
Conclusion : Des œuvres amorales ?

La Chasse questionne davantage, de nos jours
« Les scènes se déroulent, la caméra observe, mais ne dicte pas l’action », dit Vinterberg. Si les fins de La Chasse et de Drunk sont ouvertes, c’est parce qu’il souhaite que le public se fasse son propre avis. Quelle est l’identité de l’homme caché par le contre-jour ? Martin va-t-il s’en sortir ou non ? C’est un fait. Ni La Chasse ni Drunk ne sont des films moraux. Malgré son succès critique, La Chasse a été qualifié par certains, en 2012, de film « manipulateur et moralement irresponsable. » Le film n’est pas à mettre entre toutes les mains, dans la mesure où l’on apprend que la fillette accusant Lucas d’agression sexuelle ment, et qu’il est bien innocent. Il pourrait être récupéré à des fins politiques à l’heure actuelle, où l’on sait, depuis que les langues se sont déliées, que les victimes d’agressions sexuelles sont généralement qualifiées de menteuses, et rarement prises au sérieux. Ce n’est pas le propos de La Chasse, sorti il y a onze ans déjà. Le réalisateur dénonce plutôt la pensée qui se répand comme un virus, au point de rallier tout un village contre un homme seul. On peut y entrevoir une satire du harcèlement de masse, et ce même si le film est sorti avant que ce genre de phénomènes ne devienne commun, sur les réseaux sociaux. Quant à Drunk, il n’est pas plus moral. Bien qu’il montre les effets dévastateurs de l’alcool, il ne cherche pas à liguer les gens contre cela. Malgré tout l’amour que j’ai pour ce film, je suis moi-même interpellée par la scène durant laquelle Peter conseille à un de ses élèves de boire une gorgée ou deux, afin de se détendre avant un examen oral. Mais Drunk n’est après tout que le reflet d’une nation et d’une culture. Le Danemark est un pays traditionnellement consommateur d’alcool. Les gens, et par extension les personnages boivent. C’est un fait. Certains ont l’alcool rare et festif, d’autres flirtent avec l’alcoolisme sans s’en rendre compte. D’autres boivent expressément, parce qu’ils ne savent plus comment s’en sortir. Faut-il leur jeter la pierre ? C’est à chaque spectateur, en fonction de son vécu et de son ressenti, d’en juger.

Mikkelsen propose une prestation incroyable dans Drunk
J’ai été profondément marquée par La Chasse et surtout par Drunk. Ils m’ont permis de me familiariser avec le cinéma et la culture danois, mais aussi de confirmer le talent immense de Mads Mikkelsen. Ils évoquent des sujets qui me touchent, comme la place du professeur, dans la société. La chasse est un film coup de poing, dont on ne sort pas indemne. En traitant un sujet aussi délicat, il aurait pu plusieurs fois se prendre les pieds dans les mailles de son propre filet ; mais il continue pourtant sa route, avec une très grande maîtrise. Quant à Drunk, c’est ni plus ni moins le film qui a permis à Thomas Vinterberg de ne pas sombrer, quand il a lui-même perdu sa fille. Il suit le quotidien de personnages faillibles, imparfaits, mais terriblement humains et qui ne demandent qu’à s’en sortir, même s’ils s’y prennent parfois mal. C’est l’un de ces films doux et amers à la fois, qui propose en effet une belle célébration de la vie. C’est, en outre, une joie, de retrouver un casting familier dans ces deux œuvres de Vinterberg. Même si c’est très subtile et implicite, on dirait qu’elles se répondent, au détour d’un regard ou d’un bref dialogue.
Malgré tout, elles sont moins choquantes que l’un des premiers films du réalisateur danois. Il s’agit de Festen (Fête de famille, 1998). Dans ce long-métrage avec Thomas Bo Larsen (décidément), le réalisateur filme, avec une caméra amatrice, une fête de famille. La qualité d’image et les plans de caméra, d’abord étonnants, donnent vraiment l’impression de regarder de vieilles vidéos familiales. Pour l’anniversaire huppé de son père, Christian profite d’un discours pour dire ses quatre vérités, devant toute la famille réunie. Or, certaines vérités sont extrêmement dérangeantes. Festen est aussi un film coup de poing, qui n’hésite pas à montrer des personnages immoraux, pour mieux dénoncer l’hypocrisie de ce genre d’événements. Ceci étant dit, quittons-nous sur le message à retenir (et à appliquer) de Drunk :
« What a life, what a night. What a beautiful, beautiful ride ! Don’t know where I’m in five but I’m young and alive… Fuck what they are saying, what a life ! »
Il me faudra vraiment voir Festen, et revoir la Chasse. J’ai ici beaucoup moins de choses à dire sur Annette (ce dernier est plus sujet à interprétation également), et cela fait déjà plusieurs années que j’ai vu la Chasse, je ne conserve donc qu’une ambiance générale en mémoire. Mais je comprends parfaitement pourquoi tu en fais un dyptique, non seulement par le réalisateur et les acteurs, mais aussi par leur action réaliste, sans jugement moralisateur, par leur crudité parfois aussi. C’est un vrai plaisir de découvrir la Chasse et notamment l’analyse des scènes-clés, ainsi. Bien sûr que c’est évident, mais les mises en scène sont aussi bien scénarisées qu’un roman, et ainsi aucun cadrage ou symbolique ne devrait m’étonner,mais ces détails me surprennent chaque fois tant ils sont criants de choix et de précision. Je suis aussi ravie d’avoir ainsi (un peu) pu découvrir le cinéma danois avec toi, même si je n’en ai pas vu autant.
Par ailleurs, la Chasse me fait immanquablement penser à We need to talk about Kevin, film britannique où on suit le quotidien et les souvenirs d’une mère, qui peine à comprendre pourquoi elle a un fils psychopathe. Le village autour d’elle lui fait subir une grande discrimination et une hostilité sans pareille, comme si c’était sa faute. Là aussi, c’est l’effet de foule, l’idée qui se répand comme un virus dans la société.
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C’est sûr que La Chasse et Festen méritent aussi d’être vus. Submarino aussi éventuellement. Merci pour le conseil et pour le commentaire !
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Très intéressant comme diptyque ! Drunk est dans ma liste de films à voir. Si le propos de La Chasse est très intéressant, je ne suis pas certaine d’être prête émotionnellement à le regarder (rien que le fait qu’on ait tué son chien, ça fait partie des scènes que j’arrive plus à visualiser ou dont la mention m’est difficile). Peut-être un jour parce que tout ce que en dis donne envie !
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J’espère que Drunk te plaira ! En général, il touche les gens à qui je le conseille. Ah, si tu ne te sens pas, effectivement, je ne t’encourage pas à passer le cap de La Chasse. Il y a des films comme ça. Merci pour ton commentaire !
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