains que quelques minutes, et je n’ai pas eu le temps d’assimiler les commandes. De plus, l’étage de l’hôtel dans lequel nous étions plongés n’était pas très intéressant. J’ai noté la présence de beaucoup de toilettes ! Au reste, je ne doute pas que le jeu, dans sa globalité, doit être très fun, en raison du nombre de pièces à explorer, mais aussi de la variété des ennemis ou de l’arme insolite de Luigi.

II.5 MediEvil : remake sorti le 25/10/2019

Ayant été conquise par le remake de Crash Team Racing, et intriguée par celui de Spyro, je me suis naturellement tournée vers celui de MediEvil. Ce jeu sorti en 1998 permettait d’incarner un squelette revenu d’entre les morts, afin d’affronter l’adversité. Je n’y ai joué que quelques minutes mais les touches et les mécaniques semblent très intuitives. L’univers du jeu semble à la fois cauchemardesque et burlesque. J’ai beaucoup aimé la direction artistique et les nouveaux graphismes. A priori, ce remake propose trop peu de nouveautés par rapport à l’original, mais n’y ayant jamais joué, cela ne devrait pas me poser problème.

II.6 Cyberpunk 2077 : sortie prévue le 16/04/2020

Dois-je encore présenter Cyberpunk 2077 ? Il s’agit de l’un des jeux les plus attendus par les joueurs, et je ne déroge pas à la règle. Ce n’est pas seulement parce qu’il est produit par CD Projekt RED, les créateurs de The Witcher III. Tous les éléments de ce RPG ont l’air d’atteindre un niveau stratosphérique, des mécaniques de gameplay, aux graphismes, en passant par la créativité et la crédibilité de l’univers inventé. Il s’agissait d’un des stands les plus imposants et les plus fréquentés du salon. J’ai patienté près de deux heures pour pouvoir y entrer. Il faut dire que celui-ci diffusait une démo de 45 minutes. Certes, je n’ai pas eu la manette en mains, mais l’heure s’est révélée captivante, en raison des commentaires explicatifs de l’un des animateurs. J’attendais énormément Cyberpunk 2077 et je suis maintenant impatiente d’y jouer. Nous avons d’abord eu un aperçu de l’écran de création du personnage qui a l’air de proposer des possibilités infinies. Mais ce n’est pas tout. Il sera possible de changer la tenue de son personnage au cours du jeu, ainsi que de lui faire apprendre des aptitudes et des compétences aussi différentes qu’utiles. Il sera ainsi possible de réaliser les quêtes de manière furtive, en piratant les caméras et autres objets exploitables, et en ne tuant personne ; ou encore de jouer les gros bras. Et ce ne sont que deux exemples parmi d’autres. Nos aptitudes comme nos choix auront énormément d’impacts sur les PNJs ou la suite de l’aventure. Par exemple, la démo nous a plongés dans un quartier où les personnages parlaient une langue étrangère. Leurs paroles étaient traduites en temps réel grâce à une puce acquise au préalable. La démo se déroulait à la moitié du jeu, à priori, ce qui nous a permis de visiter Night City. J’ai été ni plus ni moins conquise par les animations et les graphismes époustouflants. Et je pèse mes mots. Les décors grouillent de détails et les PNJs semblent plus vivants que jamais. Le jeu sera truffé d’éléments perturbateurs dont tu pourras tenir compte, ou non, ce qui promet de rendre l’expérience terriblement immersive. J’avais et j’ai toujours des a priori contre la vue à la première personne, mais celle-ci rend le jeu d’autant plus immersif. Je me suis vraiment crue à Night City. Il me tarde vraiment d’explorer cet univers riche comme original, en compagnie de Johnny Silverhand, le personnage incarné par Keanu Reeves. Celui-ci n’est en fait qu’un hologramme que tu seras le seul à voir, à cause d’une puce indésirable. Par dessus-tout, les décors, les choix de dialogues multiples, la variétés des gangs et l’impact des décisions rendront sans doute ce jeu addictif. Vivement ! (Notons que je suis repartie avec un tatouage éphémère et une casquette offerte.)

Bilan : Au cours de cette journée, j’avais la ferme intention de tester Zelda : Link’s Awakening (sorti le 20/09/2019), Biomutant (prévu prochainement) et surtout Pokémon Epée et Bouclier (sortie prévue le 15/11/2019) mais je n’en ai malheureusement pas eu la possibilité. J’aime Pokémon, mais pas au point de faire presque 4h de queue ! Au reste, j’espère que ce compte-rendu t’aura donné un bon aperçu du Comic Con et de la PGW. Et pourquoi pas… L’envie d’y aller à ton tour !